Ce que nous révèlent les récentes et étranges actualités sur l’or

Rédigé le 1 septembre 2017 par | Métaux précieux Imprimer

Avec les actions et les obligations qui font du sur-place et s’endorment dans la torpeur de l’été, il semble opportun de se pencher à nouveau sur notre monnaie préférée : l’or.

Ces derniers jours, deux histoires ont concerné l’or : une inhabituelle, et l’autre vraiment très étrange. Ces histoires expliquent pourquoi l’or n’est pas seulement une monnaie, mais est la forme de monnaie la plus politisée. Alors que les politiciens dénigrent publiquement l’or, ils le surveillent et s’y intéressent de très près.

La première histoire sur l’or concerne l’Allemagne.

Quand l’Allemagne récupère son or

La Deutsche Bundesbank, la Banque centrale d’Allemagne, a annoncé qu’elle avait achevé le rapatriement de son or vers Francfort depuis des coffres-forts étrangers. Cette histoire allemande est l’achèvement d’un processus qui a commencé en 2013. C’est à ce moment que la Deutsche Bundesbank a demandé un retour de son or qui étaient stocké à Paris, à Londres et à la Federal Reserve Bank de New York. Ces transferts aurifères sont maintenant terminés.

C’est un sujet que j’ai abordé pour la première fois dans l’introduction de mon livre Currency Wars en 2011. J’avais suggéré qu’en cas de grave crise, les Etats-Unis risquaient de bloquer ou de confisquer l’or étranger stocké sur leur sol en utilisant les prérogatives prévues par les lois « International Emergency Economic Powers Act », « Trading with the Enemy Act « ou « Patriot Act ».

Ce sujet est ensuite devenu une préoccupation politique en Europe, engendrant beaucoup d’agitation médiatique concernant le rapatriement de l’or aux Pays-Bas, en Allemagne et en Autriche. Les Européens voulaient récupérer leur or stocké aux États-Unis et le mettre en sécurité dans leurs propres coffres-forts. Le transfert de l’or allemand a été terminé avant l’échéance prévue qui était 2020.

Mais la Banque centrale allemande ne veut pas vraiment de cet or : il n’y a pas de marché de leasing d’or suffisamment développé à Francfort et le droit allemand ne contient aucune législation de leasing de l’or. L’or allemand à New-York ou à Londres était disponible pour la location (le leasing) en vertu des lois américaines et britanniques, et servait ainsi à manipuler les prix de l’o à la baisse. Le passage de l’or à Francfort réduit l’offre flottante disponible pour le leasing, ce qui rend plus difficile la manipulation.

Alors pourquoi l’Allemagne a-t-elle quand même rapatrié son or ?

Les raisons sous-jacentes en 2013 (date de l’annonce) et 2017 (date d’achèvement) sont que ces deux années sont des années électorales en Allemagne. La position de Merkel en tant que chancelière est en jeu lors d’un scrutin qui se déroulera le 24 septembre 2017. Elle pourrait avoir besoin d’une coalition pour rester au pouvoir et il y a un petit parti nationaliste en Allemagne qui attache beaucoup d’importance au rapatriement de l’or.

Merkel a orchestré ce rapatriement d’or de la Deutsche Bundesbank en 2013 et la publicité autour de son achèvement la semaine dernière afin d’apaiser ce petit parti nationaliste et le garder dans la large coalition. C’est pourquoi le rapatriement a été achevé trois ans plus tôt : parce qu’elle a besoin des votes maintenant.

L’autre histoire sur l’or, encore plus étrange, vient des États-Unis.

Le gouvernement américain s’intéresse à l’or

Le secrétaire du Trésor Steve Mnuchin et le leader de la majorité du Sénat, Mitch McConnell, ont effectué une visite à Fort Knox pour vérifier les réserves d’or des États-Unis. Mnuchin n’est que le troisième secrétaire du Trésor de l’histoire à visiter Fort Knox et c’est la première visite d’un officiel de Washington DC depuis 1974.

Le gouvernement américain aime ignorer l’or et ne pas attirer l’attention sur celui-ci. Les visites officielles à Fort Knox donnent à l’or une certaine crédibilité monétaire que les banques centrales préfèrent qu’il n’ait pas.

Pourquoi cette visite improvisée de Mnuchin et McConnell ? Pourquoi maintenant ?

La réponse réside dans le fait que le Trésor arrive à court d’argent et pourrait être bloqué le 29 septembre si le congrès n’augmente pas le plafond de la dette d’ici là.

Mais le Trésor pourrait obtenir 355 milliards de dollars de trésorerie supplémentaire sans augmenter la dette simplement en réévaluant l’or américain au prix du marché. Eh oui, l’or est officiellement évalué à 42,22 $ l’once dans les livres comptables du Trésor, contre un prix de marché de plus de 1 300 $ l’once !

Une fois que le Trésor réévaluera l’or, il pourra émettre de nouveaux « certificats aurifères » à la Fed et exiger de l’argent nouvellement imprimé qu’il placera dans ses comptes en vertu de la « Gold Reserve Act » de 1934.

Etant donné que cet argent provient de la réévaluation de l’or, elle n’augmente pas la dette nationale et aucun nouveau vote sur le plafond de la dette ne sera nécessaire.

Ce serait un moyen de contourner ce fardeau du plafond de la dette si le Congrès ne peut pas l’augmenter en temps opportun. Cet étrange tour de passe-passe sur l’or avait été réalisé par l’administration Eisenhower en 1953.

Mnuchin et McConnell voulaient peut-être donc s’assurer que l’or était là avant de le réévaluer et d’émettre de nouveaux certificats…

Mais quelle qu’en soit la raison, cette attention officielle portée à l’or n’est qu’un soutien psychologique supplémentaire à son prix, à ajouter à l’assouplissement monétaire de la Fed, à l’offre aurifère limitée et aux achats importants et continus de la part de la Russie et de la Chine. [NDLR : Cet automne pourrait être très favorable à l’or… L’once est repassée au-dessus des 1 300 $ et la multiplication des tensions géopolitiques ne peut que lui être favorable. Il est temps de mettre cet inattaquable valeur refuge en portefeuille…]

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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