Données personnelles : ce qu’ils savent de vous

Rédigé le 28 septembre 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Ce sont peut-être les biens les plus précieux, et notre époque les a portés à un pinacle. Nombreux sont ceux qui sont prêts à donner de l’or, des dollars, et une bonne partie de leurs richesses pour les posséder. D’autres seraient même prêts à vendre leur âme. Une présentation un peu mélodramatique pour vous parler de… données.

Oui, de données, d’informations (fiables de préférence). Des données permettent de gagner la guerre si vous savez où est l’ennemi et ses forces. Des données permettent de partir à la conquête de nouveaux espaces, de nouveaux domaines, de nouveaux secteurs.

Pensez à combien valait une carte maritime fiable aux temps des grandes découvertes.

A combien valait des informations sur le déplacement des troupes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale.

A combien valent des données permettant la construction d’une arme nucléaire.

Et à combien valent vos données personnelles.

Des données plus tellement personnelles

Les plus grands succès économiques et financiers de ces dernières années reposent presque uniquement sur les données. Google, qui vient de fêter ses 19 ans, s’est fait connaître en vous proposant un moyen de rechercher et d’accéder à des données sur le Web. Puis en vous proposant des données (marketing) adaptées à vos envies ou vos besoins. Mais aussi en utilisant et en vendant les données qu’il possède sur vous.

Il en est de même pour Facebook, Snap ou Amazon. Ou encore d’entreprises comme l’application de rencontre Tinder.

Nous avons récemment pris conscience de l’importance de nos données personnelles sous l’effet d’une double découverte. Premièrement que la plupart des sites Internet recueillent des informations sur nous. Informations dont nous mesurons encore mal l’ampleur.

Récemment une journaliste a demandé à Tinder d’accéder aux données personnelles que l’application possédait sur elle… et elle a été extrêmement surprise, comme elle le relate dans le Guardian. Pour avoir utilisé l’application pendant quelques mois, Tinder a recueilli 800 pages d’informations sur elle.

Outre le nombre de fois où elle s’était connectée, le profil des hommes par lesquels elle était attirée, l’ensemble des conversations qu’elle a eu via l’appli, Tinder avait aussi rassemblé des informations telles que les photos qu’elle postait sur une autre application, Instagram, mais aussi sur ses déplacements, ses amis, ce qu’elle aimait manger, ses préférences sexuelles, ses distractions, etc., etc., etc. (je vous rappelle qu’il y a 800 pages).

La notion de vie privée prend un sens tout différent, non ?

La deuxième prise de conscience est venue avec l’augmentation et l’ampleur des cyberattaques contre ces données personnelles. Informations bancaires, dossiers médicaux, dossiers de salariés, de retraités, de pensionnés, profils sur les réseaux sociaux, les sites de rencontres, etc. Aucune de ces données n’est à l’abri, même pas les plus confidentielles données de nos Etats et de nos entreprises.

Il est donc très clair que ces données ont de la valeur, beaucoup de valeur.

Mais quelles sont les données qui ont le plus de valeur pour les entreprises – et les cyberattaques ?

Intrusion des GAFA dans notre intimité

A priori, nous pensons à nos informations bancaires, puis à nos données médicales. Mais selon une étude réalisée par professeur de sciences informatiques Michael Kearns, de l’université de Pennsylvanie, les données les plus précieuses sont justement celles que Tinder (ou Facebook, Instagram, Snapchat, etc.) récolte sur vous : les données intimes.

Ces données intimes concernent vos opinions politiques, vos croyances, vos valeurs. Autant de données que vous n’affichez peut-être pas clairement mais qui peuvent être facilement déduites de votre comportement en ligne, que l’on parle des publications que vous affichez sur Facebook, de vos achats sur Amazon, des photos que vous « likez » sur Instagram, des trajets que vous faites à bord d’un Uber, ou encore des recherches que vous effectuez sur Google.

Bien sûr, nous sommes de plus en plus conscients – et encore – des données qui peuvent être recueillies sur nous.

Ce que nous réalisons moins, c’est comment ces informations peuvent être mises en relation, pour en déduire des comportements, des manières de vivre et de penser. Bien plus donc que quelques photos de vacances et notre historique d’achat sur Amazon. De véritables profils peuvent être déduits, extrêmement précis, et encore une fois comportant des informations que vous n’avez jamais directement fournies à un site Internet ou une application.

Ces profils sont permis par deux grandes tendances.

