Le dessalement, la technologie la plus cruciale pour notre survie

Rédigé le 31 août 2016 par | Matières premières & Energie, Nouvelles technologies Imprimer

La vague de chaleur qui s’est abattue sur Paris ces derniers jours m’a donné envie de m’intéresser…non pas à la climatisation… mais à l’eau.

La question de l’accès à l’eau potable est fondamentale, vitale même. On sous-estime parfois l’ampleur des conséquences d’un manque d’accès à l’eau potable. Un article publié en 2015 dans Proceedings of the National Society of Sciences faisait le lien entre le chaos politique actuel en Syrie et la vague de sécheresse qui touche la région du Croissant fertile.

Evidemment, la sécheresse n’explique pas l’émergence de l’Etat islamique ou pourquoi Bashar el-Assad trouve judicieux d’avoir recours à des armes chimiques sur sa population mais, selon les auteurs de cette étude, associée à d’autres facteurs comme la mauvaise utilisation des ressources en eau, elle a conduit à un exode massif des populations rurales syriennes vers les centres urbains. En quelques années, ce sont environ 1,5 million de Syriens (sur une population qui dépassait alors les 20 millions) qui avaient pris le chemin des villes, accentuant les tensions sociales et la contestation politique contre le régime d’el-Assad.

En Californie, la sécheresse n’a pas créé de guerre civile mais plonge l’Etat américain dans une préoccupante crise environnementale et économique. Après cinq ans de sécheresse, des restrictions d’utilisation de l’eau ont en effet été imposées aux particuliers mais pas à l’agriculture, pourtant responsable de 80% de la consommation de l’état, première ressource du pays et moteur économique trop important pour être sacrifié sur l’autel des considérations environnementales.

Quelques chiffres permettent de comprendre que notre planète a beau être bleue, l’accès à l’eau potable n’est pas si évident que cela. Seul 0,7% de l’eau de la planète est de l’eau douce disponible. Et encore, les réserves d’eau douce sont très mal réparties puisque à eux seuls neuf pays (le Brésil, la Russie, les Etats-Unis, le Canada, la Chine, l’Indonésie, l’Inde, la Colombie et le Pérou) disposent de 60% d’entre elles.

750 millions d’entre nous n’ont pas accès à l’eau potable, et les régions touchées par un stress hydrique (moins de 1 700 m3 disponible par an et par habitant) ne cessent de s’étendre.

Stress hydrique Source : Le Monde/ONU

Plus inquiétant encore, selon l’ONU, au rythme actuel de progression des besoins en eau douce, d’ici 2030 la demande mondiale surpassera de 40% les ressources actuelles.

Si rien n’est fait, nous allons donc être confrontés à de très gros, et vitaux, problèmes d’approvisionnement dans les années qui viennent – ce qui accentuera les problèmes sociaux et économiques de régions entières. Heureusement, des solutions existent et les innovations technologiques se multiplient.

Ces technologies – et tout particulièrement celles de dessalement, que nous allons explorer aujourd’hui – sont certainement parmi les plus cruciales pour l’avenir de l’humanité. Elles méritent donc que nous nous y intéressions, et que nous y investissions.

Le dessalement, une solution au trop-plein d’eau… salée

Notre planète est à 70% recouverte d’eau. Problème, celle-ci est en immense majorité… salée (à 97%). Une des solutions possibles pour répondre à nos grandissants besoins serait d’utiliser ces immenses réserves, en les dessalant.

La technique n’est pas nouvelle, elle est certainement millénaire, mais elle est entrée dans une ère plus industrielle et viable à partir des années 60, avec l’inauguration des premières usines à dessalement puis l’invention de l’osmose inverse (qui consiste à faire passer de l’eau à travers une membrane pour en filtrer le sel) et qui représente les trois-quarts des usines de dessalement.

Le dessalement n’est évidemment pas la panacée. Coûteux, énergivore, écologiquement très contesté, il est tout de même parvenu à s’implanter dans les régions qui souffrent le plus cruellement de la sécheresse – et qui ont le moyen de s’offrir ce genre d’usines.

En 2014, 17 000 usines étaient installées à travers le monde, fournissant de l’eau à 300 millions d’entre nous. Ces usines font particulièrement florès au Proche-Orient où le manque d’eau et les importantes réserves énergétiques en font une solution viable. Dans certains pays, comme le sultanat d’Oman, 90% de l’eau douce provient du dessalement.

L’efficacité, la capacité de traitement et la rentabilité de ces usines se sont considérablement améliorées. Le coût énergétique de l’osmose inverse tient principalement au fait qu’il faut une importante pression pour faire passer l’eau à travers la membrane chargée de la débarrasser de son sel. En réduisant l’épaisseur de la membrane, la pression nécessaire décroît. Au cours des 10 dernières années, les membranes se sont donc affinées, permettant de réduire de moitié les coûts de production d’eau douce par osmose inverse.

