Ne tournez pas le dos au cuivre

Rédigé le 13 novembre 2015 par | Matières premières & Energie, Pays émergents Imprimer

Sean Brodrick

On peut dire que l’humeur, sur le marché du cuivre, est plutôt au vert-de-gris. Le métal industriel a chuté de plus de 5% au cours des deux dernières semaines, et de 17% pour l’instant cette année. Il a même atteint en août son point le plus bas en six ans.

Je vais cependant vous montrer quelques graphiques qui laissent à penser que la situation du cuivre n’est pas aussi catastrophique qu’il y paraît. En réalité, nous pourrions bien avoir de belles surprises cette année.

Quelle est la raison de la baisse des prix à court terme ? En deux mots : la Chine.

L’économie chinoise ralentit en même temps qu’elle opère une transition entre une activité principalement orientée vers l’industrie (et l’exportation) et une économie plus centrée sur les consommateurs. En d’autres termes, nous nous dirigeons vers une économie moins gourmande en cuivre…

Ce qui inquiète tout la filière du métal rouge. La Chine consomme environ 40% du cuivre utilisé sur Terre. La consommation mondiale totale devrait atteindre environ 23 millions de tonnes cette année.

Ces derniers temps, ceux qui prédisent une catastrophe pour le cuivre ne manquent pas de nouvelles pour apporter de l’eau à leur moulin.
– Selon le Bureau mondial des statistiques sur les métaux, l’utilisation de cuivre dans le monde a chuté de 2% au cours de la première moitié de l’année. L’utilisation du métal en Chine a reculé de 1,2%.
– Les appareils ménagers représentent plus de 14% de la consommation totale de cuivre en Chine. Les oiseaux de mauvais augure soulignent donc que le marché des climatiseurs n’a progressé que de 5,2% dans le pays en août –le taux le plus faible en 26 mois.
– 10% supplémentaires de la consommation chinoise de cuivre sont liés aux ventes d’automobiles, qui ont chuté de 3,4% en août, avec 1,4 million d’unités seulement. Soit trois mois de déclin consécutifs.

Mais tout n’est pas noir sur le marché mondial du cuivre… Par exemple :
– Tout le surplus du marché est en train d’être utilisé. Les données de juin du Groupe d’étude international du cuivre (ICSG) indiquent que le marché était presque à l’équilibre pendant la première moitié de 2015, avec un surplus de 19 000 tonnes.
– Les stocks de cuivres ont diminué dans les entrepôts sous douane du marché des métaux de Londres (LME). Ces stocks étaient récemment de 323 975 tonnes, soit une baisse de 30% depuis la fin du mois d’août.
– Les importations chinoises ont augmenté de plus de 20% en septembre par rapport au mois d’août, atteignant 351 956 tonnes.

Et puis, en ce qui concerne l’économie chinoise… bien sûr, elle a connu une croissance annuelle de 6,9% au troisième trimestre de cette année. Mais cela dépassait à peine les attentes, et il s’agissait du trimestre de croissance le plus lent depuis le début de l’année 2009.

Donc l’une des choses qui pèse vraiment sur le marché du cuivre est que les grandes banques publient sans cesse des prévisions extrêmement sombres pour l’économie chinoise. Elles affirment qu’elle pourrait ne croître que de 5%… 4%… 3% !

L’état de santé de la Chine est bien meilleur qu’on veut bien le dire
Le Président chinois Xi Jinping n’est pas d’accord. Il doit avoir envie d’en découdre : il a récemment été cité par les médias d’Etat au sujet de la croissance économique. Il n’a pas dit que le pays connaîtrait une croissance de 3%… 4%… ou 5%. Il a affirmé que la croissance économique chinoise ne tomberait pas au-dessous des 6,5% au cours des cinq années à venir.

Vous pensez que ses prédictions/prévisions sont excessives ? La Chine a des milliers de milliards de dollars de réserves étrangères pour l’aider à résoudre ses problèmes. Je pense qu’elle peut tenir le coup suffisamment longtemps pour voire de nombreux pessimistes faire faillite.

Mais laissez-moi vous dire une chose : même si la croissance chinoise n’était que de 5%, elle utiliserait malgré tout BEAUCOUP plus de cuivre en termes de tonnage. Voyons ! La Chine a dévoré 9,4 millions de tonnes de cuivre l’an dernier, un record. C’est beaucoup, beaucoup plus que les 3 millions de tonnes consommés en 2003.

Ce qui nous amène au premier graphique de ma liste, trouvé lors d’une réunion privée à la New-Orleans Investment Conference la semaine dernière. Ce graphique montre que le taux de croissance de la demande chinoise de cuivre va ralentir.

taux de croissance annuel chinois

Mais ce marché a connu une croissance très rapide pendant longtemps. Il est donc possible qu’un taux de croissance plus lent ne soit pas si grave. En fait, comme le montre le second graphique, même avec un taux de croissance de la consommation de cuivre en Chine plus lent, la demande totale de cuivre resterait malgré tout très forte.

Economie de l’offre
Voilà pour la demande. Mais tournons-nous un peu vers l’offre.

Avez-vous vu les nouvelles récentes ? Codelco, une entreprise minière chilienne, a annoncé avoir supprimé près de 3 900 emplois. La thèse de Codelco est que les prix vont chuter jusqu’à atteindre deux ou 2,5 $ la livre pour les années qui viennent. L’entreprise a décidé de réduire sa main-d’oeuvre, mais affirme que cela n’aura pas d’impact sur la production. De mon côté, je ne crois que ce que je vois.

En août, Freeport-McMoRan a dit souhaiter réduire le nombre de ses employés et de ses sous-traitants de 10%. Etant donné que Freeport est la plus grande entreprise minière de cuivre cotée en bourse, c’est une grande nouvelle. Freeport a également suspendu ses opérations dans une mine en Arizona et a diminué la production de deux autres mines au Nouveau-Mexique et au Chili… Soit 68 038 tonnes de cuivre en moins chaque année sur le marché.

En août toujours, Glencore, la troisième plus grande minière de cuivre de la planète, a décidé de suspendre sa production pendant 18 mois dans ses mines de cuivres de République démocratique du Congo et de Zambie. Glencore, qui est criblée de dettes, affirme que cela fera baisser de 400 000 tonnes les apports de cuivre sur le marché. Soit 2% de l’offre mondiale.

Ces fermetures de mines, sans parler de l’augmentation constante de la demande, ont poussé l’ICSG à prédire que les ressources minières de cuivre allaient être largement inférieures à la demande dès 2017.

La crise à venir dans le monde du cuivre

Le cuivre est bon marché
Bien sûr, les prix du cuivre pourraient rester bas. Mais ne pensez-vous pas que la plupart des mauvaises nouvelles sont déjà prises en compte dans le prix ? J’en suis convaincu.

A mon avis, si vous trouvez le cours du cuivre bas, ne vous y habituez pas trop vite. Nous voyons les réserves londoniennes fondre comme neige au soleil… les importations de la Chine augmenter… et si l’Histoire est destinée à se répéter, elle vont progresser nettement plus encore.

Coup de grisou

Il y a des manières d’en profiter. Les actions de quelques minières de cuivre, comme Freeport McMoran et Antofagasta semblent excessivement bon marché. Faites vos propres recherches… les choses pourraient prendre un tour explosif.

Mots clé : -

Laissez un commentaire