Ne laissez pas l'or vous détourner du vrai problème : l'emploi US

Rédigé le 14 octobre 2010 par | La quotidienne Imprimer

– Comment vont les choses dans la pampa ?

Raisonnablement bien, il semblerait…

Nous venons d’arriver. Trop tôt pour se prononcer vraiment, mais pour autant que nous puissions en juger, les pauvres Argentins semblent être en train de se tirer une balle dans le pied… et dans la jambe… et partout ailleurs. Ils devront extraire la chevrotine pendant des années…

L’époque devrait être excellente, pourtant. Ils ont les terres agricoles parmi les plus riches, les plus plates et les mieux arrosées de la planète. Les prix agricoles sont élevés. Les autres prix sont relativement bas.

Mais on peut compter sur les politiciens pour tout gâcher. Le boeuf argentin — qui devrait être l’exportation la plus précieuse du pays — perd des parts de marché, surtout vis-à-vis des Uruguayens. Pourquoi ? Parce que les Argentins ont taxé les exportations de boeuf pour maintenir les prix bas au niveau national.

Résultat ? Les agriculteurs sont passés de l’élevage bovin à la culture du soja. Et voilà qu’une sécheresse désastreuse leur est tombée dessus.

La suite à mesure que notre enquête sur le sujet progresse…

– D’ici là, voyons un peu le marché le plus brûlant du monde — le marché de l’or. Le métal jaune est si chaud qu’il est difficile de croire qu’il ne fondra pas. Attention à vous.

Et rappelez-vous que le marché haussier de l’or est une distraction. Le vrai événement, pour l’instant, reste la Grande Correction. Elle est là. Elle continue. Et il faudra des années pour la corriger.

Le crédit à la consommation a baissé de 3,3 milliards de dollars en août aux Etats-Unis — le septième mois de déclin consécutif. Exactement ce à quoi on pourrait s’attendre durant une correction.

Si ce n’est pas une Grande Correction, elle l’imite parfaitement.

Le New York Times :

« C’est un double coup du sort que de nombreux économistes craignaient depuis longtemps : les embauches des entreprises ont ralenti tandis que les emplois gouvernementaux disparaissent à un rythme record [aux Etats-Unis] ».

« Les entreprises n’ont créé que 64 000 emplois le mois dernier, en recul par rapport aux 93 000 postes d’août et aux 117 000 de juillet, rapportait vendredi dernier le département du Travail US. Mais dans l’ensemble, l’économie a perdu 95 000 emplois non-agricoles en septembre, suite à un déclin de 159 000 dans les emplois gouvernementaux à tous les niveaux. Les gouvernements locaux, en particulier, ont réduit le nombre d’employés au rythme le plus rapide de ces 30 dernières années ».

En attendant, l’Investors’ Business Daily a encore de mauvaise nouvelles. Au rythme actuel, il faudra 10 ans de plus pour retrouver ces emplois :

« L’économie américaine a perdu 95 000 postes en septembre, bien pire que les prévisions qui comptaient sur une stagnation de l’emploi. De nouveaux emplois temporaires liés au recensement ont pris fin comme prévu, mais les gouvernements locaux ont réduit leurs effectifs bien plus qu’attendu ».

« A ce jour en 2010, les Etats-Unis n’ont créé que 613 000 emplois — pour une moyenne mensuelle de 68 111 ».

« L’emploi a atteint un plus bas en décembre 2009, à 129 588 millions — deux années après son sommet de 137 951 millions. Au rythme de cette année, les Etats-Unis ne compenseront pas ces 8,36 millions d’emplois perdus avant mars 2020 — 147 mois après le plus haut de décembre 2007 ».

« Les gouvernements locaux réduiront probablement leurs effectifs pendant encore un an ou deux suite à mesure que les difficultés budgétaires se prolongent, si bien que l’embauche sera exclusivement du ressort du secteur privé ».

« Les employeurs privés ont bien embauché 64 000 travailleurs le mois dernier, mais c’était un peu moins que les prévisions du consensus, et bien au-dessous de ce qui serait nécessaire ».

« Les Etats-Unis doivent créer entre 125 000 et 150 000 emplois chaque mois simplement pour absorber les nouveaux travailleurs et empêcher le chômage de grimper. Si bien que retrouver l’ancien sommet de l’emploi une décennie plus tard ne suggère pas franchement un marché du travail sain ».

Faisons une petite pause pour réfléchir au paragraphe précédent. Il ne suffit pas de simplement récupérer les 8,36 millions d’emplois perdus durant la crise. Les Etats-Unis doivent également créer environ 15 millions d’emplois en plus au cours des 10 prochaines années pour tenir le rythme de la croissance démographique et revenir au plein emploi. Soit 23 millions d’emplois en tout.

Eh bien, devinez combien d’emplois ont été créés au cours des quatre derniers mois ? Pas un seul. L’économie a plutôt perdu 400 000 emplois. On pourrait donc dire qu’au rythme actuel, il gèlera en enfer avant que nous retrouvions ces 8,36 millions de postes… et il faudra encore plus de temps avant que l’économie ne retrouve le plein emploi.

Est-ce que ça ressemble à une correction, pour vous ? Pour nous oui, en tout cas.

Première parution dans La Chronique Agora le 13/10/2010.


Photo : mjcrodez – Flickr

Mots clé : -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Pas de commentaire pour “Ne laissez pas l'or vous détourner du vrai problème : l'emploi US”

  1. […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Christelle Lantieri, MoneyWeek France. MoneyWeek France a dit: Ne laissez pas l'or vous détourner du vrai problème : l'emploi US http://bit.ly/aUKkK5 […]

Laissez un commentaire