En parallèle, les nouvelles usines de dessalement en cours de construction sont régulièrement associées avec des centrales électriques, et de plus en plus souvent, avec des centrales solaires pour réduire au maximum la facture énergétique.

La plus grande usine du monde est installée en Israël, à Sorek, situé à une quinzaine de kilomètres de Jérusalem. L’usine fournit 20% de la population israélienne et a permis de régler, à court terme du moins, les énormes problèmes d’approvisionnement du pays. Le gouvernement a d’ailleurs décidé de massivement investir puisque quatre autres usines sont en projet avec pour objectif de couvrir les besoins en eau de 70% des Israéliens. En parallèle, le pays traite 86% de ses eaux usées, le plaçant en tête du podium mondial, très très loin devant le deuxième, l’Espagne, avec 20% des eaux traitées.

L’émergence de nouveaux nano-matériaux devraient permettre d’encore améliorer la technique de l’osmose inversée. C’est ce que je vous propose de voir dès demain, dans la Quotidienne, avec les biais pour investir dans ces technologies qui sont peut-être les plus cruciales pour notre futur.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

2 commentaires pour “Le dessalement, la technologie la plus cruciale pour notre survie”

  1. oui absolument ! ! ! Vous avez raison. La géopolitique et la géostratégie se dessine effectivement sous-tendue par les problèmes d’eau. C’est exactement cela. C’est bien pour cette raison que le barrage d’Éthiopie (à voir le barrage de la discorde) a bénéficié d’une temporisation de l’Europe et des USA . Il a fallu rassurer l’Égypte sur son accès à l’eau. Cela n’a pu se faire que parce que nous avions conscience de cela depuis 2004. Nous savions que la région pouvait s’enflammer sur des besoins aussi fondamentaux. (En fait dans la guerre en Irack, aucune analyse n’a déterminé le rôle majeur de l’accès à l’eau (l’insalubrité générée)et des conséquences infligées aux Irakiens justement … C’est à partir de la conscience du désintérêt commun de la surmortalité lié à l’eau dans ce pays et en revanche à la surmédicalisation de la guerre (qui avait tout de même une préoccupation démocratique dans la région ce que les Européens ont totalement éludé) que les problèmes liés à l’eau faisaient plus de mort incognito dans une complète indifférence que j’ai tiré ces conclusions) conclusions que j’ai transmises aux Américains ! (Les Américains étaient impliqués dans la guerre certes, mais le désintérêt consternant des Européens, démontrait malheureusement, combien ils étaient totalement désimpliqués (le problème de la surpopulation carcérale existait déjà en France par exemple, ce pourquoi je ne me suis jamais arrêté de me poser la question pourquoi avions nous autant de critique à formuler sur les autres sans jamais nous préoccuper de nous même). Voilà ! Ce n’est pas plus compliqué ! Je peux vous jurer, que je n’avais absolument aucun autre choix à mon très grand regret . J’ai essayé, mais que dire de plus ….!!!.
    Je sais que l’Espagne utilise des usines à « osmose inverse » aussi (pour l’agriculture même….!). Nous devions envisager également un approvisionnement de la partie nord de l’Espagne par tunnel souterrain et en puisant le surplus de la Garonne !
    – Les infrastructures des réseaux en eaux français devaient impérativement être revues et en finir avec toutes les jonctions en plombs (salubrité publique française). Eh oui !
    L’élimination du plomb également devait se faire au niveau des amalgames en chirurgie dentaire. Le problème fut évoqué à peu près en 2003 sur ce dernier point! (voir professeur Laporte St Benois 2003)(mais il y a un problème de coût…. et il y a toujours eu un problème de cout) ….
    – Les compteurs intelligents ont également été pensés avec l’idée de la meilleure efficience possible des réseaux d’eau (nous avions 50% de perte d’eau sur le réseau qui approvisionne notre ville -(Le Tampon)! (projet de Reunion – 2008 – Cise – Société Inovas – logiciel delphi- idée diffusé d’abord localement pour un développement endogène de l’ile et faire remonter le principe a la société). (l’extension au gaz a aussi été pensée à condition d’avoir des systèmes totalement étanches….et même si nous n’avons pas de gaz par réseau ici!.). (j’aimerai beaucoup savoir quand Suez aurait déposé son brevet la dessus (les compteurs intelligents ») ou EDF, ou un autre ?). Je reste à l’écoute de concurrent qui aurait trouver cela avant moi et n’en n’aurait jamais parlé !

  2. Projet Garonne s’appellerait « basculement des eaux du Sud Ouest »…!… par exemple !

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