Élections présidentielles françaises : Que va-t-il se passer dimanche… ou plutôt lundi ?

Rédigé le 21 avril 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est un point spécial sur les élections présidentielles. Si vous n’en pouvez déjà plus d’entendre parler de vote, de candidats, de conséquences économiques et financières, cette Quotidienne ne sera pas pour vous. Mais, rassurez-vous, le programme normal reprendra rapidement.

Le temps de l’incertitude

Cela faisait longtemps que le résultat d’une élection présidentielle française n’avait pas été aussi incertain. Le choix de candidats que personne n’attendait (Fillon, Hamon), l’émergence de nouveaux partis (La France Insoumise, En Marche), la montée d’une rhétorique nationale, anti-euro, voire nationaliste (les candidats se reconnaîtront), les multiples affaires (qui ne parviendront certainement pas à moraliser le monde politique) et les douloureuses interférences terroristes ont rendu la campagne hors-norme.

Deux autres facteurs expliquent cette « anormalité».

Tout d’abord, le précédent du Brexit et de l’élection de Trump. Deux résultats des urnes que presque personne n’avait anticipé, et qui ont rendu commentateurs, journalistes et instituts de sondage un peu plus prudents. Se tromper une nouvelle fois et aussi complètement en aussi peu de temps, cela ferait désordre. Personne n’ose donc faire de pronostics.

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Ensuite, les marchés et les investisseurs jettent un regard très biaisé sur la situation politique française (et européenne en général). C’est ce que vous expliquait hier Jim Rickards, et je partage entièrement son opinion :

Pourquoi l’euro n’est-il pas « respecté » ?

Réponse : le biais cognitif.

Les informations que reçoivent les analystes américains, plus particulièrement, concernant l’Europe, proviennent de sources britanniques, notamment de ces deux publications basées à Londres : The Economist et le Financial Times.

Or ces journaux s’opposent à l’euro depuis des décennies et dénigrent continuellement le projet européen composé de l’Union européenne, de la zone euro, de l’euro et de leurs prédécesseurs. Les Américains s’appuient sur Londres en raison de la langue et de la distance qui les empêchent de consulter des sources allemandes, françaises grecques, ou autres, sur le continent. Mais cela biaise leur opinion.

C’est vrai pour l’euro, c’est vrai pour la campagne présidentielle. Je m’amuse à lire les articles et analyses de mes collègues britanniques ou américains sur le sujet – tout en étant parfaitement consciente que j’ai exactement le même biais quand j’évoque les affaires britanniques et américaines.

Récemment, mon collègue britannique John Stepek présentait à ses lecteurs du Money Morning les principaux candidats aux élections françaises.

Marine Le Pen y est décrite comme un Nigel Farage, mais en plus socialiste. François Fillon comme une Margaret Thatcher… en plus socialiste. Emmanuel Macron comme un nouveau Tony Blair… en plus socialiste. Et Jean-Luc Mélenchon comme un Jeremy Corbyn… mais plus socialiste.

Bref… vous avez compris l’idée.

Autre point qui dépasse toujours un peu les Anglo-saxons : le fonctionnement de nos élections. Premier tour, deuxième tour, législatives. Scrutin uninominal majoritaire à deux tours… Alliances (ou pas) entre les différents partis. Il y a de quoi y perdre son latin (ou les quelques mots de français que l’on connaît).

Enfin, la France demeure un des moteurs de la zone euro et du projet européen. Après les risques de Grexit, après la crise de l’euro, après le Brexit, c’est au tour du Frexit de servir d’épouvantail.

Que va-t-il se passer dimanche (ou plutôt lundi) ?

Je ne vais pas vous faire une prédiction de résultat de premier tour. Ou plutôt, si, je vous donnerai ma prédiction, par jeu, en fin de Quotidienne.

Ce qui importe aux marchés (et j’imagine à la plupart d’entre nous), c’est d’avoir quelques certitudes.

Et cette élection nous en aura fourni trois.

Premièrement, qu’il faut « voter utile ». Le problème du vote utile, c’est que (1) il est difficilement cernable dans les sondages et que (2) on est toujours l’idiot utile de quelqu’un d’autre.

Deuxième certitude : Marine Le Pen sera au deuxième tour. Absolument personne ne s’est risqué à émettre l’idée que la candidate du FN ne passerait pas le premier tour – ce qui semble une position raisonnable.

