Le dollar : Ce que vous devrez surveiller en 2017

Rédigé le 7 décembre 2016 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Hier, nous nous en étions arrêté sur une constatation – pas vraiment réjouissante – de mon collègue Graham Summers : si le dollar continue à monter, les énormes monceaux des 9 600 milliards de dollars de dettes justement libellées en dollar et détenues par des entreprises et des Etats vont devenir insupportables.

Plus le dollar monte, plus le poids de cette dette augmente. Le phénomène est connu, il est une des causes de l’augmentation des faillites d’entreprises dans les pays émergents enregistrée depuis deux ans.

La faillite des entreprises émergentes n’est en outre pas un problème qui va rester cantonner aux seuls pays émergents. Cette vague de faillites se répercute sur des banques européennes, comme Deutsche Bank, qui ont accordé nombre de prêts en dollars :

« Pendant la période d’expansion, les banques européennes ont fait des prêts en devises fortes (euros et dollars) à des pays qui ont maintenant des monnaies faibles. Désormais, à la suite de la chute des devises des pays émergents et d’un dollar plus fort, ces prêts sont devenus beaucoup plus difficiles à rembourser« , rappelle Jim Rickards.

Le dollar peut-il rester fort ?

La grande question est donc : le dollar peut-il continuer à monter ?

A priori, la politique prévue par Donald Trump repose sur un dollar fort. C’est ce qu’expliquait Jim à ses abonnés d’Alerte Guerre des Devises :

La Trump Team semble privilégier un dollar fort et des taux d’intérêt plus élevés. Mais le dollar fort est déflationniste et éloigne la Fed de ses objectifs d’inflation. Le relèvement des taux de la Fed produira la même chose. D’un autre côté, si la Fed tarde à relever les taux alors que les dépenses décollent, l’inflation risque de s’emballer.

Avant de nuancer un peu :

En vérité, la politique économique de Trump n’est pas encore fixée et les résultats pourraient être aussi inflationnistes que déflationnistes.

Reste que, pour le moment, les marchés parient sur un dollar fort, soutenu par les probables resserrements monétaires pratiqués par la Fed dans les mois qui viennent.

Voilà le scénario sur lequel parient les marchés en ce moment, et voilà qui explique que le dollar ne cesse de se renforcer… et l’euro de reculer.

Mais comme le souligne à juste titre Graham dans l’alerte de Crise, Or & Opportunités que vous recevrez demain, tous les mouvements actuels reposent uniquement sur des anticipations de ce que fera Trump et/ou la Fed :

Depuis l’annonce de la victoire de Trump aux présidentielles américaines, les actions et le dollar américain se sont envolés alors que les obligations et l’or se sont effondrés.

Ce qui est frappant dans tout cela, c’est que tous ces mouvements se font sur des attentes.

Trump ne prendra pas ses fonctions avant le 20 janvier 2017. Et il ne pourra appliquer aucun plan de changement/relance majeur avant l’an prochain à la même période, en raison des méthodes selon lesquelles le Congrès met en oeuvre les changements budgétaires.

Donc… le marché aurait évolué, en gros, en fonction de ce qui se produira peut-être l’an prochain à la même période ?

Je n’y crois pas. Je pense qu’en réalité, ce mouvement va s’inverser et le faire violemment.

Certes, le sentiment de marché est bien présent, avec cette foule d’investisseurs qui croit que le marché haussier des obligations et de l’or est révolu, et que les actions et le dollar ne chuteront plus jamais !

Graham fait donc le pari que les investisseurs vont être déçus par la politique de Trump, et que le dollar se retournera. C’est un pari qu’il vous propose de concrétiser grâce à quelques trades très opportunistes qui sont à retrouver dans Crise, Or & Opportunités.

La Chine, le yuan et le dollar

Si l’avenir du dollar est – selon nous du moins – incertain, sa force est aujourd’hui au coeur d’une polémique entre la Chine et Trump.

