Est-ce le moment d'acheter du blé ?

Rédigé le 29 novembre 2007 par | Nouvelles technologies Imprimer

L’univers des soft commodities est prometteur à plus d’un titre. Parmi les stars de ce marché, le blé mérite qu’on s’y attarde. Voici un avant-goût de ce marché et de ce qui vous y attend.

Le mouvement globalement haussier des céréales profite aussi au blé L’année dernière, un effet ciseau imparable a dominé le marché du blé. Cela s’est passé ainsi : des prévisions de récolte en baisse dues principalement aux multiples sécheresses, avec, en face, une demande de blé qui augmente. Tous les éléments étaient réunis pour assister à une flambée des cours. Et devinez quoi ? C’est bien ce à quoi nous avons assisté ! Le blé a atteint des plus hauts depuis 10 ans. A 542 cents le boisseau le 16 octobre dernier, il est depuis redescendu à 468 cents le boisseau.

Et maintenant ? Les futures sur le blé baissent à Chicago, plus grand marché au monde des soft, car il semble que les importateurs s’approvisionnent en dehors des Etats-Unis, où les prix sont 35% plus chers qu’il y a un an. Les exportations de blé US ont plongé de 70% à 246 000 tonnes en janvier. En fait, le prix élevé du blé décourage les investisseurs potentiels qui attendent de meilleurs lendemains quand ils peuvent se le permettre.

Un marché bearish aux Etats-Unis De plus, l’Union Européenne a fait savoir qu’elle fournirait environ 134 000 de tonnes prélevées sur ses stocks tampons afin de soulager la demande domestique. Cela a renforcé la tendance baissière aux Etats-Unis en touchant directement les exportateurs de blé US.

Les prix ont également baissé car l’hiver aux Etats-Unis a été pluvieux : cela a dynamisé les champs de blé tout en entretenant la perspective de meilleurs rendements. Or qui dit meilleurs rendements dit un surplus de production et donc un prix qui s’orienterait à la baisse. Mais creusons un peu plus…

Des perspectives de meilleures récoltes cet été Dans l’ensemble, les acteurs du marché retiennent leur demande, car ils pensent que le prix va baisser du fait de meilleures récoltes cette année. Un autre phénomène vient accentuer cette tendance : l’envolée passée des prix a incité les producteurs à planter massivement du blé cet hiver. Donc la plupart des observateurs s’accordent à dire que la moisson devrait être bonne cette année.

Mais des stocks au plus bas En raison de conditions météorologiques peu clémentes, les stocks mondiaux de blé devraient être justes cette année. Au 12 janvier, l’USDA (United States Department of Agriculture) a évalué les stocks domestiques à 472 millions de boisseaux, soit 100 millions de moins que l’année dernière. Le ratio final s’établirait autour de 23%, le plus faible observé en 3 ans. Au niveau mondial, les stocks devraient baisser de 20%. En conséquence, les exportations sont estimées en baisse de 13%.

Résumons-nous La production mondiale est estimée pour l’année autour de 1,8 milliards de boisseaux, la demande s’établissant autour de 2 milliards et les stocks à 0,48 milliard. Cela devrait permettre de s’en sortir, qu’en pensez-vous ?

Autre constat : le prix très élevé du maïs par rapport au blé fait que les éleveurs se détournent de celui-ci pour nourrir leurs bêtes avec du blé. Cette situation ne peut être que temporaire… Mais quel est le facteur clé qui fait bouger le prix du blé ? Le climat bien sûr ! D’où le besoin d’une analyse rapide des sols producteurs de blé pour savoir à quoi s’attendre. Allons-y…

Les perspectives mondiales En Allemagne et en Pologne, les zones productrices de blé n’ont pas souffert du froid pour l’instant, donc pas de surprise de ce côté-là. En Turquie, une pluie abondante et même de la neige ont permis de recharger les sols après la sécheresse récente. On s’attend donc à des récoltes correctes. La situation est un peu similaire en Ukraine, même si la sécheresse a été plus marquée ; le temps de récupération des sols sera donc plus long. En revanche, au Pakistan et au nord de l’Inde, la pluie serait la bienvenue pour améliorer les perspectives de récoltes.

« Le politique » encore et toujours La décision gouvernementale indienne, la semaine dernière, de libérer quelque 400 000 tonnes de blé de ses stocks tampons pour des opérations de marché en février et en mars modère les tensions sur les prix. Cela met aussi en lumière une dimension sous-estimée du blé. C’est un marché éminemment politique car il touche directement les aliments de base de la population.

Pour cette raison essentielle, son prix ne peut continuer sur le même trend haussier que l’année dernière. Pour ma part, je vote pour la stabilité.

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Damien Ricard
Damien Ricard

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