Elections françaises dans la tourmente : une occasion possible

Rédigé le 9 février 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Si vous étiez un politicien populiste qui n’avait « pas la moindre chance » de gagner les prochaines élections, qui serait votre opposant idéal ?

Les élections en France – rien n’est encore joué

François Fillon était le grand espoir de l’élection présidentielle française cette année. L’homme serait une sorte de « Thatcher à la française » (j’en entends qui ricanent dans le fond de la salle…)

Fin 2016, les marchés ont commencé à se détendre : il semblait en effet qu’il était l’homme de la situation pour battre Marine Le Pen, candidate du Front National. Sans parler du fait que Fillon est un authentique conservateur.

Je sais, oui, l’idée que la France puisse mettre au pouvoir un équivalent de Thatcher peut sembler difficile à croire, mais des choses plus étranges encore se sont déjà produites. Face à la stagnation économique et à un président socialiste tout sauf enthousiasmant, les électeurs auraient pu opter pour Fillon, susceptible de faire bouger les choses.

Pendant un temps, on a donc pu croire que la surprise électorale, cette année, pourrait être des réformes dignes de ce nom et (qui sait ?) une reprise française. Peut-être, avec la bonne forme de gouvernement, Paris pourrait-elle vraiment devenir la rivale de Londres en tant que grand centre financier. Peut-être était-il temps de réfléchir à acheter des propriétés autour de leur équivalent de la Shoreditch, quel que soit son nom…

Et il y a quelques semaines encore, il semblait qu’il était clairement en passe de gagner l’élection (qui se fait en deux temps : un premier tour le 23 avril et un second tour le 7 mai).

Et puis, presque inévitablement, est venue l’heure de sortir les casseroles.

Fillon a fait en sorte de verser des salaires aux membres de sa famille. La belle affaire, me direz-vous. Des tas de politiciens, en Grande-Bretagne, emploient leurs épouses comme assistantes et leur salaire est considéré comme des frais. Ce n’est pas différent en France… du moins jusqu’à maintenant.

La grande question est de savoir si sa femme, son fils ou sa fille ont effectivement occupé les postes pour lesquels ils étaient payés. C’est ce que le bureau du Procureur de Paris cherche à savoir. Selon Fillon c’est le cas : il affirme n’avoir rien fait de répréhensible.

Mais le mal est fait. Il n’est plus favori face à Le Pen. En réalité, il semblerait qu’il puisse être éliminé dès le premier tour, ce qui laisserait la place, au second tour, au candidat centriste Emmanuel Macron, ancien banquier d’investissement.

En début de semaine, Fillon est donc intervenu en public pour parler de ses intentions. Certains membres de son propre parti avaient affirmé qu’il devrait se retirer de la course. Mais ce n’est pas ce qui se produit généralement dans ce genre de situations.

Au lieu de cela, Fillon s’est excusé et va publier une liste de ses actifs. Mais il a également l’intention de rester candidat : « il n’y a pas de plan B. Je suis le seul candidat capable de relancer le pays. »

Selon Reuters, l’un de ses collègues aurait répondu : « j’espère sincèrement que nous ne nous réveillerons pas le 23 avril avec la gueule de bois ».

Merci pour ce solide vote de confiance…

Le Pen pourrait créer une opportunité d’achat exceptionnelle en Europe

Très bien. Le Pen, qui est donc la candidate « Brexit/Trump », sera opposée soit à un chantre du libre marché, dont la réputation est aujourd’hui salie (peu importe que les allégations soient vérifiées ou non) ; ou un ancien banquier d’investissement qui nous rappelle le New Labour britannique.

Elle n’a aucune chance, nous dit-on. C’est peut-être vrai. Le système électoral français est peut-être organisé de telle manière qu’il est totalement impossible à cette personne de devenir présidente. Je n’en sais pas assez sur les tenants et les aboutissants du système français pour vous dire ce qu’il en est, d’une manière ou d’une autre.

Ce que je sais, par contre, c’est que des personnes qui comprenaient le système électoral américain nettement mieux que moi m’ont affirmé que Trump ne pouvait pas gagner… et il a gagné.

Pardonnez-moi, si vous le voulez bien, de ne pas croire les experts sur parole en l’occurrence.

Le marché, lui-aussi, semble s’en rendre compte. L’euro a chuté violemment mardi matin, et il y a de nouveaux signes de nervosité sur le marché obligataire également. C’est en partie parce que la Grèce montre des signes de relance – nous aurons l’occasion d’en reparler.

