Les obligations US dans une bulle similaire à celle des valeurs Internet ?

Rédigé le 23 août 2010 par | La quotidienne Imprimer

Tout ce que nous trouvons d’intéressant dans les nouvelles de ces derniers jours, c’est le fait que les faillites ont grimpé à un sommet de cinq ans aux Etats-Unis — exactement ce à quoi on pourrait s’attendre durant une correction majeure.

Dans le même temps, le Wall Street Journal publiait un article intitulé : « la grande bulle obligataire américaine ». Les auteurs s’inquiètent de ce que les obligations soient entrées dans une bulle semblable à celle des actions technologiques en 1999. Vous vous rappellerez qu’à l’époque, les investisseurs étaient si certains du potentiel des nouvelles technologies qu’ils étaient prêts à payer des prix astronomiques pour des « technos » écervelées. Bon nombre de ces entreprises n’avaient pas de plans réalistes, pas de revenus, pas d’employés, et aucun espoir de gagner de l’argent. D’autres étaient encore à l’état embryonnaire, avec un minuscule ruisseau de revenus dont ils étaient certains qu’il se transformerait en fleuve. Il n’était pas rare de voir les investisseurs payer 50 fois ou même 100 fois les revenus pour ces actions.

Eh bien regardez ce qui se passe sur le marché obligataire, disent les auteurs. Les prix ont tellement augmenté — pour les obligations gouvernementales — que les investisseurs paient une fois encore des prix exorbitants pour des flux de revenus minimes. Par exemple, dans le cas des notes à 10 ans américaines ajustées à l’inflation, les TIPS, les investisseurs paient actuellement plus de 100 fois le rendement annuel attendu.

Pourquoi ?

Ah, vous connaissez la réponse. Parce qu’une Grande Correction est en cours. On en a de nouvelles preuves chaque semaine. Les récents chiffres du chômage… les derniers chiffres des dépenses de consommation… le PIB du Japon… la production industrielle européenne… les rendements en chute libre sur la dette gouvernementale du Japon et des Etats-Unis…

… tout cela pointe vers une Grande Correction.

Que pouvez-vous faire de votre argent durant une Grande Correction ?

Si vous êtes intelligent, vous savez que la plupart des actifs sont vulnérables. Si vous investissez pour prendre votre retraite dans cinq ans, par exemple, vous prenez beaucoup de risque avec les actions. Si elles suivent l’exemple japonais, elles pourraient baisser pendant encore 5… 10… 15 ans. Si elles suivent l’exemple américain des années 30… un nouveau déclin de 50% est en route. Peut-être plus.

Si vous avez 20 ou 30 ans, bah, vous pouvez prendre ce risque. Entre aujourd’hui et votre retraite, les actions s’échangeront probablement à des prix au moins aussi élevés qu’ils le sont actuellement. Mais si vous avez 55 ou 60 ans, vous devez y réfléchir avec soin. Vous risquez de voir que la moitié de votre argent aura disparu lorsque vous en aurez besoin. La récompense est… quoi ? Peut-être un gain de 10% ? 20% maximum ? Cela n’en vaut pas la peine.

Les marchés boursiers vagabondent — en haut, en bas, en haut — depuis 10 ans. Les investisseurs n’ont rien gagné. Les baby-boomers se préparent à prendre leur retraite. Ils pensent qu’ils feraient mieux de conserver ce qu’ils ont plutôt que de risquer de le perdre — surtout avec des performances boursières aussi décevantes.

L’avantage des obligations américaines, en revanche, c’est que vous êtes certain de récupérer votre argent.

L’inconvénient, c’est que vous ne savez pas combien vaudra cet argent.

Mais c’est un problème pour un autre jour…

« Maria, quel excellent investisseur tu fais… Tu as engrangé de jolis gains ».

On nous a demandé de jeter un coup d’oeil aux finances de notre fille. Elle avait peur de manquer des opportunités ou de prendre des risques superflus.

Mais lorsque nous avons regardé son relevé de compte, nous avons constaté qu’elle se débrouillait très bien.

« Maria, il est écrit ici que si tu avais investi ton argent dans les actions mondiales en général, ces cinq dernières années, tu aurais transformé 10 000 $ en un peu plus de 11 000 $. Mais ton portefeuille boursier est passé de 10 000 $ à plus de 25 000 $ sur cette période. Bien joué. Comment as-tu fait ? »

« J’ai juste acheté l’action que tu m’as dit d’acheter ».

« Quelle action ? »

« Iamgold, la minière aurifère ».

« Oh »…

« Mais je crois que le titre a baissé, ces derniers temps. Il est probablement temps de passer à autre chose, tu ne crois pas, Papa ? »

« Hmm… je ne sais pas. Tu n’es pas pressée. Ce que tu dois faire, c’est trouver quelque chose qui a des chances de te rapporter des gains, et t’y tenir jusqu’à ce que ce soit le cas ».

« L’or va probablement baisser si l’économie continue de sombrer dans la déflation — et je pense que ce sera le cas. Mais je ne crois pas que ce soit important. Le plus grand risque, c’est de te faire dévaliser par l’inflation. Et la grande opportunité pour toi, c’est que lorsque l’inflation arrivera, le prix de l’or commencera probablement à grimper en flèche« .

« Donc même si le prix baisse, il n’ira probablement pas bien loin, et ne restera pas en baisse pendant très longtemps. En revanche, lorsque les gens réaliseront que leur épargne pourrait être laminée par l’inflation, on verra l’or décoller. Cela vaut probablement la peine d’attendre ».

Première parution dans La Chronique Agora le 20/08/2010.


Photo :  Tracy O – Flickr

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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