Energie solaire, le petit livre vert de la Chine

Rédigé le 1 juin 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Qu’importe si les États-Unis imaginés par Donald Trump carburent au charbon, au pétrole, au gaz, cette politique va, comme nous l’avons vu mardi dernier, à l’encontre de la demande de la population, des entreprises et même de plus en plus d’États américains. Donald Trump aura beau appeler de ses vœux la renaissance des États-Unis époque Dallas, les temps ont changé et, de l’autre côté de la planète, la Chine fait le choix d’une politique toute différente.

La Chine n’est pas connue pour sa qualité de vie environnementale. Le pays est effectivement un des plus gros pollueurs de la planète, ce dont il est de plus en plus conscient. N’y voyez pas un simple souci de préserver l’avenir de la planète ; comme tout État, Pékin réfléchit en terme de coût et d’avantages.

La guerre contre la pollution

Or la pollution grandissante du pays a un coût économique de plus en plus important. Les dépenses de santé liées aux maladies environnementales et à la pollution explosent. Face à d’intenses épisodes de pollution, des villes comme Pékin ont été obligées d’imposer de longues périodes de circulation alternée et de fermetures d’usines au cours des derniers mois. Début janvier dernier, au plus fort du récent épisode de pollution, plus de 1 200 usines ont été fermées alors que les enfants et les personnes âgées étaient appelées à ne pas sortir de chez eux.

A cela s’ajoute une grandissante pression sociale. En janvier dernier, le taux de particules fines atteignait les 500 microgrammes par mètre cube d’air (25 fois plus que les recommandations de l’OMS) à Pékin et plus de 1 000 microgrammes dans la ville Shijiazhuang. Par comparaison, à Paris, le taux tourne généralement autour de 131 microgrammes.

Pour vous donner une idée de ce que cela peut représenter au quotidien à Pékin, voici une photo de la cité interdite en période « normale » et lors d’un pic de pollution repérée via Paris Match.

Pekin

Insupportable au quotidien, et pas très attractif pour le tourisme.

L’autre moteur de la volte-face chinoise sur le sujet de la pollution est l’avantage économique. Car la lutte contre la pollution et le développement de solutions autres est aussi un facteur de croissance.

Pékin a donc décidé de passer à l’action et s’est lancé, depuis trois ans, dans une véritable guerre contre la pollution. Parmi les principaux coupables désignés… le charbon, le meilleur ami de Trump. La production électrique chinoise est en effet encore très dépendante de cette très polluante source d’énergie qui couvre 62% de ses besoins en électricité.

Après des années de soutien à l’industrie minière mais aussi de construction intense de centrales de charbon, la politique chinoise évolue progressivement. Depuis trois ans, la consommation chinoise de charbon recule sensiblement.

En parallèle, l’année dernière, les autorités chinoises ont fortement limité les jours d’exploitation autorisés des mines de charbon (de 330 à 200). Les premiers effets ont été… favorables au charbon dont le cours s’est envolé alors que la Chine devait augmenter ses importations afin de compenser la baisse de sa production. Pas forcément l’effet souhaité par Pékin mais tout de même le signe d’une évolution de sa position face au charbon.

Le choix du renouvelable

En parallèle, Pékin a aussi très ouvertement mis l’accent sur le renouvelable, en annonçant plusieurs plans d’investissement et se fixant de très ambitieux objectifs. La Chine s’est ainsi dotée, en quelques années, du premier parc photovoltaïque mondial, d’une capacité de plus 77 gigawatts (GW), dont près de 35 GW installés l’année dernière.

En février dernier, Pékin annonçait un nouveau et massif plan d’investissement dans les énergies renouvelables, de 2 500 milliards de yuans (344 milliards d’euros) d’ici 2020.

Ces énergies devraient représenter 15% de la production énergétique du pays à cette même date. C’est certes modeste – Pékin mise peut-être encore plus sur le gaz et sur le nucléaire – mais, selon l’Administration nationale de l’énergie (ANE) qui a annoncé ce nouvel investissement dans le renouvelable, cela représentera la création de… 13 millions d’emplois.

C’est là l’autre grand atout de l’investissement dans la renouvelable : ces nouvelles sources d’énergie ne produisent pas que de l’électricité, elles créent aussi emplois et croissance.

En 2016, les emplois dans le secteur solaire ont progressé de 12% à travers le monde, à 3,1 millions. Aux Etats-Unis, la hausse a atteint 24%. De quoi peut-être faire réfléchir un président américain qui a fait de l’emploi et de la production made in US son cheval de bataille. De quoi aussi expliquer que face à la politique de Trump, des entreprises et hommes politiques américains font de la résistance et soutiennent un secteur en pleine croissance.

La Chine quant à elle s’est imposée en quelques années comme le leader mondial du solaire. 80% des panneaux solaires produits dans le monde sortent de ses usines, qui emploient environ deux millions de Chinois.

Bien sûr, ces chiffres ne doivent pas cacher une réalité plus contrastée. Malgré un effort financier notable ces dernières années, le renouvelable ne représente – nous l’avons vu – qu’une part modeste de la production chinoise. Les installations actuelles ne sont pas forcément bien exploitées, et la vétusté de certaines infrastructures électriques n’arrange rien à l’affaire. Mais Pékin est bien décidé à poursuivre dans la veine « verte » et a adopté toute une série de mesures destinées à imposer le renouvelable auprès des gouvernements locaux. Et ce volontarisme paie.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Il y a quelques jours, je lisais une intéressante réflexion (je ne parviens malheureusement pas à remettre la main dessus) qui analysait le destin croisé des États-Unis et de la Chine.

Les premiers font le choix du protectionnisme, des énergies « anciennes » laissant ainsi leur meilleur ennemi endosser le rôle du chantre de la liberté commerciale (pensez à la promotion de la nouvelle route de la soie dans laquelle s’est lancé Xi Jiping) et des énergies renouvelables. Qui aurait cru que la Chine paraîtrait plus progressiste que les États-Unis il y a encore un an ?

Quoi qu’il en soit, nous en sommes persuadés, les énergies renouvelables vont tenir une place de plus en plus importante dans la production énergétique non seulement de la Chine mais aussi des États-Unis, de la France, du Japon, etc. Même les pays producteurs de pétrole s’intéressent progressivement à ces énergies. Et comme nous l’avons vu, les enjeux ne sont pas seulement environnementaux, ils sont aussi et surtout économiques.

Ne pas prendre en compte cette grande tendance serait une erreur. C’est celle de Trump, mais cela ne devrait pas être la vôtre. [NDLR : Prêt à mettre un peu de solaire dans votre portefeuille ? Ray Blanco vous recommande une valeur solaire américaine qui exploite des centrales photovoltaïque… et verse de beaux dividendes à ses actionnaires. A découvrir dans le portefeuille nouvelles technologies de NewTech Insider]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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