Drones : la grande mutation militaire

Rédigé le 12 novembre 2014 par | Nouvelles technologies Imprimer

L’idée d’un véhicule capable de transporter des explosifs au coeur du camp ennemi n’est pas nouvelle – on trouve des écrits sur ce genre de tentatives dans un manuscrit allemand du XVIe siècle dans lequel des chats devaient être utilisés pour transporter des explosifs… Que les amis des animaux se rassurent, je ne crois pas que cette suggestion ait été mise en application.

Sur le sujet, les Américains ont pris une longueur d’avance grâce, en particulier, aux drones développés par Radioplane et qui ont été produits à plusieurs milliers d’exemplaires. Cependant, les drones utilisés pendant les années 1940 devaient être guidés à très courte distance (par des aviateurs) et n’étaient pas autonomes. Pour dire les choses un peu brutalement, ils n’étaient que des bombes volantes.

Il faudra attendre les années 1980 et surtout 1990 pour que les ingénieurs mettent au point des drones capables de vols complexes

Des armées de drones
Il faudra attendre les années 1980 et surtout 1990 pour que les ingénieurs mettent au point des drones capables de vols complexes. Ce n’est évidemment pas un hasard. Les avancées technologiques en matière de miniaturisation, de communication sur longue distance, de programmation et de téléguidage permettent d’envisager de véritables appareils aériens autonomes.

Ces recherches sont essentiellement menées aux Etats-Unis mais aussi en Israël qui a bénéficié d’un transfert de technologies américaines.

Les années 2000 voient l’arrivée des drones modernes tels que nous les entendons aujourd’hui. Les drones s’équipent de moyens de communication, de caméras infrarouges, de GPS, d’armes de plus en plus puissantes et précises…

Les armées occidentales veulent limiter les pertes humaines et vendent une guerre "plus propre". Les drones sont une réponse à cette double exigence

Aux avancées purement techniques vient s’ajouter une nouvelle conception de la guerre : celle de la "guerre chirurgicale". Les armées occidentales veulent limiter les pertes humaines et vendent une guerre "plus propre". Les drones sont une réponse à cette double exigence.

D’abord en limitant les interventions humaines sur le terrain et ensuite en réduisant les pertes collatérales dans les rangs adverses.

Tels qu’ils sont vendus, les capacités de surveillance et de repérage des drones ainsi que la précision affichée de leurs frappes sont censées éviter les pertes inutiles et les morts civils – l’actualité récente nous prouve évidemment que nous en sommes encore loin… Ces engins s’imposent donc sur le terrain militaire, avec de nouvelles missions.

En 2000, ils sont encore uniquement dédiés à la surveillance. La CIA recours massivement à eux en Afghanistan. Le 11 septembre marque une nouvelle étape : on arme désormais les drones afin de lutter contre les Talibans, en support et renfort des troupes "traditionnelles".

Une nouvelle étape est franchie en février 2012 avec la première attaque ciblée par un drone, un Predator, en Afghanistan

Une nouvelle étape est franchie en février 2012 avec la première attaque ciblée par un drone, un Predator, en Afghanistan. Une attaque décidée par la CIA et qui avait pour cible un groupe de trois hommes dont un identifié par les services secrets américains comme Oussama Ben Laden. Cette identification s’avèrera après coup erronée et l’attaque fera des victimes civiles.

Malgré ce premier échec, l’utilisation des drones dans la Défense s’est généralisée, aussi bien en soutien d’opérations militaires, de maintien de la paix ou dans le cadre d’attaques ciblées.

En quelques années, les drones se sont imposés sur tous les champs d’opération et séduisent de plus en plus de pays. 11 Etats disposent aujourd’hui officiellement de drones militaires armés : les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Turquie, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran et Israël.

On estimait à 7 494 le nombre de drones possédés par l’armée américaine en 2012 – un tiers de sa flotte aérienne !

