Face au défi agricole mondial, une solution : l'irrigation

Rédigé le 4 décembre 2012 par | La quotidienne Imprimer

Selon l’Agence océanique et atmosphérique nationale américaine, la NOAA, environ 55% du territoire continu des Etats-Unis ont été frappés en juin par la sécheresse. Ce pourcentage est le plus fort observé dans le pays depuis 1956, année où la sécheresse s’était abattue sur 58% du territoire. Le mois de juin lui-même est entré dans l’histoire comme le « quatorzième mois le plus chaud et le dixième le plus sec » jamais enregistré.

En juillet, le secrétaire américain à l’Agriculture, Tom Vilsack a finalement décrété l’état de catastrophe naturelle dans plus de 1 000 comtés à travers le pays. Ces records pourraient n’être qu’impressionnants s’ils n’avaient pas eu un impact sur une des plus grandes richesses des Etats-Unis : son agriculture.

Cette sécheresse a eu des conséquences parfois dramatiques sur certains Etats. Dans l’Indiana, le journal local, le News Sentinel, soulignait en juillet que les services météorologiques se préparaient à mesurer le plus bas niveau de pluies d’été depuis cent quarante ans ! L’Etat n’avait pas reçu la moitié des précipitations normale depuis trois mois.

Or l’Indiana est un des Etats les plus agricoles des Etats-Unis. Près de 50% de sa production de maïs ont été classés comme « dégradés/très dégradés ». Selon la NOAA, « les terres arables se sont desséchées et les récoltes et pâturages clôturés ou non se sont dégradés à un point rarement observé au cours des dix-huit dernières années ».

Certains, comme l’agronome Tony Vyn de l’université de Purdue, remarquait qu’un nombre croissant de champs « ne produiront aucune céréale cette année ». Et effectivement, les Etats-Unis comme grande puissance exportatrice ont été sérieusement ébranlés par la sécheresse.

Des récoltes en chute libre et des prix qui décollent
Les traders en matières agricoles ont regardé tout l’été les cours monter à mesure que les récoltes se dégradaient. Effectivement, par sa durée et sa violence, la sécheresse a fait décoller les cours des principaux céréales et oléagineux vers des niveaux encore jamais vus. Comme l’a bien résumé Tony Vyn « nous passons d’une crise à un film d’horreur ».

Le Texas a subi de plein fouet cette sécheresse. Ainsi, le bétail et le coton, dont l’Etat produit respectivement 15 et 25% de la production américaine, ont accusé des pertes pesant 3,23 et 2,2 milliards de dollars.

Le secrétaire d’Etat à l’Agriculture a eu beau expliquer que lors de la dernière sécheresse de cette ampleur, en 1988, « seulement 25% des fermiers avaient des assurances contre la destruction des cultures, alors qu’aujourd’hui 85% d’entre eux sont couverts », ça n’évitera pas les prix des produits alimentaires de progresser entre 3 et 4% en 2013.

Les conséquences ont eu un impact encore plus grave, du fait de l’importance des Etats-Unis sur les marchés mondiaux. A la fin de l’été, les craintes se sont matérialisées. Seulement 31% de la récolte de maïs ont été notés comme « bons à excellents » par l’USDA. Ce chiffre signifie que seulement 31%de la récolte a pu être exploitée. Le soja n’a pas fait beaucoup mieux, puisque seulement 34% du soja ont été classés « bons à excellents ».

La production de maïs a ainsi chuté à 10,8 milliards de boisseaux pour la saison 2012-2013 selon l’USDA, contre 12,9 en 2011. La production de soja a également été ramenée de 3,05 milliards de boisseaux initialement prévus à 2,7 milliards de boisseaux. Par conséquent, les prix du soja et du maïs ont décollé.

Et ce d’autant plus que les autres grands marchés exportateurs, comme la mer Noire, ont également été touchés par des sécheresses. La Russie a ainsi annoncé une récolte de blé en baisse de 10%cette saison.

Au plus fort de la crise, fin août, les prix du soja ont ainsi atteint leur niveau le plus haut jamais imaginé, à 17,86 $ le boisseau, soit près de 3 $ de plus qu’en 2008. Les prix du maïs ont quant à eux bondi tout simplement de 50% entre juin et août 2012, et ceux du blé de 43%.

