La nouvelle guerre mondiale est déjà là : voici ce qu’il faut faire pour protéger votre argent

Rédigé le 26 octobre 2015 par | Macro éco et perspectives Imprimer

La guerre financière n’est pas une guerre du futur : elle est déjà là et va représenter un risque de plus en plus important au fil du temps. C’est maintenant que vous avez une chance de protéger votre portefeuille. Mais, avant de vous expliquer dans quelle mesure et pourquoi c’est important, analysons ce nouveau type de guerre à l’aide d’une définition.

Une guerre financière, tout comme une guerre conventionnelle, a pour but de renforcer la puissance nationale, de diminuer celle des adversaires et de remplir les objectifs de certaines politiques.

C’est une véritable guerre menée via la filière des banques et des marchés financiers. Il ne s’agit pas simplement de politique économique, comme c’est le cas pour ce que l’on appelle les guerres des devises, les guerres commerciales ou les embargos.

La guerre financière peut servir à différentes fins
La guerre financière de 2015 contre la Russie, par exemple, était menée en répression contre le soutien aux rebelles de l’est de l’Ukraine. Elle peut également être utilisée afin d’imposer certains types de comportements. La guerre financière menée par les Etats-Unis contre l’Iran en 2012 avait pour but de forcer l’Iran à s’asseoir à la table des négociations concernant ses activités d’enrichissement d’uranium et de développement d’armement nucléaire.

En matière de guerre financière, le plan de bataille peut être offensif ou défensif.

Le potentiel offensif comprend des attaques menées contre les banques et les places financières afin de voler des données, de fermer des systèmes ou de créer des paniques financières.

Le potentiel défensif comprend la construction de firewalls, la création de systèmes redondants et de systèmes non numériques de substitution qui sont hors de portée des hackers.

Par exemple, dans le cadre d’une simulation de guerre financière effectuée récemment au Pentagone, j’ai recommandé que la SEC et la Bourse de New York achètent un entrepôt à New York et l’équipent de câbles en cuivre pour téléphones fixes, de calculatrices portables fonctionnant avec des piles et d’autres équipements datant de l’ère pré-Internet. Ce site pourrait servir de place boursière non numérique comprenant des postes de trading.

La SEC affecterait les 30 valeurs principales aux 20 principaux courtiers/intermédiaires qui seraient les spécialistes agréés de ces actions. Cela procurerait un marché comprenant les 600 actions les plus importantes, couvrant plus de 90% d’une journée d’activité traditionnelle. Les ordres seraient passés par téléphone, via un système de téléphonie analogique, et proposés à l’achat et à la vente par ces spécialistes aux courtiers. C’est ainsi que s’échangeaient les actions… il n’y a pas si longtemps !

Le trading informatisé et algorithmique serait exclu car superflu. Seul l’intérêt réel des investisseurs serait représenté dans le cadre de cette installation non numérique.

Dans le cas où la Bourse de New York fermerait sous l’effet d’une cyber- attaque, la Bourse non numérique serait activée. Les Etats-Unis informeraient la Chine et la Russie de l’existence de cette installation afin de dissuader dès le départ toute cyber-attaque. Si nos adversaires savaient que nous disposons d’un solide Plan B non numérique, peut-être ne prendraient-ils pas la peine, dès le départ, de lancer une cyber-attaque.

Les attaques liées à la guerre financière ont différents niveaux de sophistication ou d’impacts
Au bas du spectre se trouve l’attaque par déni de service. Elle s’accomplit en inondant le serveur visé d’une foule de messages afin de le faire planter ou d’en empêcher l’accès aux utilisateurs légitimes. Lors de telles attaques, la cible ne subit pas véritablement une intrusion, mais elle est mise hors-service par l’intensité des messages.

Le niveau de sophistication supérieur, c’est la cyber-attaque au cours de laquelle la cible, disons un fichier de comptes bancaires ou bien le système de passation d’ordres d’une place boursière, subit une véritable intrusion. Une fois à l’intérieur, la cyber-brigade attaquante peut, soit dérober les informations, soit fermer le système, soit implanter des virus dormants susceptibles d’être activés ultérieurement pour procéder à une attaque.

En 2010, le FBI et le Département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security) ont localisé un virus de ce type qui avait été implanté par les services de sécurité de la Russie, au sein du système gérant le marché du NASDAQ.

Vous avez probablement remarqué que des interruptions de marché et des krachs éclairs inexpliqués se produisent de plus en plus souvent. Certains de ces événements peuvent être occasionnés par les systèmes de gestion des transactions eux-mêmes, à l’occasion de mises à jour informatiques, mais les autres sont très suspects et les causes exactes n’ont jamais été révélées par les responsables des places boursières.

Les attaques les plus dangereuses de toutes sont celles au cours desquelles l‘ennemi s’introduit dans une banque ou une place boursière non pas pour dérober des informations ou bien provoquer une fermeture, mais pour en faire un drone ennemi.

Ces drones de marché, peuvent être utilisés par les attaquants pour provoquer un maximum de perturbations sur les marchés, et des destructions en masse de richesses américaines, notamment de vos actions et de votre épargne.

