EDF devient-elle verte avec Futuren ?

Rédigé le 3 mai 2017 par | Matières premières & Energie Imprimer

EDF a annoncé mercredi dernier l’ouverture de négociations exclusives pour racheter Futuren. L’ex-Theolia, spécialisée dans l’éolien terrestre, devrait tomber sous peu sous contrôle exclusif de l’électricien français viasa filiale EDF Energies Nouvelles.

La presse économique a copieusement relayé cette information sous le prisme d’un renforcement bienvenu dans l’éolien et plus particulièrement à l’international.

Les Français savent qu’EDF est prisonnière de son énergie nucléaire. Selon RTE, les centrales nucléaires représentent toujours 75% de l’électricité produite en France – un chiffre stable depuis une vingtaine d’années. Pro et anti-nucléaires s’affrontent toujours régulièrement dans les médias et dans les urnes… Sans pour autant espérer un changement de politique immédiat.

Les investisseurs, eux, s’inquiètent du coût réel de ces centrales qu’il faudra bien assumer à moyen terme. Les performances boursières de l’action EDF reflètent cette inquiétude lancinante.

Qu’il s’agisse de photovoltaïque, d’hydroélectricité ou d’éolien, l’actualité autour des énergies renouvelables suscite par conséquent toujours beaucoup d’intérêt.

Aujourd’hui, citoyens et investisseurs peuvent s’interroger sur l’impact du rachat de Futuren. Est-il un signe de sortie progressive de la philosophie du tout-nucléaire ? Marque-t-il le début d’une vague de diversification technologique et un changement de modèle économique ?

C’est ce que nous allons voir dans cette Quotidienne.

Quand la politique fait la stratégie

Impossible d’évoquer ce rachat sans mentionner le contexte politique. Nous avions parlé dans les Quotidiennes dédiées à l’Etat-actionnaire de l’importance que peut prendre le législatif dans la stratégie industrielle des entreprises d’Etat.

Les derniers événements en sont l’illustration parfaite. La Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, votée et publiée en août 2015, se lit en filigrane dans ce rachat.Cette loi ambitieuse a pour objectif une diminution des émissions de gaz à effet de serre en Francetout en veillant à ce que la part du nucléaire dans la production électrique ne dépasse pas 50% àl’horizon 2025.

Sans entrer dans le débat de la faisabilité de tels objectifs intrinsèquement contradictoires (cette Quotidienne n’y suffirait pas), le fait est que cette loi a été votée et promulguée. Elle s’applique donc à l’électricien qui n’a d’autre choix que de faire entrer des sources d’énergies renouvelables dans son mix énergétique.

Industriellement parlant, l’horizon 2025 est proche… très proche.

Les grands projets hydroélectriques mettent bien plus de 10 ans à être votés, conçus et mis en service. Il est plus facile d’ouvrir de nouveaux sites de production photovoltaïques ou éoliens, mais la faiblesse des puissances installées rend les petites installations (même démultipliées) peu significatives au regard du parc nucléaire.

Alors, ce rachat est-il vraiment le signe d’un changement de philosophie du groupe ? Peut-être… mais l’explication la plus probable est qu’EDF est au pied du mur.

Pour ne pas contrevenir à la loi sur la transition énergétique, la croissance externe du nombre de sites de production photovoltaïques et éoliens est la seule solution crédible. Seuls des rachats massifs de parcs existants pourront permettre de s’approcher du seuil des 50% d’électricité d’origine nucléaire en temps et en heure.

L’avenir nous dira si cette stratégie s’avère suffisante ; elle est, quoiqu’il en soit, nécessaire.

Quelles conséquences sur l’activité d’EDF ?

Futuren possède en compte propre un parc d’environ 350 MW, et exploite une puissance équivalente pour le compte de tiers.

Si vous n’êtes pas énergéticien, ce chiffre ne vous dit probablement rien. Il est donc délicat de mesurer à première vue l’effet qu’aura l’intégration du parc de Futuren à l’ensemble des centrales d’EDF.

Mieux vaut, pour se faire une idée précise, comparer cette puissance a des éléments existants. 350 mégawatts (MW) représentent une puissance plus faible qu’une centrale à gaz de dernière génération. Ils représentent le tiers de la puissance moyenne d’un seul réacteur nucléaire. Ils représentent environ 5% des 6700 MW du parc éolien et solaire d’EDF, et 0,2% des 139 000 MW du parc total.

Malgré la couverture médiatique importante du rachat (que certains esprits moqueurs pourraient qualifier de « greenwashing« ), les éoliennes de Futuren n’auront qu’une influence marginale sur la production d’électricité d’origine renouvelable — et quasi nulle sur la production totale.

Quid de vos investissements ?

EDF prévoit pour le rachat un budget d’un peu plus de 320 millions d’euros. Ce montant représente plus de 170% de la capitalisation boursière de Futuren en ce début de semaine.

La taille de cette enveloppe et la confortable prime de rachat annoncée raviront les actionnaires de Futuren dont le parcours boursier a été plus que décevant par le passé.

Si vous étiez actionnaire depuis peu, félicitations pour votre plus-value. Si vous étiez actionnaire de longue date, la valorisation retenue vous consolera un peu et adoucira votre moins-value.

Le plus probable est que vous n’avez pas de titres Futuren en portefeuille. Vous vous préoccupez plutôt du cours de l’action EDF et des conséquences que pourraient avoir ce rachat.

Comme pour l’aspect énergétique, il est parfois difficile de se faire une idée du poids réel des montants lorsque les zéros commencent à se multiplier.

320 000 000 euros représentent une somme, c’est certain… mais EDF est un géant de l’énergie. A titre de comparaison, sa capitalisation boursière est de plus de 21 milliards d’euros. L’électricien administre plus de 280 milliards d’actifs – dont 10 milliards doivent être cédés entre 2015 et 2020 pour dégager du cash.

10 milliards représentent aussi le coût de l’EPR de Flamanville, un dossier important mais pas prépondérant dans l’activité d’EDF. Il faudrait donc racheter plus de 30 fois Futuren pour que le coût s’approche de celui du fameux EPR, soit un achat tous les trimestres entre aujourd’hui et 2025.

Vous le voyez, cette acquisition n’est qu’une goutte d’eau pour EDF, que l’on parle de sa production électrique ou de ses finances. Il ne faut donc pas exagérer son importance.

Que faire après cette annonce ?

Si vous pensez qu’EDF est un groupe fortement décoté en Bourse dont la survie à moyen terme est probable, profitez des soldes sur cette société pour la faire entrer dans votre portefeuille. Je vous renvoie d’ailleurs à la Quotidienne sur les bonnes affaires offertes par l’Etat-actionnaire pour vous donner une grille d’analyse du dossier.

Si, en revanche, vous vous refusiez à investir sur EDF par crainte des dangers apportés par ses centrales (en terme de sécurité ou de santé financière), ne changez pas d’avis après ce rachat.

Même dans le giron d’EDF, Futuren aura des conséquences négligeables sur ces questions. Vous pourrez reconsidérer votre avis lorsque la production électrique issue d’éoliennes sera réellement significative.

Etre actionnaire ou non d’EDF est un choix personnel qui va souvent bien au-delà des simples aspects financiers… ce qui n’empêche pas de le faire de manière éclairée, chiffres à l’appui !

Bons investissements ! [NDLR : La plus grande erreur de Trump ? Préférez les énergies fossiles au renouvelable. Pour le secteur du solaire, c’est une immense opportunité sur laquelle notre spécialiste des nouvelles technologies a décidé de miser. Le solaire qui rapporte vous attend dans le dernier numéro de NewTech Insider]

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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