Reste donc à deviner l’incertain de cette certitude : qui sera face à elle ? Et qui donc (3e certitude) sera le futur président.

Deux scénarios : – l’adversaire de Marine Le Pen est un candidat qui ne donne pas de l’urticaire aux marchés, c’est-à-dire François Fillon ou Emmanuel Macron.

Dans ce cas, les marchés vont reprendre tranquillement leur chemin. Le spread entre le rendement des obligations françaises et allemandes se resserrera, et nous pourrons nous concentrer sur les autres problèmes qui guettent les marchés (le faiblard Trump Trade, la montée des tensions internationales, l’Italie…).

L’adversaire de Marine Le Pen est un candidat qui ne sied guère aux marchés. A savoir Jean-Luc Mélenchon (Benoît Hamon est passé aux oubliettes de l’Histoire).

Dans ce cas, oui, le décrochage pourrait être violent, tout particulièrement sur le marché obligataire. Mélenchon présente toutes les caractéristiques pour faire peur à des marchés anglo-saxons qui détectent du socialisme même chez Fillon.

Combien de temps pourrait durer la panique ? Plus longtemps pour Trump ou le Brexit ; les marchés vont en effet avoir du mal à faire tourner le programme du candidat de la France Insoumise ou du Front national à leur avantage. Il nous faudra adapter en profondeur investissement et épargne… mais nous n’en sommes pas là.

A plus long terme ?

Partons du principe que le scénario le plus probable (une victoire de Fillon ou Macron) advienne. Que se passera-t-il ?

Je ne veux pas scier la branche sur laquelle est assise François Fillon (et un peu Macron), mais la réduction de la dette publique française ne me semble ni pour demain ni pour dans cinq ans. La tendance est générale : selon un récent rapport du FMI, la dette publique moyenne des 35 pays les plus riches de la planète devrait passer de 79% du PIB en 2008 à 106% en 2022. Celle de la France ? De 68% à 90%…

+ de dette = + d’intervention des marchés = + de risque obligataire = augmentation des rendements = une bonne nouvelle pour les 3 valeurs qu’Eric Lewin a sélectionné dans La Lettre PEA.

Autre élément avec lequel il faudra faire : l’inflation.

C’est ce que vous expliquait il y a quelques jours Etienne Henri dans une Quotidienne dont je vous recommande la (re)lecture :

Il serait tentant de conclure qu’un retour au franc ou un maintien dans la zone euro sont équivalents, et que les gagnants et perdants seront les mêmes.

Dans les deux cas, une inflation importante est à prévoir, je vous l’accorde. Nous pouvons le regretter, mais nos économies fonctionnent sur le crédit et non sur la possession d’actifs tangibles. Tant que nous payerons et serons rémunérés en monnaie de singe (qu’elle s’appelle franc, euro ou dollar), l’inflation sera inévitable sur le long terme. C’est le triste destin des monnaies fiduciaires que de perdre leur valeur au cours du temps.

La raison pour laquelle un abandon de l’euro nous coûterait (très) cher tient justement à l’importance du crédit dans notre économie. La quasi-totalité des acteurs économiques sont endettés. Comme je vous le disais la semaine dernière, seul l’Etat Français pourra convertir de force sa dette en francs. En termes crus, cela s’appelle faire défaut… et les citoyens et entreprises n’ont pas cette option s’ils veulent pouvoir continuer à vivre comme avant.

Il y a ainsi une différence fondamentale entre l’inflation du futur franc et celle de l’euro. Dans le premier cas, la quasi-totalité des acteurs seront perdants. Dans le second cas, les emprunteurs auront au moins la satisfaction de voir la charge de leur dette s’alléger.

Préparez-vous au retour de l’inflation, quel que soit le vainqueur de cette élection. Comment s’y préparer ? De l’or, des actifs tangibles comme la forêt ou l’art, de la diversification d’épargne et d’investissements. Ainsi que de l’immobilier acheté à crédit (dont le poids sera allégé par l’inflation). Voilà de premières pistes.

Pour le reste, nous verrons cela à partir de lundi… dès que les incertitudes seront levées.

PS : Mon pronostic pour ce 1er tour : Le Pen (avec un score supérieur au 30%) face à Fillon.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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