Selon ce scénario, l’attaquant s’introduit dans le système d’enregistrement des ordres d’une grande place boursière, telle que la Bourse de New York, ou d’un "dark pool" exploité par de grandes banques (ces places boursières parallèles qui mettent en relation vendeurs et acheteurs, hors du marché, et permettant notamment l’anonymat), tel que le système SIGMA X opéré par Goldman Sachs.

Après s’être introduit à l’intérieur du système de gestion des ordres, l’attaquant pourrait passer un grand volume d’ordres de ventes sur des actions très liquides telles que celles d’Apple ou de Facebook.

D’autres intervenants se positionneraient alors automatiquement sur ces ordres, en pensant à tort que ce sont de vraies transactions. Les ordres de vente inonderaient le marché jusqu’à ce que, en fin de compte, d’autres intervenants abaissent leurs prix d’achat et commencent à faire chuter la pression à la vente sur les autres places boursières.

Une attaque de ce type pourrait être lancée un jour alors que le marché est par exemple déjà en baisse de 3% (soit environ 550 points sur le Dow Jones).

En stratégie militaire, le recours à des événements exogènes de ce genre, visant à amplifier la puissance de l’attaque programmée, s’appelle un "multiplicateur de forces". La conséquence, ce pourrait être une chute de 20%, voire plus, des marchés sur une seule journée : quelque chose de comparable au krach boursier d’octobre 1987, ou à celui de 1929.

Sans effectuer de transactions ni être présent sur le marché au cours de cette attaque, vous pourriez tout perdre en une seule séance, même si vous n’avez rien fait !

Il existe un autre type d’attaque extrêmement malveillante qui consiste à s’introduire dans le système de gestion des comptes bancaires et à effacer systématiquement les soldes des comptes de dépôt de la clientèle. Si l’attaque s’étendait aux bases de sauvegarde, vous n’auriez, de même que d’autres clients, aucun moyen de prouver que vous étiez titulaire de l’un des comptes effacés.

La doctrine de la "destruction mutuelle assurée" pourra-t-elle nous protéger ?
Certains analystes réagissent à de tels scénarios en déclarant que les Etats-Unis disposent de moyens cyber-offensifs tout aussi efficaces que ceux de nos ennemis. Si l’Iran, la Chine ou la Russie venaient à lancer une cyber-offensive financière contre les Etats- Unis, ils riposteraient.

La menace de riposte, affirment-ils, sert de dissuasion et empêche l’ennemi d’attaquer. Cela s’apparente à la doctrine de la "destruction mutuelle assurée" (ou DMA) qui a prévenu tout conflit nucléaire entre les Etats-Unis et la Russie pendant la Guerre froide.

Cette analyse est très erronée et procure un faux réconfort. La DMA a fonctionné pendant la Guerre froide car les deux camps voulaient éviter des pertes d’ordre existentiel.

En cas de guerre financière, ces pertes pourraient être d’ordre existentiel pour les Etats-Unis, mais non pour la Russie, la Chine et l’Iran. Comme ces pays sont bien moins financièrement développés que les Etats-Unis, leurs marchés pourraient être détruits mais l’impact sur l’ensemble de leur économie, ou sur leur sécurité nationale, serait faible.

En plus, de nombreuses actions russes et chinoises sont détenues par des investisseurs américains et européens, alors les dégâts pourraient avoir un effet boomerang sur les intérêts occidentaux.

Les moyens relatifs à la guerre technologique sont peut-être symétriques, mais les dégâts potentiels, eux, sont asymétriques : l’effet dissuasif sur la Chine et la Russie est donc plutôt faible.

Fondamentalement, rien n’empêche la Russie, l’Iran ou la Chine de lancer une première offensive dans le cadre de la guerre financière, si cela leur permet de remplir un autre objectif stratégique au niveau national.

Que faire pour protéger votre argent ?
La clé, c’est qu’une partie de vos actifs soit investie dans des actifs non numériques, qui ne peuvent être ni "hackés", ni liquidés, ni perturbés au cours d’une guerre financière. Cela comprend de l’or physique, hors système bancaire, de l’argent physique, du foncier, des oeuvres d’art et le capital-investissement habituellement représentés par un contrat-papier et qui ne s’appuie pas sur un système de transaction électronique pour générer des liquidités.

En ce qui concerne l’or, je vous recommande une allocation de 10% en or physique, si vous ne l’avez pas déjà fait. Je recommande en particulier les pièces d’or American Gold Eagle ou American Buffalo de l’US Mint.

Les investisseurs européens pourront se reporter sur le Philarmonique de Vienne, le Souverain britannique et le Napoléon.

En tant qu’investisseur, vous avez déjà suffisamment matière à préoccupation avec la prise en compte de facteurs tels que l’inflation, la déflation, la politique de la Fed ainsi que l’état général de l’économie.
[NDLR : Retrouvez toutes les stratégies et les recommandations de Jim pour vous protéger de l’inflation, de la déflation mais aussi de la guerre financière dans Intelligence Stratégique]

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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