Personnellement, j’ai suivi dès mon retour de Chine la situation sur les marchés agricoles. Il apparaissait que la situation des champs était critique, mais que la situation n’était pas désespérée pour les fermiers américains. Comme l’a révélé ce mois-ci Neil Harl, un économiste de l’université d’Etat de l’Iowa, les revenus des agriculteurs allaient même progresser de 6,9% cette année, pour représenter 144 milliards de dollars. La raison est double. Le remboursement des assurances et la flambée des cours de leur production ont largement compensé leurs pertes.

Le plus intéressant n’était pas de savoir s’ils allaient continuer leur activité, mais bien comment ils allaient investir désormais dans leur exploitation. Or un chiffre a attiré mon attention. Les fermiers du Tennessee ont réussi à maintenir un rendement de 225 boisseaux par acre, alors que certains champs produisaient difficilement 120 boisseaux par acre. La différence était simple, les champs du Tennessee étaient arrosés.

L’irrigation à double tranchant
Effectivement, les agriculteurs dont les champs étaient irrigués ont profité du double bénéfice de pouvoir maintenir le niveau de leur production et de pouvoir la vendre à des prix record. Si la différence avec les champs non irrigués a été particulièrement frappante cet été du fait de la sécheresse, de manière générale, l’irrigation permet de creuser considérablement l’écart.

Il faut garder à l’esprit que si seulement 20% des terres sont irriguées dans le monde, elles produisent près de 40% de l’alimentation mondiale. Or le recours à l’irrigation va devenir de plus en plus indispensable dans l’agriculture, alors que la population mondiale devrait passer de six à neuf milliards d’habitants en à peine 40 ans.

Alors que les terres arables commencent à manquer, le seul moyen d’augmenter les quantités est d’augmenter les rendements. Or l’irrigation est tout indiquée. On se rend compte que le passage d’une irrigation de 4 000 à 6 000 mètres cubes par hectare (m3/ha) démultiplie les rendements des cultures. L’irrigation va ainsi être nécessaire pour répondre à l’augmentation des besoins alimentaires. Surtout qu’avec l’évolution des régimes alimentaires, les besoins en eau vont être renforcés.

Les sécheresses se multiplient dans le monde
Aux Etats-Unis, qui sont censés posséder l’agriculture la plus mécanisée au monde, seulement 14% des cultures sont irriguées selon l’USDA. Il est très probable qu’après l’épisode de cet été, la demande en irrigation va connaître une considérable accélération. Pourtant les Etats-Unis ne devraient pas être les seuls à soutenir le marché tant les phénomènes de sécheresse ont eu tendance à se multiplier ces dernières années.

Le cas de l’Australie est intéressant. Trop souvent ignoré, c’est l’état de sécheresse permanent dans lequel a vécu l’Australie entre 2001 et 2009 qui a provoqué la hausse des prix agricoles entre 2005 et 2008, et la pénurie généralisée de céréales au printemps 2008 dans le monde. Le recours à l’irrigation a pourtant permis au pays de conserver sa place de premier producteur de blé et de viande de la planète ces dernières années.

La Russie a été également une des victimes récentes des sécheresses. Alors que le pays avait été ravagé par les flammes à l’été 2010, dévastant sa production de blé, elle a connu une nouvelle période de tension cet été provoquant une baisse de sa production de 10%.

Plus ignorée, la Chine a connu à son tour des sécheresses locales. Elles ont même créé des pénuries alimentaires localisées, et poussé le gouvernement à déclencher le niveau IV des plans d’urgence dans les régions du Hubei, Yunnan, et en Mongolie intérieure.

Tout aussi inconnue, la Corée du Sud a subi une forte sécheresse, classée parmi les plus graves depuis un siècle. La région de Gyeonggi a par exemple reçu seulement 20% des pluies habituelles. Les prix alimentaires dans le pays ont augmenté de 20 à 30%.

Ces divers événements plaident pour une irrigation accrue.
[Vous l’aurez compris, l’irrigation des terres arables est indispensable à l’accroissement des rendements. Une évolution des modes d’agriculture qui va nécessiter des investissements importants – et certaines compagnies spécialisées dans l’irrigation vont en profiter. Dans Matières à Profits, Florent vient de mettre en portefeuille une société leader mondial de l’irrigation automatique. A découvrir ce mois-ci dans Matières à Profits]

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