Les drones de loisir prennent leur envol

Rédigé le 18 avril 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Vous n’avez pas pu passer à côté : les drones sont devenus omniprésents depuis quelques années. Le grand public a découvert avec stupeur qu’il était possible de faire voler des aéronefs sans pilote lorsque l’armée américaine a commencé à s’en servir au Moyen-Orient pour ses frappes dites chirurgicales.

Initialement nié, puis minoré, le rôle des drones dans les conflits armés a ensuite progressé jusqu’à devenir, en 2016, une évidence stratégique que plus personne ne conteste.

L’utilisation du drone a petit à petit débordé du domaine militaire pour rejoindre la sphère civile. Vous pouvez aujourd’hui acheter des drones incroyablement sophistiqués pour quelques dizaines d’euros.

Les drones grand public tels que ceux que vous avez peut-être déposés sous le sapin de Noël en décembre dernier sont équipés de technologies de stabilisation et de contrôle de vol qui auraient fait le bonheur des militaires il y a vingt ans.

Comme toute nouvelle technologie, le drone est soumis aux effets de mode. Le grand public a commencé à s’intéresser au phénomène en 2010 avec l’arrivée des drones-jouet contrôlables par smartphone. Les drones sont devenus au fil des années de plus en plus populaires jusqu’à atteindre un pic d’intérêt à Noël dernier : un nombre record de drones s’est d’ailleurs vendu à l’occasion des fêtes.

Vous le savez, un moyen efficace pour savoir si un domaine intéresse le grand public est la surveillance de sa popularité sur les moteurs de recherche. Le graphique ci-dessous représente l’évolution du nombre de recherches sur le mot-clé « drone » depuis 2005.

recherches sur les drones -drones de loisir
Evolution du nombre de recherches sur les drones : le pic est passé en décembre 2015

Outre le caractère cyclique de l’intérêt pour le drone (les recherches sont plus fréquentes durant les fêtes de fin d’année), il n’y a aucun signe de croissance exponentielle du nombre de recherches. Au contraire, une fois les fêtes passées, les particuliers semblent ne plus s’y intéresser autant.

La question difficile de l’usage

N’est pas l’iPhonequi veut…

Si vous êtes comme moi, vous vous êtes tout d’abord demandé ce que vous pourriez bien faire d’un smartphone avant d’en avoir un. Et, après y avoir goûté, vous n’avez plus pensé à revenir en arrière tant cet objet vous facilite la vie.

Le retour d’expérience des possesseurs de drones de loisir est plutôt l’inverse. Une fois le drone sorti de son carton et les premiers vols effectués, les pilotes du dimanche manquent souvent d’idées et les vols s’espacent de plus en plus… avant que le drone ne soit définitivement remisé.

Même l’ajout de caméras HD (haute définition) n’augmente pas sensiblement la durée d’usage de l’appareil. Tout le monde n’habite pas près d’un monument digne d’être filmé, et faire le film aérien de sa maison ne présente d’intérêt que la première fois.

Au final, le possesseur de drone s’en sert peu, et renouvelle rarement son achat.

Une concurrence féroce

Vous en conviendrez toutefois, un objet peut être parfaitement inutile et remporter un franc succès commercial. C’est bien ce qui s’est passé avec les drones qui ont tellement fait parler d’eux que de nombreux fabricants asiatiques se sont positionnés sur ce marché.

Avec une qualité identique (voire supérieure) à celle des fabricants occidentaux pour un prix sensiblement plus bas, ils perturbent les business model des entreprises françaises qui voyaient dans le drone un marché à forte valeur ajoutée.

Le marché du drone français est principalement porté par la société Parrot. Fondée en 1994, Parrot s’est fait connaitre du grand public en 2010 en sortant le premier drone piloté par smartphone. Depuis, la société s’appuie sur des produits haut de gamme et un marketing bien orchestré pour rester la référence du drone de loisir.

Malgré toutes ses qualités et son positionnement idéal, les perspectives restent incertaines et la valorisation boursière peine à décoller.

Parrot - drones de loisir
Evolution de l’action Parrot SA depuis 5 ans

Le salut viendrait-il des start-ups du secteur ? Pas vraiment, si l’on en croit l’expérience de Delta Drone, l’un des rares pure players cotés en bourse.

Après des plus haut à 22 euros et un sursaut en hiver 2014, l’action ne finit plus de s’enfoncer sous les 2 euros. Que ce soit sur l’activité de conception de drones ou de formation, il est difficile pour la société de dégager de la marge et les relais de croissance commencent à manquer.

Delta - drones de loisir
Evolution de l’action Delta Drone depuis son introduction en bourse

Evitez de laisser des plumes sur le marché des drones de loisir

Le marché du drone de loisir est en train d’atteindre sa maturité plus vite que prévu. Les grands acteurs ne s’y trompent pas et les premiers mouvements de concentration ont débuté.

Signe des temps, le français Parrot, l’américain 3D Robotics et le chinois DJI ont annoncé cette semaine la création d’une structure commune, la « Drone Manufacturers Alliance », pour représenter leurs intérêts lors des votes des futures lois de régulation.

Ne vous y trompez pas, les lois en cours de préparation visent à restreindre la tolérance qui prévaut aujourd’hui dans la plupart des pays occidentaux.

Il est illusoire de penser que le drone de loisir se démocratisera après l’arrivée des prochaines lois et que le marché s’ouvrira à de nouveaux acteurs. Au contraire, les lois permettront aux géants du secteur de « fermer la porte » derrière eux et de faire disparaître les dernières start-ups qui peuvent aujourd’hui se permettre de commercialiser des produits sans certification.

Vous l’avez compris, le moment n’est pas venu de se positionner sur ce marché. De nouvelles régulations étant en préparation, l’habituel cycle de concentration ne se fera pas par des OPA génératrices de plus-values pour les actionnaires. Il est plus probable que les plus petits jettent l’éponge et se retirent lorsque les certifications deviendront trop coûteuses à obtenir.

Avant d’investir sur le drone de loisir, il est urgent d’attendre une première vague de concentration des acteurs afin, éventuellement, de se positionner sur le leader qui en émergera.
[NDLR : Ce constructeur de drones serait-il le grand gagnant de la concentration du marché de drones ? C’est ce que pense Ray Blanco qui vous recommande un constructeur ayant fait ses preuves en matière de drones militaires et qui maintenant s’attaque, non pas aux drones de loisir, mais à ceux destiné à des usages civils, tels que les télécoms, l’agriculture, la surveillance et la sécurité. A découvrir dans NewTech Insider]

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

Un commentaire pour “Les drones de loisir prennent leur envol”

  1. Delta Drone est une société classée non dans les drones de loisir comme semble l’indiquer cet article mais bien dans les drones civils, un marché gigantesque…

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