La Fed a-t-elle tiré sa dernière cartouche pour 2017 ?

Rédigé le 15 juin 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Hier, la Fed a peut-être tiré sa dernière cartouche de l’année en relevant ses taux, une deuxième fois depuis celle de mars dernier. Ils vont maintenant évoluer entre 1% et 1,25% contre 0,75% et 1%. La Banque centrale américaine a plusieurs fois exprimé sa volonté de relever ses taux par trois voire quatre fois en 2017 mais elle risque de se heurter à l’inflation.

En effet, officiellement, l’inflation demeure extrêmement faible aux Etats-Unis. Les derniers chiffres font même état d’un recul des prix à la consommation (-0,1% contre +0,2% attendu, et +0,1% hors alimentation et énergie). La Fed elle-même a dû revoir à la baisse ses prévisions d’inflation qui devrait atteindre 1,6% cette année, contre 1,9% prévu jusqu’en mars dernier. Or la Banque centrale affiche un objectif à 2%.

« La mesure de l’inflation préférée de la Fed, le Core PCE deflator d’une année sur l’autre, est passé de 1,6% en mars à 1,5% en avril. Ce n’est pas une baisse extrême et la Fed l’a qualifiée de « transitoire » (chaque donnée que la Fed n’aime pas et qui ne rentre pas dans son plan est « transitoire »). Ce chiffre de l’inflation s’écarte pourtant de l’objectif de la Fed fixé à 2%. L’écart entre 2% et 1,5% peut s’accroître dans les mois à venir ; cette baisse de l’inflation pourrait très bien être persistante et non pas transitoire« , analysait récemment Jim Rickards.

Pourquoi l’absence d’inflation est-elle un problème ? En quoi contrarie-t-elle les plans de la Fed ?

A ce point de notre réflexion, il faut faire le lien entre la politique monétaire d’une banque centrale et la hausse des prix. Généralement, à une inflation en hausse est associée une politique monétaire plus restrictive (hausse des taux) afin de contenir la hausse des prix. Une (bonne petite) inflation est aussi théoriquement signe d’une économie en croissance, qui se porte bien.

Tout aussi théoriquement, l’inflation fait son retour quand le plein-emploi est à portée de main. Pour attirer les candidats (ou conserver leurs salariés), les employeurs ont en effet tendance à augmenter les salaires, mais aussi le prix de leurs produits… ce qui incite à une hausse générale des prix.

Aux Etats-Unis, le chômage atteint un plus de 16 ans, à 4,3%.

Chômage

Evolution du taux de chômage aux Etats-Unis entre janvier 2009 et janvier 2017

Où est l’inflation ?

Comment expliquer que de l’inflation on ne voit toujours pas la queue ? Plusieurs explications sont possibles, et elles ne s’excluent pas entre elles.

Premièrement, le taux de chômage est fortement sous-estimé. Qu’il soit sous-estimé, ce n’est un secret pour personne : le travail à temps partiel, même très partiel, et la catégorie des chercheurs d’emploi découragés (des chômeurs qui auraient renoncé à chercher un emploi) permettent de faire baisser artificiellement le taux de chômage. Cette sous-estimation pourrait être plus importante encore, ce qui expliquerait – en partie du moins – la faiblesse de l’inflation.

Autre possibilité, l’économie américaine ne va pas si bien que cela. Effectivement, les derniers chiffres montrent un ralentissement qui ne devrait pas surprendre ceux d’entre vous qui suivent les analyses de Simone Wapler, Bill Bonner ou Jim Rickards. Tous dénoncent une reprise américaine en trompe-l’oeil.

Voici ce que disait par exemple Jim dans Alerte Guerre des Devises :

L’économie américaine est à la fin d’un cycle d’expansion et s’affaiblit déjà alors que la Fed a commencé ce cycle de resserrement monétaire. Vous avez des indications quant à cette faiblesse économique dans l’aplatissement de la courbe des rendements, la stagnation du marché boursier (depuis le 1er mars), la baisse des ventes d’automobiles, les défauts sur les prêts automobiles et les crédits à la consommation, la baisse du nombre de prêts et l’incertitude générale qui règne à cause de la confusion politique à Washington.

