Lire l’avenir dans les entrailles de la Fed

Rédigé le 6 novembre 2015 par | Macro éco et perspectives Imprimer

De grands changements vont se produire au sein de la Fed au cours des mois à venir. Cela va avoir une influence sur votre portefeuille, sur les prévisions que nous avons effectuées dans le cadre de notre newsletter et même sur la chronologie de l’effondrement du système monétaire international.

Il est impératif que vous soyez informé de ces changements et de leurs conséquences. Heureusement, nous avons tout examiné pour vous. Il ne vous reste qu’à lire la suite.

Il est devenu traditionnel, chaque année, d’observer de quelle façon la Fed va évoluer au cours des douze prochains mois… et de vous expliquer ce que cela signifie pour vous. C’est précisément en nous appuyant sur l’analyse que nous avons publiée l’an dernier que nous étions sûrs que la Réserve fédérale ne relèverait pas les taux en 2015.

De même, vous pourrez d’autant plus vous fier à mes prévisions 2016 en étant au courant des changements sur le point de se produire à la Réserve fédérale.

Pour prévoir la politique de la Fed, il est important de comprendre en détail qui sont les individus à l’origine de cette politique. Les investisseurs et les analystes emploient le mot "Fed" comme s’il s’agissait d’une institution monolithique et perpétuelle définissant la politique monétaire. C’est très éloigné de la vérité.

La Réserve fédérale est une puissante institution, mais ni les responsables qui la composent ni les mesures qu’élaborent ces derniers ne sont perpétuelles. La Fed fluctue en permanence. Bien comprendre ces fluctuations — comment elles surviennent et ce qu’elles impliquent — est un puissant outil permettant de prévoir les politiques de cette institution.

Comment est structurée la Fed ?
Avant d’examiner de près l’organisation de la Fed pour la prochaine saison, il est intéressant de revoir la structure de cette institution. La Fed est un étrange hybride composé d’éléments publics et privés.

La Fed est un "système" comptant 12 banques régionales de réserve supervisées par un Conseil des gouverneurs. Ces 12 banques régionales sont situées dans les plus grandes villes du pays (Boston, New York, Chicago, etc.). Elles ne sont pas cotées et sont la propriété de banques commerciales de chaque région. Ces actionnaires privés élisent un Conseil d’administration, et les administrateurs désignent le président de chaque branche régionale.

Le Conseil des gouverneurs supervisant tout ce système est basé à Washington (DC). Il est composé de 7 membres nommés par le président des Etats-Unis et validés par le Sénat.

Au sein du Conseil des gouverneurs siègent un président et un vice-président, également choisis par le président américain et validés par le Sénat.

Cette organisation représente au total 19 décideurs principaux : 7 gouverneurs et 12 présidents de banques de réserve régionales, dont certains sont désignés par le président des Etats-Unis et d’autres sont engagés indirectement par des banques privées.

C’est à partir de là que les choses se compliquent. La politique des taux d’intérêt n’est pas établie par les seuls gouverneurs ou par les présidents des banques de réserve. Elle est établie par le Comité de politique monétaire, le Federal Open Market Committee (FOMC).

Le FOMC se réunit huit fois par an (environ toutes les six semaines). Il est constitué de 12 membres, dont les 7 membres du Conseil des gouverneurs et 5 des 12 présidents des banques de réserve régionales.

Vous me suivez toujours ? Bien, car cela va encore se compliquer… mais vous aurez tout compris lorsque j’aurai fini.

Sur ces 5 présidents de banques de réserve régionales ayant le droit de voter au sein du FOMC, l’un dispose d’un siège permanent. Il s’agit du président de la Fed de New York. Les 4 autres siègent pour une durée de un an, selon une rotation opérée entre les 11 présidents de banques de réserve régionales.

Cette rotation est importante car certains présidents des banques régionales appartiennent à la catégorie des "hawks" (les "faucons", qui préconisent un relèvement des taux) alors que d’autres appartiennent à la catégorie des "doves" (les "colombes", en faveur de la poursuite de l’assouplissement monétaire). La composition annuelle du FOMC est donc une chose à savoir afin de prévoir les politiques de la Fed.

Or, même en conservant cette organisation du FOMC à l’esprit, il peut toujours y avoir des surprises. Souvent, les responsables de la Fed démissionnent ou prennent leur retraite avant expiration de leur mandat (pour retourner dans le monde universitaire ou exercer d’autres activités professionnelles). Il peut donc y avoir de nouvelles nominations de la part du président, ou bien à des postes vacants, ce qui joue sur le vote, dans un sens ou dans l’autre.

Comme on dit au baseball : "Impossible de cerner les joueurs sans une fiche de score". Alors observons la fiche de score du FOMC et voyons ce que cela peut nous dire de la future politique de la Fed.

Que nous réserve le FOMC ?
En ce moment, il y a deux postes vacants au Conseil des gouverneurs. Cela signifie qu’il n’y a que 5 gouverneurs siégeant au FOMC (Janet Yellen, Stanley Fischer, Lael Brainard, Jay Powell et Dan Tarullo).

Les 5 autres sièges sont occupés par les présidents des banques de réserve régionales suivants : Bill Dudley (New York), Charles Evans (Chicago), Dennis Lockhart (Atlanta), John Williams (San Francisco) et Jeffrey Lacker (Richmond).

