Comment expliquer le mini-krach du Nasdaq ?

Rédigé le 13 juin 2017 par | Indices & Actions Imprimer

Hier encore, les marchés digéraient le petit krach du Nasdaq et des valeurs technologiques vendredi, dans le sillage d’Apple. Mini-krach officiellement déclenché par une nouvelle de Bloomberg sur une puce destinée à équiper le prochain iPhone8, et qui ne serait pas à la hauteur de la concurrence et de l’espérance des investisseurs.

Tout cela pour une histoire de puces ? Oui, bien sûr, le secteur des semi-conducteurs est un des plus importants. C’est ce que vous répète régulièrement Ray Blanco dans NewTech Insider : sans ces puces, pas d’ordinateurs ou de smartphones plus rapides ou plus puissants, pas d’intelligence artificielle, pas de réalité virtuelle et augmentée, pas de voitures autonomes…

Ray a d’ailleurs mis plusieurs grands noms du secteur en portefeuille pour des gains latents qui dépassent les 150% (pour en savoir plus, rendez-vous dans NewTech Insider.

Certes, donc, les puces sont importantes mais un iPhone moins bien équipé que prévu explique-t-il vraiment le krach de vendredi ? Justifie-t-il un Nasdaq qui perd plus de 3% en deux séances ?

Les racines de ce mini-krach ne plongent pas uniquement au coeur de la pomme… mais bien plus profondément, dans les dysfonctionnements des marchés. Et c’est ce que suspectait Simone Wapler hier dans La Chronique Agora :

Les GAFA sont emblématiques de la bulle des banques centrales. Apple excepté, ces entreprises dégagent très peu de bénéfices. Google, Amazon et Facebook se payent 40 fois les bénéfices ; ce ne sont plus des entreprises de croissance mais des entreprises matures. La fluctuation des cours ne doit donc pas grand-chose à des spéculations sur l’évolution de leurs bénéfices. En revanche, la hausse doit beaucoup à la spéculation sur les taux bas et au fait qu’il se trouvera toujours quelqu’un pour racheter plus cher ce qu’on a déjà acheté cher.

Il existe beaucoup de raisons qui deviennent de plus en plus apparentes et devraient pousser à l’éclatement de la bulle gonflée par les banques centrales : – le bal des zombies des banques européennes qui prouve que la création monétaire de la banque centrale européenne fut vaine ; – l’absence d’inflation, cet impôt qui ne dit pas son nom sur lequel les banquiers centraux comptent pour dissoudre les dettes publiques ; – la mollesse de la croissance américaine qui prouve là encore que la création monétaire de la Fed ne fût pas efficace.

Le rideau de brouillard envoyé par les banquiers centraux qui manipulent à la baisse les taux d’intérêt masque beaucoup de choses. Mais ponctuellement, épisodiquement, il se déchire et laisse entrevoir une réalité désagréable : de monstrueuses quantités de promesses et de dettes ne seront jamais honorées.

Immédiatement, de nouvelles promesses, de nouvelles dettes sont rajoutées aux précédentes pour calmer l’angoisse, le brouillard s’épaissit à nouveau tandis qu’un nouvel espoir naît.

La lézarde du Nasdaq sera-t-elle vite camouflée ? Peut-être.

Dans Agora Trading, Mathieu Lebrun privilégie aussi une reprise rapide du secteur techno. Une reprise qui ne devra pas faire oublier les faiblesses révélées par ce mini-krach :

A Wall Street, d’importantes rotations sectorielles ont été constatées en toute fin de semaine, les grosses sorties de capitaux des « GAFA » se faisant au profit de secteurs plus défensifs comme la santé (comme Pfizer) ou encore les télécoms.

En termes de perspectives, je rejoins Deutsche Bank sur l’idée que ce petit krach va marquer un changement de psychologie, avec une saisonnalité en outre moins favorable.

A court terme, vu le bond du VIX déjà constaté depuis vendredi soir (et qui se poursuit dès l’ouverture en ce lundi), je ne suis pas certain que le sell-off se poursuive directement.

Je privilégie une petite reprise technique à suivre d’ici mercredi (et la réunion de la Fed ?).

Les marchés semblent en effet se concentrer ce matin sur la réunion de la Fed, qui commence aujourd’hui et se poursuit demain. La Banque centrale pourrait une nouvelle fois relever ses taux – les marchés y sont préparés.

Elle pourrait aussi en dévoiler un peu plus sur ses projets de réduction de bilan. Et ce point pourrait s’avérer bien plus complexe que prévu. Grande acheteuse devant l’Eternel de bons du Trésor et de créances hypothécaires douteuses, la Fed risque de déstabiliser les marchés obligataires en vendant ses titres ou même en en rachetant pour compenser ceux parvenus à expiration. Voilà un point qui sera particulièrement à suivre demain soir, à l’issue de la réunion du FOMC.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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