Mais c’est aussi, clairement, parce que les gens commencent à envisager l’éventualité d’une victoire de Le Pen.

Brève explication : la meilleure manière de déterminer dans quelles régions les risques politiques augmentent dans la Zone euro est de comparer les rendements obligataires entre les pays.

Le niveau absolu des rendements est important bien sûr. Mais ce qui est encore plus intéressant, c’est la « fourchette » entre les obligations des différents pays. La différence entre les rendements offerts par une obligations et ceux offerts par une autre.

En se penchant sur cette fourchette, on peut se faire une idée des risques que le marché estime sur un ensemble d’obligations ou sur un autre.

Dans la Zone euro, l’Allemagne, est « sans risque ». L’Allemagne vous remboursera. Et si l’Allemagne quitte l’euro, ses obligations deviendront plus précieuses, et non moins, parce qu’elles seront à nouveau en deutschemarks (en tous cas, c’est la théorie actuelle – toutes ces choses sont susceptibles de changer selon les circonstances). [NDLR : Une sortie de l’Allemagne de la Zone euro ? C’est le scénario que vous explique en détails Simone Wapler dans cette vidéo…]

Si vous voulez savoir comment les investisseurs les plus nerveux se sentent au sujet d’un pays de l’eurozone en particulier, comparez ses rendements obligataires à ceux de l’Allemagne.

Actuellement, la différence entre le rendement des obligations souveraines françaises à 10 ans et celui des mêmes obligations en Allemagne est à son sommet depuis quatre ans.

En pratique, qu’est-ce que tout cela signifie ? Que le risque politique commence à être justement pris en compte sur les marchés européens. Ce qui suggère donc qu’entre aujourd’hui et l’élection en France, l’Euro va avoir du mal à se renforcer.

Mais ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour la Zone euro dans son ensemble – après tout, un euro faible est l’objectif de Mario Draghi, président de la BCE. Et tout cela arrive à un moment où les données économiques de la Zone euro progressent (par rapport à leur base habituelle, assez faible, bien sûr.)

Cela signifie aussi que les bourses de la région vont se livrer une lutte acharnée, et jongler entre des investisseurs frileux et, très probablement, obtenir une amélioration des résultats.

Faut-il investir davantage en Europe en ce moment ?

Eh bien, soyons clairs : si Le Pen gagne, les investisseurs commenceront par vendre, et se poseront des questions après-coup. L’euro s’effondrera, et je pense que les actions de la Zone euro, en tout cas dans un premier temps – s’effondreront également.

Mais si cela se produit en effet, je dois admettre que je pense que cela créerait une occasion d’achat extraordinaire.

LA chose à retenir dans tout cela est que même si Le Pen gagne, la France ne quittera pas la Zone euro du jour au lendemain. Elle pourrait même ne pas la quitter du tout. Je conseillerais personnellement d’utiliser les quelques mois qui viennent à préparer une liste de valeurs à acheter (si vous ne le faites pas déjà).

Même si un Frexit (une sortie de la France de la Zone euro) devait effectivement se produire, il pourrait accoucher d’une souris sur le marché, un peu comme le Brexit. Et il faut se préparer à en tirer avantage.

Je ne sais pas pour vous, mais à la place de notre candidat populiste, je choisirais personnellement quelqu’un dont la réputation a été entachée par un scandale de corruption. Quelqu’un qui donnerait l’impression d’avoir garni ses propres poches, ou profité des électeurs. Vous savez, quelqu’un qui sentirait bon l’élite…

Mieux encore, quelqu’un qui était jusque-là considéré comme « propre », quelqu’un d’assez droit. Quelqu’un que l’on pourrait accuser d’hypocrisie. Quelqu’un qui aurait donné des postes confortables aux gens de sa propre famille alors que les électeurs ordinaires se battaient pour mettre un pied à l’étrier sur le marché du travail…

Je pense que Marine Le Pen doit, ces derniers jours, remercier sa bonne étoile…

John Stepek

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Un commentaire pour “Elections françaises dans la tourmente : une occasion possible”

  1. Pet de lapin sur toile cirée ! Une chose semble importante, au-delà des apparences : les peuples en ont assez d’être pris pour des imbéciles par une « élite » autoproclamée…. Ils sont peut-être tels qu’elle les pense… mais pas tant que ça !

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