A toutes fins utiles, le centre de gravité se résume à Yellen, Fischer et Dudley. Les voilà, les "Big 3" (les 3 principaux responsables). Les autres gouverneurs (Brainard, Tarullo et Powell) sont arrivés assez récemment. Jay Powell est resté assez silencieux en ce qui concerne la politique monétaire.

Lael Brainard et Dan Tarullo ont stupéfié les marchés en se désolidarisant de Janet Yellen. Le 12 octobre, à Washington (DC), Lael Brainard a prononcé un discours très orienté "dove". Elle a infligé une douche froide au principe selon lequel les chiffres du chômage représenteraient un bon indicateur d’inflation. Elle a soutenu que l’inflation n’était pas près d’arriver et que ce n’était en aucun cas le moment de relever les taux. Le jour suivant, Dan Tarullo, interviewé sur CNBC, a affirmé à peu près la même chose.

Deux gouverneurs qui défient Janet Yellen en deux jours, cela ressemble à une révolte au sein des rangs de la Fed. Janet Yellen a du mal à les persuader d’accepter un relèvement des taux, même si Fischer et Dudley sont de son côté.

Au sein des présidents de la Fed, Evans est un fervent "dove" et Lacker un fervent "hawk". Ils s’annulent l’un l’autre. Lockart et Williams sont tous deux des "modérés" qui suivent Janet Yellen.

Des sources internes à la Fed m’ont dit que, de toute façon, les gouverneurs du conseil ne donnent pas beaucoup de poids aux opinions des présidents des banques de réserve régionales. Le président du conseil laisse s’exprimer les présidents lors des réunions du FOMC, que ces derniers disposent ou non du droit de vote. Cela tend à diluer les opinions des présidents ayant la possibilité de voter. Par conséquent, les "Big 3" ont encore beaucoup d’influence.

Les changements prévus en 2016
Cette composition va à nouveau changer en janvier 2016. Evans, Lockhart, Williams et Lacker vont quitter le FOMC à cette période. Ils seront remplacés par Loretta Mester (Cleveland), Eric Rosengren (Boston), James Bullard (St-Louis) et Esther George (Kansas City).

Une fois de plus, les présidents des banques de réserve régionales sont divisés. Mester, George et Bullard ont l’esprit "hawk", alors que Rosengren a l’esprit "dove". Toutefois, Rosengren n’est pas aussi fervent qu’Evans et ne dispose pas de cette puissance de feu intellectuelle que ce dernier a apportée au débat cette année.

La composition de l’équipe change mais la confusion persiste. Les gouverneurs sont plus "dove" (à cause de la révolte de Brainard et de Tarullo contre Yellen). Les présidents des banques de réserve régionales sont plus "hawk" (à cause d’Evans qui s’en va et des trois "hawk" qui arrivent).

Cela se joue dans un mouchoir de poche mais, début 2016, globalement, le FOMC aura légèrement plus l’allure d’un faucon (hawk). Légèrement seulement. Tous les membres du FOMC, que ce soient les gouverneurs ou les présidents, "dépendent des données [économiques]".

Quels que soient leurs a prioriet les opinions qu’ils ont pu formuler auparavant, ils évaluent soigneusement les données et tendances lors de chaque réunion du comité.

Aucun calendrier n’est fixé à l’avance en matière de liftoff (le premier relèvement des taux) ou d’assouplissement (si l’économie s’affaiblit). Le FOMC agira réunion par réunion et donnée économique par donnée économique.

La prochaine réunion du FOMC aura lieu le 16 décembre prochain. Sur la base des données et tendances actuelles, de même que d’autres facteurs techniques, nous pensons qu’il n’y aura pas de relèvement des taux lors de cette réunion.

S’il y avait un relèvement des taux, ses effets seraient dévastateurs sur les marchés émergents et aboutiraient à l’augmentation des tensions au sein des guerres des devises, ainsi qu’à une correction sévère sur le marché actions américain.

Les deux réunions suivantes du FOMC auront lieu le 27 janvier et le 16 mars prochains. En raison de la prédominance des "hawk" dans la composition du FOMC, et de la probable frustration de la Fed empêchée de relever les taux en 2015, il est possible que cette dernière les relève au cours de l’une de ces réunions. Cela dépendra d’une éventuelle amélioration des données.

Par rapport à ces deux dates, un relèvement des taux a plus de chances de se produire à la réunion du 16 mars 2016 car celle-ci est suivie d’une conférence de presse. Or, cette conférence de presse offre l’occasion à Janet Yellen d’expliquer de façon plus complète tout changement de politique.

Ce qu’il faut retenir
Ce que je prévois, c’est que les données économiques vont demeurer faibles et que la prochaine mesure prise par la Fed tendra vers l’assouplissement, probablement en milieu d’année 2016.

Si les données s’améliorent plus que je ne le pense, alors la Fed relèvera les taux lors de la réunion du 16 mars 2016. La meilleure façon de jouer sur ces prévisions, c’est d’acheter de l’or et des actions de mines d’or de premier ordre.

Si la Fed procède à un assouplissement, il y aura un rally sur l’or sur fond de craintes quant à l’inflation.

Si la Fed opère un resserrement, cela voudra dire que l’inflation est apparue, et le rally sur l’or résulterait de l’inflation réelle.

Dans les deux cas, il devrait se produire un rally sur l’or. Quelles que soient les implications de ce processus et les mesures prises, nous surveillerons de très près tout cela et vous tiendrons informé à l’avance, dans Intelligence Stratégique.

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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