Les dessous des IPO de start-ups

Rédigé le 24 juin 2016 par | Indices & Actions, Nouvelles technologies Imprimer

Lecteur assidu de la Quotidienne, vous suivez avec attention les évolutions du marché. Ses grandes tendances n’ont plus de secret pour vous et vous découvrez bien souvent les nouvelles technologies des mois (voire des années) avant que la presse économique n’en parle.

A ce titre, vous avez une longueur d’avance sur les investisseurs particuliers qui se contentent de suivre les recommandations d’achat sans se préoccuper du marché sous-jacent.

Les marchés étant (plus ou moins) efficients, qui dit information supplémentaire dit possibilité de gains ! Pourquoi ne pas profiter de cette connaissance du marché que vous accumulez jour après jour en lisant la Quotidienne pour prendre une longueur d’avance sur les autres investisseurs ?

Régulièrement, des sociétés saines et positionnées sur un marché porteur décident de franchir le cap de l’introduction en Bourse.

Difficile de résister à l’attrait de l’IPO d’une start-up qui opère sur un marché prometteur que vous suivez depuis des mois. Peut-être même avez-vous déjà entendu parler de la société par le passé, trépignant de la voir voler de succès en succès sans pour autant pouvoir acquérir ses titres (les amateurs de SpaceX, qui a réussi à faire atterrir trois fusées depuis notre dernier article, sont tous dans ce cas).

L’annonce d’une IPO est le « top départ » pour les particuliers qui peuvent enfin entrer au capital d’une entreprise et profiter de sa croissance. En tant qu’investisseur actif, la logique pousse à être parmi les premiers à rafler les titres pour bénéficier de tout le potentiel de hausse.

Cette logique est vraie… et c’est exactement pour cela qu’il faut être très méfiant avant de participer à une introduction en Bourse. Dans cette Quotidienne, nous nous penchons sur le mécanisme de financement des start-ups et sur ce qui les conduit à mettre leurs titres sur les places boursières. Vous le verrez, les premiers servis ne sont pas ceux que l’on croit…

De la création à l’IPO : le capital est roi

Toutes les sociétés fonctionnent avec une certaine quantité de capital. Le capital est essentiel pour financer l’activité : immobilisations, paiement des fournisseurs, etc. C’est le sang de l’entreprise.

Lors de la création d’une start-up, le capital initial est généralement apporté par les fondateurs et complété par des soutiens externes. Il s’agit habituellement de soutiens publics ou de sociétés partenaires ayant vocation à accompagner la jeune pousse dans ses premiers développements commerciaux.

Pour financer sa croissance (ou même tout simplement son arrivée sur le marché), la start-up a un besoin croissant de cash. La stratégie est donc toujours la même : faire entrer de l’argent frais en augmentant le capital par paliers.

A chaque augmentation de capital (dit tour de table), il est généralement proposé aux actionnaires historiques de souscrire aux nouvelles actions à hauteur de leur participation passée. Le reste de l’augmentation de capital est assuré par les nouveaux entrants.

En pratique, certains investisseurs ont pour philosophie d’investir au tout début de la vie d’une entreprise. D’autres ne se positionnent qu’à partir du troisième tour de table pour être certain de ne travailler qu’avec des sociétés ayant déjà fait leurs preuves.

Chaque investisseur possède sa stratégie propre. Tous ont cependant un objectif commun : se désengager à terme pour réaliser une plus-value.

Le rôle de l’équipe dirigeante est donc primordial dans la gestion des investisseurs. Il faut articuler les augmentations de capital pour que chaque investisseur puisse avoir de la visibilité sur sa sortie.

Vous le voyez, les tours de tables ressemblent à un jeu de la « patate chaude », où le principe est de se débarrasser d’un objet en le passant à son voisin, qui le passera lui-même à son voisin… Dans le meilleur des cas, la « patate » a entretemps grossi, assurant aux investisseurs une confortable plus-value.

Investir tôt : le secret pour gagner beaucoup

Le développement d’une société est exponentiel au début de son activité. Il est considéré comme normal de multiplier son investissement par 10 entre deux tours de table. Les investisseurs positionnés en amont réalisent des gains stratosphériques sur les valeurs qui tiennent leurs promesses !

La croissance étant au rendez-vous, arrive le moment où les fonds d’investissement n’ont plus la capacité de participer aux tours de table. Il est donc temps de faire appel au marché pour amener de l’argent frais.

C’est en général l’occasion pour les investisseurs historiques et les dirigeants de céder une partie de leurs titres pour concrétiser leurs plus-values.

A ce stade, rien d’inquiétant pour vous. Après tout, une société qui fait son introduction en Bourse a déjà fait ses preuves et séduit de gros investisseurs par le passé. Quel est le risque pour le particulier si les perspectives sont bonnes ?

L’IPO n’est pas le début de l’histoire, c’est la fin du premier chapitre

Chaque IPO est différente en terme de stratégie d’entreprise. Il peut s’agir d’un besoin de cash, d’une volonté de crédibiliser la structure à l’étranger, de la pression d’un fonds ayant besoin de récupérer son investissement…

Le point commun à toutes les IPO est que les investisseurs historiques ne veulent (ou ne peuvent) plus assurer les besoins en capital. Cela signe en général la fin de la croissance exponentielle.

La préparation d’une IPO mériterait une Quotidienne à elle seule au vu de sa complexité et des enjeux. Pour résumer : une banque est chargée de monter un dossier qui conduise à la souscription du capital désiré au prix le plus haut possible.

Ne vous y trompez pas : souscrire à une IPO n’est pas participer à la naissance d’une entreprise, il s’agit bien d’une transaction avec d’un côté l’acheteur (vous) et d’un autre des vendeurs (les actionnaires historiques).

La différence avec les semaines suivant l’ouverture des cotations est fondamentale : lors de l’introduction, le marché efficient (toujours lui !) n’a pas pu faire son oeuvre. Il y a en effet un différentiel d’information crucial entre des insiders ayant accompagné la croissance de l’entreprise depuis ses débuts et l’investisseur particulier qui base sa connaissance de l’entreprise sur des éléments de communication.

Les décalages de cours observés dans les jours suivant l’introduction en Bourse sont dus à ce différentiel d’information.

Si le cours explose à la hausse, la banque chargée du montage du dossier a mal fait son travail… C’est de plus en plus rare.

Plus souvent, le cours va s’éroder petit à petit jusqu’au prix de marché fixé par le jeu de l’offre et de la demande entre investisseurs externes.

En conclusion, il y a peu à gagner à se précipiter sur une valeur le jour de son introduction. Structurellement, il s’agit du jour de cotation où le différentiel d’information est le plus important… en faveur des insiders !

Si vous souhaitez investir dans une entreprise en voie d’introduction en Bourse, je vous conseille donc d’attendre que le cours se stabilise, et au minimum deux semaines.

Vous ne serez alors plus simplement là pour offrir une porte de sortie aux insiders et pourrez vous positionner sereinement pour le long terme !
[NDLR : Ne laissez pas les IPO et les belles promesses vous tourner la tête : préférez le concret ! les petites et moyennes valeurs les plus prometteuses, celles qui portent la croissance, sont à retrouver dans Mes Valeurs de Croissance]

 

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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