Comment profiter de la destruction créatrice

Rédigé le 23 novembre 2015 par | Nouvelles technologies Imprimer

Joe Schriefer : (…) Bonjour. Pour un investisseur, la destruction créatrice peut être à double tranchant. Elle peut être néfaste pour votre portefeuille si vous détenez des actions de secteurs et de sociétés qui sont sur le point d’être détruits par les nouvelles avancées technologiques. A l’opposé, c’est peut-être ce qui pourrait vous arriver de mieux, en tant qu’investisseur, si vous avez une longueur d’avance sur les technologies sur le point de détruire celles qui sont archaïques.

C’est ce dont Ray et moi allons discuter, en nous concentrant sur les secteurs au sein desquels la destruction créatrice est déjà à l’oeuvre. Nous évoquerons également ce que vous devez faire en tant qu’investisseur, aussi bien pour éviter ces secteurs obsolètes que pour vous positionner sur ceux qui les anéantiront.

Alors, bienvenue, Ray. Et merci d’avoir pris le temps de participer à cet entretien, aujourd’hui. Alors, Ray, pouvez-vous définir ce terme de destruction créatrice, et nous en donner quelques exemples ?

Ray Blanco : Bien sûr. La destruction créatrice n’a rien de nouveau. C’est quelque chose qui se passe depuis des siècles En gros, c’est un processus selon lequel de nouveaux secteurs apparaissent et d’autres, devenus archaïques, disparaissent. Le moteur de ce processus, c’est essentiellement l’innovation et la technologie.

L’exemple qui l’illustre très bien, c’est celui de l’automobile qui a remplacé le cheval comme principal moyen de déplacement. Si vous aviez été investisseur au cours des années 1900, il aurait probablement été judicieux de vendre vos actions de sociétés positionnées sur les charrettes et d’acheter les actions des nouveaux fabricants d’automobiles.

C’est donc quelque chose qui arrive en permanence mais, au cours de ces dernières décennies, le processus s’est accéléré. Certains secteurs ont été bouleversés, modifiés, voire même détruits, par d’incroyables révolutions technologiques, notamment dans les domaines des technologies de l’information et de la santé.

Joe Schriefer : Et comme vous l’avez dit, ce qui date d’avant l’automobile n’est qu’un exemple. Il en existe un autre, plus récent, dont on se souvient peut-être encore : c’est la façon dont on écoutait la musique en voiture. Il y a des années, on se servait d’une bande à huit pistes. Ensuite, on est passé aux cassettes. Puis la cassette a été remplacée par le CD. A présent, la plupart des voitures neuves n’ont même plus de lecteurs CD. Elles sont équipées de MP3.

Chaque fois qu’une nouvelle technologie arrive, il faudrait donc se débarrasser des anciennes technologies et investir de façon précoce sur les nouvelles.

Par exemple, comment le secteur de la musique va-t-il faire face aux nouveaux défis posés par le numérique et le partage en réseau ? Et comment, en tant qu’investisseur, conserver une longueur d’avance et en profiter ? Voilà peut-être un autre genre de destruction créatrice, n’est-ce-pas, Ray ?

Il existe un secteur sur lequel nous voulons nous concentrer, aujourd’hui : il s’agit de l’ascension de la robotique. Les robots effraient beaucoup de monde. On pense, par exemple, qu’ils vont nous prendre nos emplois, ce qui s’est effectivement produit et continuera de se produire. C’est un type de force destructive très présent.

Alors parlons du secteur de la robotique. Pouvez-vous planter un peu le décor et nous en dire plus sur la façon dont les robots pourraient continuer à détruire nos vieilles industries ? Que peut- on faire, en tant qu’investisseur ?

Ray Blanco : Eh bien, en tant qu’investisseur, il est important d’identifier les sociétés de robotique qui sont le moteur du changement. Et l’un des domaines auxquels vous avez fait allusion, c’est l’automatisation et la robotisation qui permettent d’économiser de la main-d’oeuvre : les sociétés améliorent l’automatisation de leur usine en y remplaçant la main-d’oeuvre, en économisant de l’argent, en augmentant la productivité. Je pense que ces entreprises peuvent continuer à avoir de bonnes performances, même en période de ralentissement économique.

En effet, si l’industrie ou l’activité manufacturière subissent une pression, c’est en vue de faire baisser les coûts d’une façon ou d’une autre. Or, avec l’amélioration de la robotisation, l’une des meilleures façons de procéder, pour elles, c’est simplement d’investir dans de nouveaux équipements industriels permettant de réduire la main-d’oeuvre, d’améliorer leur productivité en contribuant à préserver une marge élevée – ou bien vendre le produit moins cher et s’emparer d’un segment de marché.

Joe Schriefer : A votre avis, existe-t-il un type de robots particulièrement intéressant pour le futur ? Ces derniers temps, une vidéo a circulé sur internet : on y voyait un robot absolument étonnant, ressemblant à un animal et développé, je pense, par Google. [NDLR : Le robot Atlas a été développé par Boston Dynamics, un fabricant de robots racheté, en 2013, par Google]. Je l’ai vu courir à travers bois, il pouvait évoluer autour des arbres, sur différents sols, et des choses comme ça.

Alors, si c’est l’avenir (je pense qu’il était étudié pour réaliser certaines missions du Département de la Défense, pour porter les armes des soldats, ou quelque chose comme ça), quel est, selon vous, le futur de la robotique ?

Nous avons vu les conséquences de l’arrivée massive des robots sur la main-d’oeuvre, mais quelle est la nouvelle avancée géniale à laquelle il faut s’attendre, dans 10 à 20 ans, en matière de robotique ?

