Faites face à l’épidémie d’opioïdes !

Rédigé le 22 juin 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Les Etats-Unis sont victimes d’une nouvelle épidémie d’addiction et d’overdose due à une drogue tout à fait légale, prescrite par les médecins : les opioïdes, ces antalgiques qui imitent le fonctionnement de l’opium sur notre organisme.

Dans la Quotidienne d’hier, nous avons essentiellement évoqué le cas américain – le plus emblématique – mais l’épidémie d’opioïdes touche le monde entier. Selon les chiffres de l’OMS, 69 000 décès sont imputables chaque année à ces substances à travers le monde et 15 millions de personnes y sont dépendantes. « La majorité d’entre elles utilise de l’héroïne cultivée et fabriquée de manière illicite, mais une proportion croissante consomme des opioïdes délivrés sur ordonnance », note l’OMS.

En France, peu ou pas de chiffres officiels sur le nombre de décès dû à ces médicaments, mais on observe une forte augmentation des hospitalisations liées à une overdose d’opioïdes. Comme aux Etats-Unis, le profil type des « addicts » est très éloigné des clichés habituels sur les consommateurs de drogue : « en plus de ces augmentations de cas, ce qui nous préoccupe est que ce sont majoritairement des femmes, d’âge médian 60 ans, sans notion d’addiction ni de cancer ou de soins palliatifs », soulignait Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie médicale du CHU de Clermont-Ferrand, et cité par Le Monde.

La réaction des pouvoirs publics

Face à l’augmentation du risque de décès, les pouvoirs publics ont commencé à réagir. Les Etats-Unis sont pionniers dans le domaine. Je vous disais hier que l’Ohio a intenté un procès contre des laboratoires pharmaceutiques. D’autres Etats s’en sont quant à eux pris – toujours par la voie judiciaire – aux distributeurs.

La réponse s’organise : financement de programmes de désintoxication et de substitution (le maire de New York a décidé en mars 2017 d’y consacrer 38 millions de dollars), interdiction de prescription de plus sept jours (au Massachussetts), mise en place d’un système de centralisation des prescriptions afin d’éviter les abus, etc.

Au niveau fédéral, Barack Obama avait proposé en 2016 un grand plan national doté d’un milliard de dollars pour lutter contre ces addictions… Plan qui n’a jamais été mis en place.

La FDA, l’autorité en charge de l’autorisation des médicaments aux Etats-Unis, ainsi que le Center for Disease Control and Prevention (CDC) participent eux-aussi à la lutte contre l’addiction aux opioïdes. Le CDC s’est par exemple lancé dans de grandes campagnes d’information sur les risques auprès des praticiens, les incitant à fortement réduire les durées de prescription.

Depuis 2014, le renouvellement des prescriptions ne peut en outre plus se faire par téléphone mais nécessite un nouveau passage chez le médecin (une mesure de bon sens…).

Enfin, la FDA a, en mars dernier, renforcé l’avertissement des risques et effets secondaires sur les boites des médicaments concernés.

Ces efforts, même si encore limités, ont eu quelques effets. Depuis 2013, le nombre de prescriptions est en légère baisse, ce qui ne signifie pourtant pas que l’épidémie régresse. En effet, de plus en plus d’utilisateurs se tournent vers le marché noir ou l’héroïne quand ils ne peuvent plus obtenir d’ordonnances officielles.

Quelles conséquences pour l’industrie pharmaceutique ?

Procès et recul des prescriptions ont, pour l’instant, peu de conséquences sur les grands groupes pharmaceutiques, dont les sources de revenus ne dépendent pas uniquement des ventes d’antalgiques. La situation est plus compliquée pour les laboratoires spécialisés dans cette classe de médicaments. Face aux attaques légales et au recul des ventes, ces laboratoires cherchent à se diversifier. Un des cas les plus emblématiques est celui de Purdue Pharma, le laboratoire derrière l’OxyContin. Régulièrement attaqué devant les tribunaux (le laboratoire a par exemple été condamné en mai dernier à payer 20 millions de dollars au Canada pour défaut d’information sur les risques de dépendance), il a vu ses ventes d’OxyContin baisser de 40% entre 2010 et 2016 sur le marché américain.

