CubeSat s’offre l’espace à petit prix

Rédigé le 5 février 2018 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous avons beaucoup fait la part belle, dans La Quotidienne, aux récents bonds de géant de l’industrie spatiale. Qu’il s’agisse de fusées réutilisables, de transport vers la planète Mars ou de nouveaux modes de télécommunication par satellite, nous nous émerveillons devant les avancées majeures de cette industrie.

Quel plaisir, en effet, de voir un secteur resté immobile depuis les années 1960 repartir de l’avant et renouer avec le progrès !

Aujourd’hui, nous nous intéressons à la face cachée des améliorations : la course vers le « toujours moins ».

Faire plus avec moins est une idée qui obsède scientifiques et ingénieurs depuis la naissance des premières fusées. En effet, gravité oblige, la complexité et le coût nécessaires à la mise en orbite d’un objet augmentent exponentiellement avec sa masse.

Autrement dit, diminuer par 10 la masse d’un satellite revient bien souvent à diminuer par 100 son coût de mise en orbite !

Pas étonnant, donc, que la priorité principale de l’industrie soit d’aller vers le « toujours moins » plutôt que vers le « toujours plus gros ». Chaque kilogramme raboté lors de la conception d’un appareil équivaut à des centaines de milliers d’euros économisés.

C’est dans ce contexte que sont nés les CubeSat : de petits satellites légers et peu volumineux pouvant être mis en orbite à bas coût.

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Source : Agence spatiale canadienne

Quand le satellite se standardise

Un CubeSat est un petit satellite conforme à un cahier des charges international. Tout CubeSat a un niveau convenu de solidité, de non-dangerosité pour la fusée qui le met en orbite et, plus généralement, de comportement raisonnable lors du lancement et tout au long de sa vie.

L’unité de volume des CubeSat (le litre), correspond à un mini-satellite de 10cm*10cm*10cm. Les satellites peuvent éventuellement grandir en longueur et en largeur tant que leur forme reste un assemblage de cubes.

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Un p’tit cube, un gros cube… C’est l’heure des satellites en cubes

Crédit : Radius Space

Comme tous ces satellites ont plus ou moins la même forme et les mêmes caractéristiques extérieures, ils peuvent être indifféremment embarqués et lancés sur n’importe quelle fusée compatible.

CubeSat apporte à l’industrie du satellite le niveau de standardisation qui lui manquait tant pour permettre de lancer des appareils à bas coût.

A chaque mission son satellite

L’intérêt est, vous vous en doutez, de permettre à des programmes dotés de peu de moyens de lancer leur propre satellite.

Comme le CubeSat est très petit, il vient se glisser dans les fusées traditionnelles (qui emportent plusieurs tonnes) et est déployé en même temps que les satellites commerciaux. C’est, en quelque sorte, l’auto-stoppeur de l’espace. Il ne décide pas de la date de départ ni de la destination exacte mais voyage en contrepartie à peu de frais.

Plus intéressant encore : les progrès constants de l’électronique grand public ont fait qu’il est désormais possible de trouver des composants génériques capables d’être utilisés dans ces minisatellites. Il suffit que ces composants aient passé avec succès des tests de non-dangerosité lors de la phase de lancement et dans l’espace.

Le concepteur d’un CubeSat peut par conséquent piocher dans des catalogues de produits standardisés et réduire le coût du matériel à quelques centaines de milliers de dollars. La somme est absolument dérisoire par rapport au coût de fabrication d’un satellite traditionnel.

Ce budget défiant toute concurrence a rendu l’Espace accessible à de nombreux acteurs. Universités, Centres de recherche et entreprises de cartographie ont pu ces dernières années mener à bien de petits projets spatiaux qui n’auraient jamais pu voir le jour si la plate-forme CubeSat n’avait pas existé.

Comme la conception et le lancement d’un CubeSat sont rapides (12 à 24 mois au lieu d’une décennie), il devient envisageable de lancer un satellite par mission. Plus besoin de regrouper les équipes, de faire correspondre les plannings : l’exploration spatiale se fait désormais à la demande !

Le lancement, le talon d’Achille du concept

S’il est peu onéreux, il reste soumis au bon vouloir des donneurs d’ordre habituels. Dans l’Espace comme sur Terre, le payeur est le décideur. Chaque mission CubeSat est par conséquent tributaire d’un calendrier commercial sur lequel elle n’a aucun contrôle.

Lorsqu’il s’agit d’une mission au long cours, cela n’est pas un problème : le CubeSat peut partir lorsque le lanceur est prêt. Pour les missions ponctuelles, le timing est parfois critique : un lancement reporté de quelques semaines peut conduire à l’abandon pur et simple du projet.

C’est pour cette raison que les CubeSat ont été jusqu’ici réservés aux missions non-critiques. Sacrifier un projet d’étudiants ou secondaire pour une entreprise peut être acceptable. On imagine plus difficilement une entreprise de télécommunications perdre un satellite vital car elle a opté pour un lancement de seconde zone, ou même l’armée renoncer à la surveillance d’un ennemi car son CubeSat est resté sur le plancher des vaches !

Cela pourrait bien changer dans les prochains mois : une start-up ambitionne de mettre en orbite les CubeSat avec un lanceur dédié.

En utilisant une fusée très légère et consacrée exclusivement à ces petites charges utiles, Rocket Lab se propose d’emporter dans l’espace ces satellites à une date précise et sur une orbite donnée — leur donnant une visibilité sur le calendrier de lancement qu’ils n’avaient jamais eu jusqu’ici.

Les Kiwi dans l’espace

Rocket Lab a été fondée en 2006, il y a à peine 10 ans. Oubliez les clichés sur les Américains et les Russes et leur affinité pour l’espace ; la société est néo-zélandaise. Si l’industrie aérospatiale néo-zélandaise ne vous dit rien, c’est tout à fait normal : Rocket Lab a été la première société privée de l’hémisphère sud à envoyer atteindre l’espace en 2009.

En 2010, ses progrès ont été jugés suffisants pour que le gouvernement américain lui offre un soutien matériel. Afin d’augmenter son savoir-faire dans le lancement de CubeSat, la société a eu accès aux moyens matériels et humains de la NASA.

Le moins que l’on puisse dire est que Rocket Lab a fait bon usage de ces ressources. Rendez-vous dès demain pour découvrir les formidables progrès accomplis par la start-up en quelques années !

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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