Ray Blanco : Il est important que les investisseurs se positionnent au bon moment sur un domaine, un secteur ou une entreprise. Si vous vous positionnez trop tôt, votre investissement va stagner, et si vous vous positionnez trop tard, il n’y aura plus d’argent à gagner.

Mais en termes de technologie liée à la robotique, certaines sociétés ont des perspectives formidables. Par exemple, il existe une société appelée COGNEX, qui réalise des systèmes de vision permettant aux robots utilisés dans l’industrie de réaliser un travail de meilleure qualité. La société fournit non seulement le système de vision (les caméras extrêmement sophistiquées qui équipent les robots) mais également le logiciel.

On peut également définir les robots de différentes façons, mais la plus simple, c’est de comprendre qu’un robot est une machine qui peut cerner son environnement et y réagir en s’adaptant.

A mon avis, l’une des meilleures sociétés travaillant sur ce type de technologie n’est pas connue a priori pour cela. Elle est plutôt réputée pour ses cartes graphiques qui donnent aux jeux vidéo un environnement beaucoup plus réaliste.

Cette société, c’est NVIDIA. Nvidia amélioré sa technologie graphique afin de produire une intelligence artificielle très puissante et des systèmes de deep learning [NDLR : apprentissage automatique]. Ce sont des systèmes capables de prendre en compte leur environnement mais aussi d’identifier des événements ou des situations puis d’agir en conséquence.

Par exemple, Nvidia collabore actuellement à ce qui sera le supercalculateur le plus puissant du monde. Pour y parvenir, ce projet s’appuie sur des circuits, des cartes et des processeurs Nvidia.

Autre projet très important sur lequel travaille NVDA : la voiture sans pilote qui est, en quelque sorte, un robot sur roues. La société a fait évoluer sa technologie afin que les voitures puissent se conduire toutes seules.

Elle propose une technologie d’apprentissage automatique où le conducteur a, en gros, un super-ordinateur dans sa voiture, et où la voiture reçoit les données de caméras et d’autres capteurs tout autour d’elle. La voiture peut identifier ce qui l’entoure, s’il s’agit d’un piéton, d’un animal, d’un vélo, d’une voiture, ou de toute autre chose. Elle peut même identifier le type de véhicule qui est devant elle, y compris la marque et le modèle. Ensuite, ces informations sont traitées et influent sur la conduite automatique de la voiture.

C’est le genre d’investissements qui va mettre du temps à révéler toute leur puissance car il faut donner le temps à la société de dévoiler son potentiel. Mais quand le marché réalise le potentiel de ces boites, alors, ce sera le jackpot pour les investisseurs qui seront déjà positionnés.

Il existe donc de nombreuses façons d’envisager la robotique. Ce n’est pas seulement une machine ressemblant à un humain qui court dans la forêt. Cela comporte beaucoup d’autres aspects, également.

Joe Schriefer : Du point de vue de la destruction créatrice, il faudrait simplement se dire la chose suivante : si les voitures sans pilote représentent le futur (quel que soit le temps que cela prendra, 5, 10 ou 20 ans), alors il faut vendre les actions des fabricants de voitures « archaïques » et acheter celles de sociétés innovantes comme Nvidia, qui travaillent avec les constructeurs automobiles qui développent les voitures du futur, sans conducteur ? Autrement dit, c’est comme si on avait vendu, au début des années 1900, les actions de sociétés datant d’avant l’automobile, et investi sur Ford au moment où ce dernier déployait sa chaîne de fabrication. Est-ce ce que les investisseurs devraient faire ?

Ray Blanco : Oui. Si les sociétés telles que Ford n’innovent pas en matière de voiture sans pilote, alors elles auront probablement du mal à être concurrentielles à l’avenir, à mesure que cette même technologie va décoller.

En fait, beaucoup de constructeurs sont vraiment astucieux. Une cinquantaine d’entre eux ont déjà établi des partenariats avec Nvidia, afin d’utiliser sa technologie, et ils la développent tous. Mais, par contre, je doute fort que les constructeurs en général progressent au même rythme que des sociétés comme Nvidia.

Alors, même si Ford ou Chrysler ne vont pas mettre la clé sous la porte – surtout si le gouvernement les sauve – la croissance réelle ira vers des sociétés telles que Nvidia, qui bâtissent leur avenir sur ce qu’elles apporteront à ces voitures. [NDLR : Les meilleures recommandations sur les meilleures valeurs pour profiter du côté positif de la destruction créatrice sont à retrouver dans NewTech Insider : quels secteurs éviter à tout prix ? Quels secteurs privilégier ? Quelles sont les technologies qui sont sur le point de révolutionner nos modes de vie et de consommation ? Réponses dans NewTech Insider]

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Ray Blanco
Ray Blanco
Rédacteur en Chef de NewTech Insider et FDA Biotech Trader

Ray Blanco était le genre d’enfant qui reste des heures dans sa chambre tous les soirs, programmant des codes dans son ordinateur Timex Sinclair 1000.

Au collège, alors que la plupart des autres gamins étaient dehors à jouer au ballon, Ray était dans sa cave, tentant de construire ce qu’on appelle une « Chambre de Wilson » — un appareil ultra-refroidissant permettant de détecter les particules de radiations ionisantes.Puis il s’est mis à explorer les domaines de la robotique… de l’avionique… de la génomique… de la biotechnologie… Devenir plus intelligent, c’est ainsi que Ray s’amusait.

Et aujourd’hui, il combine sa passion de la technologie avec ses connaissances et son savoir-faire dans les domaines de la finance et des marchés boursiers au sein de la lettre NewTech Insider, dont il est co-rédacteur.

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