Les relations entre Pékin et le futur président américain se sont en effet tendues d’un coup alors que celui-ci s’emparait de Twitter pour vertement critiquer la politique monétaire de Pékin :

« Est-ce que la chine nous a demandé si c’était bien de dévaluer leur monnaie (ce qui complique la tâche de nos entreprises pour être compétitives), de lourdement taxer nos produits importés dans leur pays (les Etats-Unis ne les taxent pas) ou de bâtir un vaste complexe militaire en mer de Chine méridionale ? Je ne crois pas !« 

La dénonciation de la guerre des monnaies à laquelle se livrerait la Chine (en dévaluant le yuan pour favoriser ses exportations et donc son économie) fut un des thèmes de campagne favoris du candidat Trump. Une idée qui a trouvé un large écho auprès des Américains sur fond de menace de délocalisation et de bataille pour l’emploi et la compétitivité.

Il est vrai que le yuan a fortement chuté face au dollar ces derniers mois.

yUAN Le graphique ci-dessus illustre la force du dollar face au yuan onshore (CNY) et au yuan offshore (CNH)

Le mouvement s’est encore accentué depuis l’annonce de la victoire de Trump. Le dollar a encore pris 10% face à la devise chinoise, la précipitant à son plus bas depuis 2008, à 6,8650.

Deux lectures de ce long effondrement du yuan sont possibles. Celle mise en avant par Donald Trump est celle d’une dévaluation volontaire du yuan. La Chine est en effet intervenue massivement en août 2015 puis en décembre 2015-janvier 2016 pour dévaluer sa monnaie, provoquant même au passage un mini-krach des bourses européennes et américaines.

En accusant Pékin de pratiquer une intense guerre des monnaies, Trump entend imposer un rééquilibrage des relations commerciales entre les deux pays (la balance commerciale des Etats-Unis avec la Chine est en effet fortement déficitaire). Le programme de Trump repose sur une reprise de l’activité industrielle et manufacturière aux Etats-Unis. Dans le combat qui opposerait le made in Etats-Unis au made in China, la Chine lutterait donc avec des armes truquées.

L’autre possibilité est celle d’un glissement du yuan face à un dollar de plus en plus fort. La Chine a certes fortement dévalué son yuan par le passé mais c’était essentiellement en réponse à la force du dollar. Le yuan est en effet arrimé au billet vert, ce que l’on appelle un peg. Quand le dollar monte, le yuan monte aussi. En 2015, face à l’envolée du billet vert, Pékin a donc non seulement décidé de dévaluer sa monnaie mais aussi d’assouplir ce peg pour qu’il soit plus flexible et prenne en compte l’offre et la demande – du moins dans une certaine mesure. Ce pas en faveur d’une internationalisation et libéralisation du yuan a ouvert la voie à sa dévaluation accélérée.

Faut-il s’en étonner ? La situation économique chinoise est chancelante et les investisseurs délaissent la devise et les investissements chinois pour se réfugier dans les bras rassurants du dollar.

Preuve que cet effondrement dépasse les attentes chinoises, Pékin est plusieurs fois intervenu au cours des derniers mois en vendant du dollar et en rachetant du yuan pour le soutenir. L’effet est visible sur les réserves de change chinoises qui ont fondu de 46 milliards de dollars en octobre, et d’un quart depuis mi-2014.

Toujours en vue de soutenir le yuan, Pékin vient en outre de durcir un peu plus son contrôle sur les capitaux, alors que, selon Bloomberg, 1 000 milliards de dollars ont quitté l’empire du Milieu en 2015 et que la tendance s’est poursuivie en 2016.

En parallèle, marché et grands organismes (comme le FMI) estiment quant à eux que le yuan est à sa juste valeur, voire encore surévalué (ce qui laisse entrevoir une nouvelle dépréciation de la devise chinoise). Très loin donc des accusations de Trump.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Nous voici devant la parfaite illustration des conséquences d’un dollar fort. Ces répercussions ne se cantonnent pas au marché des changes. Matières premières, entreprises des pays émergents, banques européennes et relations diplomatiques entre les deux principales puissances économiques de la planète reposent sur l’évolution du dollar.

Alors, un seul conseil : surveillez de près l’évolution du Dollar Index dans les mois qui viennent. [NDLR : Et si vous voulez tenter un pari contrarien sur le recul du dollar en 2017, rendez-vous avec Graham dans Crise, Or & Opportunités]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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