Hypothèse suivante : la Fed est responsable de la faiblesse de l’inflation, inflation qu’elle appelle pourtant de ses voeux. 10 ans de politique monétaire extrêmement accommodante ont profondément modifié le fonctionnement de l’économie américaine. Cette mutation est observable, entre autres, via deux phénomènes.

Le premier d’entre eux est que la politique ultra-accommodante de la Fed n’a pas profité à l’économie réelle mais aux actions. Pas besoin de m’étendre sur ce point : nous sommes tous conscients de la corrélation étroite entre hausse des marchés boursiers et politique de la Fed.

La hausse des marchés actions a économiquement bénéficié à une poignée d’entreprises et de personnes, mais elle n’a pas entraîné une création massive et généralisée d’emplois, ou une toute aussi généralisée hausse des salaires. Pour caricaturer : la hausse de Wall Street a profité à des banquiers d’affaires, des traders, quelques investisseurs… mais pas à l’épicier du coin.

Les nouvelles technos, responsables de la faiblesse de l’inflation ?

Ensuite, la politique de la Fed a mis entre les mains des investisseurs et des entreprises beaucoup d’argent gratuit ou presque. Cet argent a afflué dans de nombreux secteurs mais avec une prédilection marquée pour les entreprises de nouvelles technologies.

Ces dernières années ont été marquées par l’apparition ou le spectaculaire développement d’entreprises comme Uber, AirBnb, Facebook, etc. L’argent s’est aussi investi dans l’intelligence artificielle, la robotisation… Autant d’innovations technologiques qui ont pour objectif d’améliorer les processus, de les rendre plus rapides, et moins coûteux. Autant d’innovations qui contribuent donc à modifier la structure d’une économie et de l’emploi.

Prenons un exemple : le développement d’Uber. La société a certes créé beaucoup d’emplois, tout particulièrement de chauffeurs, mais ce sont des emplois peu ou mal payés – les récents conflits sociaux aux Etats-Unis ou en France l’illustrent.

Des sociétés comme Uber, ou Airbnb et tout ce que l’on appelle la « Uber-économie » utilisent les possibilités d’Internet pour alléger tout le processus de leur entreprise. Elles ont certes besoin de quelques développeurs, mais tout le reste de la structure est réduit à son strict minimum pour limiter les coûts.

Ces sociétés tendent aussi à faire disparaître des emplois (dans l’hôtellerie par exemple dans le cas d’Airbnb) ou encore les intermédiaires.

Qu’est-ce que cela signifie pour la Fed, et pour vous ?

Revenons à la Fed et à sa politique monétaire. Je vous le disais en introduction, nous pourrions, hier, avoir assisté à la dernière hausse des taux pour 2017, et ce malgré la volonté affichée par Janet Yellen de les relever une troisième fois d’ici la fin de l’année. L’absence d’inflation et la faiblesse un peu plus marquée de l’économie américaine plaident pour le statu quo ou une politique de resserrement monétaire des plus modérée.

La hausse des marchés boursiers ayant été très largement nourrie par la politique accommodante de la Fed, cette hausse pourrait donc se poursuivre encore quelques mois, du moins si la Fed ne va pas trop loin dans son autre objectif pour les mois à venir : à savoir réduire son bilan, ce qui revient à un resserrement monétaire.

Un arrêt ou un ralentissement de la politique de resserrement monétaire risque de pénaliser les banques et les assurances – un secteur qui piquait du nez d’ailleurs hier, des deux côtés de l’Atlantique – mais favoriser des secteurs, comme celui de l’immobilier, qui prospèrent en période de taux et d’argent bon marché. [NDLR : Comment profiter de ce changement de politique monétaire par la Fed ? Jim Rickards prend les choses en main dans Alerte Guerre des Devises et vous propose des paris adaptés au changement qui se prépare à la Fed. Pour en savoir plus sur sa méthode, sa stratégie et ses gains, c’est ici…]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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