Les données personnelles, le moteur de nos économies

Premièrement, le développement de l’intelligence artificielle, et tout particulièrement du deep learning, qui permet de brasser l’incroyable volume de données que nous produisons chaque jour. Ces nouvelles formes d’intelligences vont beaucoup plus loin que la simple collecte de données. Elles les croisent, les recoupent et en déduisent, par exemple, si vous avez utilisé votre carte électorale pour voter Hamon, Mélenchon, Fillon ou Macron au premier tour des élections présidentielles (tout ceci sans que vous n’ayez jamais indiqué votre préférence sur un réseau social). Ou bien si vous serez plus sensible à une promotion sur des sushis, un kebab ou des conserves de foie gras. Si vous allez dépenser votre argent dans un nouveau costume ou une paire de chaussures de sport.

La deuxième grande tendance est celle des volontés universalistes des grands groupes Internet. Facebook, outre le réseau social du même nom, possède – et donc partage les données – Instagram (le réseau de partage de photos), WhatsApp (application de messagerie), WorkSpace (un réseau social d’entreprise) ou encore Occulus (casque de réalité virtuelle).

Google a accès à votre historique de recherches (moteur de recherche), vos achats (Google Shopping), vos données de messagerie (si vous utilisez Google mail), vos photos (Google Photos), votre calendrier de travail et documents partagés (Google Doc), vos déplacements (Google Map), vos centres d’intérêts (Youtube), votre téléphone (système d’exploitation Android), votre maison et vos habitudes quotidiennes (thermostat et alarmes connectés Nest). Et comme si cela ne suffisait pas, le groupe a développé son enceinte connectée, Google Home, qui va se faire une place de choix chez vous, mais travaille aussi sur des voitures autonomes, des lunettes connectées, etc.

Même chose pour Amazon, qui associe son site d’e-commerce à l’enceinte connectée Echo, ou Apple qui, si vous possédez un Mac ou un iPhone, connaît tout de vous – même vos empreintes digitales et votre visage en 3D.

Associez ces données et les capacités de traitement des machines, et vous obtenez une image très précise de qui nous sommes, dans toute notre complexité.

Reste à savoir ce que ces entreprises peuvent faire de toutes ces données. Eh bien, comme le disait Michael Kearns, ces compagnies peuvent interférer sur vous, votre vie et des comportements dont vous n’avez peut-être même pas conscience. Là encore, cela va bien au-delà d’un marketing de plus en plus ciblé pour aller jusqu’à influencer des comportements ou des opinions.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Passons sur les habituels rappels de prudence sur les informations que vous donnez en ligne – vous les connaissez. Échapper complètement à l’ingérence et la curiosité est un mode de vie en soi, qui implique se couper de tous services en ligne ; j’y ai donc renoncé. Et je sais que Google et Facebook savent déjà que je ne suis pas une grande fan de Trump, et que j’aime manger bio.

Intéressons-nous à ce qui est notre raison d’être à la Quotidienne : l’investissement. Comment profiter de cette grande tendance ?

Le premier biais, le plus évident, est de miser sur les GAFA et autres exploiteurs de données personnelles. Ces valeurs sont déjà à des niveaux de valorisation extrêmement élevés. Y investir est donc essentiellement une histoire de foi et de confiance. Pensez-vous que la croissance de ces sociétés continuera de justifier leur valorisation dans les mois et les années qui viennent ?

Un autre moyen est d’investir sur les sociétés qui permettent de croiser ces données. Je parle là des fournisseurs de processeurs, cartes graphiques, cartes mémoire, semi-conducteurs, réseaux neuronaux etc. qui sont résolument indispensables au brassage des big datas, et à leur utilisation. Parmi elles, des entreprises comme Nvida, Intel, Integrated Device Technology, Advanced Micro Devices, etc.

Vous remarquerez au passage que ce sont les mêmes entreprises qui fournissent les pelles et les pioches de la folie Bitcoin et blockchain. [NDLR : Ray Blanco a sélectionné pour vous trois de ces entreprises indispensables au développement des cryptomonnaies et des applications reposant sur la blockchain. trois valeurs à la croissance exponentielle, pour des gains potentiels à trois chiffres. A découvrir ici…]

Dernière voie : les fournisseurs d’espace de stockage pour ces données, et tout particulièrement le cloud, ce stockage dématérialisé. Je pense aux leaders sur ce marché que sont Amazon (encore lui), Microsoft ou IBM.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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