Energies renouvelables : La révolution énergétique a atteint un point de bascule

Rédigé le 17 juin 2016 par | Matières premières & Energie, Nouvelles technologies Imprimer

Des choses extraordinaires ont lieu dans le secteur de l’énergie en ce moment.

L’année dernière, les émissions de carbone ont stagné pour la première fois en 25 ans (mis à part une brève période durant la crise financière), selon une récente étude de BP.

Le mois dernier, le Portugal a fonctionné uniquement grâce à l’énergie solaire pendant quatre jours d’affilée. Sur tout le mois de mai, en Grande-Bretagne, l’énergie solaire a fourni 50% d’électricité en plus que le charbon.

C’est tout à fait passionnant. Approchons-nous d’un point de bascule ?

En fait, c’est un peu plus compliqué que ça…

Des changements de grande ampleur ont lieu sur les marchés mondiaux de l’énergie

« Les marchés mondiaux de l’énergie sont en train d’évoluer : la demande tout comme l’offre changent de manière profonde », affirme l’économiste Spencer Dale dans la revue statistique sur l’énergie mondiale de BP de 2016.

Du côté de la demande, la croissance de la Chine s’est ralentie : « l’époque d’une croissance chinoise à deux chiffres, tirée par une production industrielle vorace en énergie, est derrière nous. »

En parallèle, les pays du monde entier essaient de booster leur efficience énergétique.

Résultat : la demande mondiale en énergie n’a augmenté que de 1% l’année dernière. C’est la moitié du taux moyen enregistré ces 10 dernières années.

La chute de la demande en Chine combinée à un changement dans les sources d’énergie aux Etats-Unis a eu un impact particulièrement négatif sur la demande de charbon. L’utilisation de toutes les autres formes d’énergie, du gaz au pétrole en passant par les énergies renouvelables, a augmenté en 2015, mais l’utilisation du charbon a connu sa plus forte chute jamais enregistrée.

Aux Etats-Unis, le gaz naturel a remplacé le charbon, devenant ainsi « la source d’énergie dominante dans le secteur de l’électricité aux Etats-Unis ». En Chine, le ralentissement de la croissance a entraîné une diminution des besoins en charbon – la consommation de charbon du pays a chuté pour la seconde année consécutive. La part du charbon dans la production d’électricité est à présent à son plus bas niveau depuis 10 ans, selon BP.

Parallèlement, du côté de l’offre, il y a bien sûr l’effet de la révolution du schiste, qui est en partie responsable des malheurs de l’industrie du charbon. Malgré un effondrement du nombre de plates-formes pétrolières en activité aux Etats-Unis, la production totale de pétrole aux Etats-Unis a encore augmenté d’un million de barils par jour en 2015. Cela signifie qu’ils sont encore les plus grands producteurs de pétrole au monde (il y a 10 ans, cette donnée aurait été impensable).

Toutefois, selon Dale, « les progrès technologiques dans les combustibles non-fossiles sont encore plus frappants ». Au cours de la dernière décennie, la capacité de production d’énergie solaire a doublé tous les 20 mois.

Que nous réserve donc l’avenir ?

Dans la production d’énergie mondiale, la part des énergies renouvelables reste relativement faible, juste en dessous des 3%. Toutefois, remarque Dale, « sa forte croissance signifie qu’elle représente toute l’augmentation de la production mondiale d’électricité en 2015 et plus d’un tiers (38%) de toute l’augmentation de la consommation d’énergie mondiale ».

La capacité de l’éolien a augmenté d’environ 17%, alors que le solaire a augmenté d’un peu moins de 33%. La Chine est aujourd’hui le plus grand producteur d’énergie solaire au monde, devant l’Allemagne et les Etats-Unis.

La fin du charbon ?

Tout cela ouvre de nouvelles perspectives, et je ne parle pas uniquement de considérations environnementales. L’idée que nous pourrions tirer une part importante et croissante de notre énergie d’une source qui est relativement propre et qui ne se tarira jamais doit être une chose positive.

