Etats-Unis vs. Chine, la guerre du XXIe s. ?

Rédigé le 18 janvier 2017 par | Macro éco et perspectives, Pays émergents Imprimer

Je suis en déplacement en Chine pour quelques jours. Je suis allé à Shanghai et à Nankin, en empruntant l’extraordinaire train chinois qui relie ces deux villes. Ce train circule à 320 km/h, presque silencieusement, sur une voie conçue spécialement.

J’étais assis en classe affaire : elle surpasse celle des bonnes compagnies aériennes internationales avec, notamment, des sièges totalement inclinables.

Mieux encore, le prix du billet était de 65 $. Aux Etats-Unis, le même voyage aurait été beaucoup plus lent, avec un service bien moins bon, et cela m’aurait coûté 400 $. Sans parler du cauchemar consistant à traverser la gare d’Amtrak, à New York, au lieu de ces gigantesques gares chinoises, flambant-neuves, propres et bien éclairées.

Alors, cela signifie-t-il que la Chine surpasse les Etats-Unis en termes de niveau et de qualité de vie ? Loin de là. Ces trains fabuleux et ces non moins fabuleuses gares dissimulent énormément de retard de développement.

Les Chinois ont dérobé la technologie ferroviaire à l’Allemagne. Ils ne l’ont pas inventée. Tout le système ferroviaire (et presque tout le reste) est payé à crédit et ne pourra jamais être remboursé.

Les 65 $ du billet permettant de monter dans ce train subventionné sont très loin de générer les revenus qui permettront de rendre le système viable. Le réseau ferré national chinois a perdu plus de un milliard de dollars en 2016 et devrait perdre quelques milliards de plus au cours des années à venir.

Bref, cette ligne à grande vitesse est symptomatique d’une bonne partie de l’économie chinoise. De l’extérieur, cela a l’air d’aller mais cela dissimule une bulle du crédit extrêmement instable, posée sur des fondations non moins instables.

Tous ceux que j’ai rencontrés jusqu’à présent, en Chine (que ce soient des responsables du gouvernement, des économistes de premier plan ou la population lambda qui voulait simplement pratiquer son anglais) m’ont dit les deux mêmes choses : tout le monde sort son argent du pays à toute vitesse, et tout le monde est terrifié à l’idée de ce que Trump va faire.

Trump face à la Chine

En fait, nous savons ce que fera Trump.

Il va demander que les principales industries chinoises, telles que celle de l’acier, cessent d’être subventionnées.

Il va demander le renforcement du yuan afin de compenser ses années de sous-évaluation.

Et il va demander de l’aide concernant le problème nucléaire nord-coréen, les conflits territoriaux en Mer de Chine méridionale, et qu’il soit mis fin au piratage ainsi qu’au pillage des droits de propriété intellectuelle.

Si la Chine ne trouve pas un compromis avec Trump sur la plupart de ces questions, il est prêt à appliquer des tarifs douaniers, des ajustements fiscaux à la frontière, entre autres pénalités frappant les importations de Chine arrivant aux Etats-Unis.

Trump a également indiqué qu’il était prêt à remettre en question la politique « d’une seule Chine », et à améliorer les relations des Etats-Unis avec Taïwan.

Du point de vue de Trump, cela fait simplement partie de « l’art de la négociation ».

Impossibles concessions

Mais du point de vue de la Chine, cela s’apparente plus à « mission impossible ». La Chine ne peut mettre un terme aux subventions car cela signifierait un chômage massif à mesure que les industries en question fermeraient leurs activités.

La Chine a besoin d’une monnaie faible afin d’éviter de brûler le reste de ses réserves en devises fortes en s’efforçant de soutenir sa monnaie. La Chine ne peut mettre la pression sur la Corée du Nord car celle-ci riposterait en ouvrant ses frontières et en laissant les réfugiés nord-coréens affluer en Chine, ce qui serait extrêmement déstabilisant.

Enfin, la Chine ne peut faire marche arrière concernant ses revendications en Mer de Chine méridionale car elle a besoin du poisson qui s’y trouve pour nourrir son peuple.

Et du point de vue de la Chine, la question de Taïwan n’est pas négociable.

Bref, Trump va faire tout son possible pour conclure un accord avec un pays qui n’aura rien à offrir car il aurait bien trop à perdre s’il faisait des concessions.

Le train déraille au ralenti, en quelque sorte. Trump va soumettre ses demandes, la Chine va refuser de conclure un accord, Trump va appliquer des tarifs douaniers et des taxes, la Chine va riposter en dévaluant sa monnaie, et les choses vont dégénérer en guerre commerciale et monétaire totale.

Ca, c’est dans le meilleur des cas. Dans le pire des cas, nous allons nous retrouver avec un conflit armé en Corée, à Taïwan et en Mer de Chine méridionale.

Pour les investisseurs, les meilleures mesures à prendre consistent à renforcer leur compartiment liquidités, à acheter de l’or et à parier sur la baisse des actions et de la devise chinoises.

Les relations bilatérales Etats-Unis-Chine sont sur le point de se dégrader fortement, et il est plus que temps d’adapter notre portefeuille à cette nouvelle donne géopolitique.
[NDLR : Jim Rickards vous guide dans les tortueuses voies de ce nouvel ordre mondial : ses recommandations d’investissements pour en profiter sont à retrouver dans Alerte Guerre des Devises.]

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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