Face à la baisse de ses ventes, le laboratoire aurait – selon des procès en cours – fermé les yeux sur le marché noir qui s’est développé et a, cette fois les yeux grands ouverts, mis en place une stratégie de conquête de nouveaux marchés en Amérique latine, en Asie, ou encore au Proche et Moyen Orient, et en prônant l’utilisation d’opioïdes dans le cas de douleurs chroniques.

D’autres voies sont aussi explorées – et ce sont celles qui nous intéressent le plus en tant qu’investisseurs. Premièrement, les laboratoires développent de nouvelles formes d’opioïdes qui limitent leur détournement. C’est le cas par exemple d’une biotech que vous a recommandé Ray Blanco dans FDA Biotech Trader. Pour accentuer les effets des opioïdes, certains usagers dépendants les réduisent en poudre pour les inhaler ou se les injecter. Une des solutions consiste donc à créer des comprimés qui se dissolvent mal ou qui sont difficilement réductibles en poudre.

Autre possibilité, développer des antalgiques présentant des risques moindres de dépendance. Un exemple parmi d’autres, celui de l’oliceridine développé par la petite biotech américaine Trevena. Cet antalgique reproduit les effets des opioïdes mais avec des effets secondaires (en particulier sur la dépression respiratoire). Ce médicament pourrait être utilisé sur les douleurs modérées à sévères, du moins s’il est accepté par la FDA qui vient de lui accorder le statut de  » Breakthrough Therapy », réservé aux traitements particulièrement innovants.

D’autres biotech s’intéressent au potentiel thérapeutique du cannabis – malgré l’important débat de société que la plante suscite –, soit en utilisant des extraits de la plante soit en imitant synthétiquement les effets – de préférence en éliminant les substances psychoactives (avec des faibles niveaux de THC) et en réduisant le risque de dépendance. Ces médicaments pourraient s’avérer efficaces pour accompagner les patients souffrants de douleurs chroniques et afin de limiter l’usage des opioïdes forts aux douleurs les plus aigües.

Plusieurs médicaments ont déjà été autorisés aux Etats-Unis et dans le reste de l’Europe. En France, le seul médicament autorisé (depuis 2014), le Sativex, attend toujours un accord sur son prix pour être officiellement commercialisé. Ce médicament à inhaler pourrait être prescrit à des patients souffrant de sclérose en plaques afin de réduire les douleurs liées aux spasmes musculaires qui accompagnent la maladie.

La recherche dans le domaine n’en est qu’à ses débuts et pourrait, à terme, être une alternative aux opioïdes. Le Time rapportait que dans les Etats américains qui ont légalisé les usages thérapeutiques du cannabis, les prescriptions d’opioïdes avaient sensiblement chuté.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Face au risque que représente la dépendance aux opioïdes, pouvoirs publics, médecins mais aussi l’industrie pharmaceutique doivent donc s’adapter, non seulement pour réduire les usages abusifs de ces médicaments (une démarche pédagogique qui est proche de celle qui est mise en place pour réduire les prescriptions d’antibiotiques) mais aussi pour trouver d’autres moyens de gérer la douleur.

Lors de sa campagne présidentielle en 2016, Donald Trump avait déclaré vouloir mettre fin à l’épidémie d’opioïdes qui frappe les Etats-Unis. Elu président, il a effectivement mis en place une commission chargée d’étudier le problème et les solutions possibles. Le budget 2018 – et les fonds consacrés à cette lutte – seront particulièrement scrutés. Sans financement public et engagement politique fort, cette épidémie ne pourra en effet pas être combattue

Quoi qu’il en soit, la FDA semble bien décidée à favoriser les nouvelles générations d’antalgiques, en facilitant le processus d’essais cliniques ou en accélérant celui d’autorisation et de mise sur les marchés. Une excellente nouvelle pour les biotech qui oeuvrent dans le secteur. [NDLR : Nouveaux opioïdes, antalgiques dérivés du cannabis… de nouveaux champs de recherche s’ouvrent aux biotech, et Ray Blanco a sélectionné les meilleures d’entre elles pour en profiter. A découvrir dans FDA Biotech Trader]

 

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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