Les chiffres actuels sont inconnus, on estimait à 7 494 le nombre de drones possédés par l’armée américaine en 2012 – un tiers de sa flotte aérienne ! En 2013, ce sont plus de 26 milliards de dollars du budget américain qui ont été consacrés à ces UAV militaires.

Les Etats-Unis représentent à eux seuls 55% du marché des drones de Défense. Mais, comme je vous le laissais entendre, Israël est un pionnier dans le domaine – et est resté un des leaders du marché des drones militaires en en contrôlant 25%.

Tout comme pour les Etats-Unis, Israël reste particulièrement silencieuse sur le nombre de drones utilisés par Tsahal ainsi que sur les missions qui leurs sont confiées. Des drones de surveillance ont été utilisés dès 1981-1982 dans la guerre qui a opposé le pays au Liban.

La Chine et la Russie sont les pays dont le programme de drones accélère le plus rapidement

Si pendant longtemps, les drones sont restés l’apanage d’Israël et des Etats-Unis, aujourd’hui, la plupart des armées modernes peuvent se targuer d’en avoir dans leurs rangs ; la Chine et la Russie sont les pays dont le programme de drones accélère le plus rapidement. Les spécialistes estiment donc qu’ils devraient pouvoir se doter de drones équivalents à ceux détenus par l’armée américaine dans les 10 ans à venir. Le Japon, quant à lui, va multiplier par 600% le budget qui leur est consacré.

Et la France – et l’Europe – dans tout cela ? Un des projets de drones militaires le plus avancé est le projet Neuron, mené par la France, l’Italie, la Suède, l’Espagne, la Grèce et la Suisse en collaboration avec Dassault Aviation. Son objectif : doter l’Europe d’un drone de combat furtif — un avion piloté à partir du sol — capable de mener des attaques au sol et même des combats aériens.

Les drones, l’arme ultime ?
Malgré leurs nombreux atouts, les drones sont loin d’être parfaits. Tout d’abord, ils ont une autonomie limitée et doivent souvent être lancés à courte/moyenne distance de leur cible.

En outre, ces engins sont tout sauf furtifs : leur utilisation requiert la présence de nombreux ingénieurs, techniciens et opérateurs sur place. Autant dire qu’un convoi transportant un drone est loin de passer inaperçu – là encore un défaut majeur en zone de combat.

Enfin, la plupart des drones de combat nécessitent des pistes d’atterrissage pour être lancés. Certains navires de guerre – d’une taille conséquente – sont équipés de telles pistes mais, là encore, pour la discrétion, il faudra repasser. L’armée américaine a, du coup, souligné les limites du recours aux drones en terrain militaire et s’est lancée dans la recherche de solutions – j’y reviens ce mois-ci dans Croissance & Opportunités car l’entreprise qui vient de rejoindre notre portefeuille devrait avoir la solution.

Plus de 400 drones de l’armée américaine s’étaient crashés depuis 2001

Puisque nous en sommes aux problèmes techniques, impossible de ne pas évoquer l’épineuse question des crashs. Une enquête menée par le Washington Post révèle en juin 2014 que plus de 400 drones de l’armée américaine s’étaient crashés depuis 2001. Un chiffre qui ne prend en compte que les drones les plus lourds, à savoir les Predator, Reaper, Global Hawk ou Grey Eagle.

Récemment, plusieurs drones utilisés pour la surveillance de foules se sont écrasés dans des lieux publics. Le hic : plus nous avons de drones au-dessus de nos têtes, plus les accidents vont se multiplier.

Et puis, bien sûr et peut-être surtout, il y a les nombreuses questions éthiques dont celle de la responsabilité – et de l’implication – de la ou des personnes qui donnent les ordres d’attaque ou encore celle des opérateurs. Entre 2008 et 2013, les drones américains auraient tué plus de 4 700 personnes. Ces débats agitent l’opinion publique et sont loin, très loin, d’être réglés.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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