A quelle vitesse aura lieu le changement ? Où sont les opportunités ?

N’importe quel actif dont le cours dégringole aussi rapidement que le charbon attirera toujours l’attention de ceux qui investissent. Concernant le charbon, comme le remarque Dale : « La question que soulèvent les 2 000 milliards de tonnes est : avons-nous dépassé le pic de la consommation de charbon ? »

Clairement, une économie plus orientée sur les services et un intérêt politique fort sur la pollution – mis en évidence par la forte progression de la capacité du solaire – laisse penser que c’est peut-être effectivement le cas. Mais en même temps, il y a probablement une « forte composante cyclique » dans l’évolution de la demande. Les secteurs chinois gros consommateurs d’énergie ont été frappés par la crise économique mais cela ne durera pas éternellement.

On pourrait donc être tenté de penser que le marché est trop pessimiste sur le charbon étant donné que ce dernier a encore un rôle très important à jouer dans le bouquet énergétique. C’est là un argument sans doute raisonnable. La formation des prix va sans doute changer pour le charbon car l’offre chute plus rapidement que la demande même si ce n’est qu’un rebond cyclique (court terme) au sein d’un déclin séculier (long terme).

Toutefois, ceux qui aiment jouer avec le feu devraient également se rappeler que d’ici à ce que le charbon redevienne attractif, les actifs pourraient bien avoir changé de mains et être détenus par des entreprises différentes de celles d’aujourd’hui.

Quid des énergies renouvelables, le grand espoir du futur ?

Dale observe que « la leçon essentielle de l’histoire est qu’il faut un temps considérable pour que de nouveaux types d’énergie pénètrent le marché mondial ».

Représentant au départ 1% de la production de l’énergie primaire, il aura fallu plus de 40 ans au pétrole pour se tailler une part de 10% (actuellement, elle est supérieure à 30%). Il aura fallu 50 ans au gaz naturel pour atteindre 8% (actuellement il est autour de 25%).

Dale remarque que les énergies renouvelables se développent à un rythme comparable à celui de l’énergie nucléaire, c’est-à-dire bien plus rapidement que le pétrole ou le gaz. La principale différence est que, tandis que le nucléaire s’est stabilisé du fait du ralentissement du rythme des innovations (les centrales nucléaires ont cessé de faire mieux et moins cher), « on peut supposer que les coûts de l’éolien et du solaire continueront de baisser. ».

Cela signifie que, selon le scénario de référence de BP, les énergies renouvelables auront « un rythme de pénétration plus rapide que toute autre source de combustible dans l’histoire moderne ». Toutefois cela veut dire qu’il faudra encore 20 ans pour que les énergies renouvelables représentent 8% du bouquet énergétique.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Même si cela peut être légèrement décevant pour celui qui voudrait voir les énergies renouvelables se développer plus rapidement, il est frappant que la discussion change pour passer de « ce seront toujours des sources d’énergie marginales » à « elles représenteront très probablement une part importante du bouquet énergétique. »

Comme le souligne Eoin Treacy : « L’évolution de la technologie des énergies renouvelables représente un changement fondamental pour le secteur de l’énergie, principalement parce que le coût de production continue de diminuer indépendamment du prix du pétrole et les préoccupations environnementales sont un argument convaincant pour les adopter. »

Ceci est exactement le type de changement qui inspire les plans sur la comète, la spéculation, la formation des bulles et d’énormes opportunités pour des gains faramineux (et des pertes catastrophiques).
[NDLR : Et c’est aussi exactement pour cela que nous continuerons, dans la Quotidienne et dans NewTech Insider, à vous recommander ce qui nous semble être les énergies les plus prometteuses, les entreprises les plus innovantes, et les investissements les plus pertinents pour accompagner et profiter de cette mutation énergétique.]

John Stepek

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