CRISPR vs. le cancer : round 1

Rédigé le 25 novembre 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Après l’accord de licence obtenu par Monsanto pour utiliser CRISPR, une autre grande première a retenu mon attention – et celle des médias – ces derniers jours : celle du premier essai clinique sur des patients humains d’une thérapie issue de l’utilisation de CRISPR.

Ce n’est évidemment pas la première fois que cette technologie d’édition génomique est utilisée sur l’humain. Vous vous souvenez peut-être d’une annonce qui avait fait grand bruit : celle de la modification génomique, par des équipes chinoises, d’embryons humains (non-viables). Cette première scientifique avait, à juste titre d’ailleurs, suscité énormément de mises en garde, voire de critiques. Depuis, nombre d’équipes de chercheurs – dont des équipes américaines – se sont lancées dans le domaine.

Si cette première avait été si controversée, c’est que les chercheurs chinois avaient modifié le génome de ces embryons, ouvrant la voie à des humains génétiquement modifiés.

L’expérience qui vient d’être tentée par une autre équipe chinoise devrait susciter beaucoup moins d’interrogations éthiques, car CRISPR a été utilisé pour développer un traitement contre le cancer. Le genre de recherches qui est généralement très bien accueilli.

CRISPR contre le cancer

L’équipe de l’université du Sichuan a injecté des lymphocytes T modifiés grâce à CRISPR à un patient atteint d’un cancer du poumon métastasé. Les lymphocytes T (un des types de globule blanc) sont en quelque sorte les fantassins de notre système immunitaire. Ils repèrent les intrus, les sources de danger ou les cellules qui dégénèrent, et les éliminent.

Le problème est que les cellules cancéreuses possèdent la capacité de se rendre invisibles aux lymphocytes T – une des raisons pour lesquelles le cancer est un ennemi si redoutable.

Une des techniques utilisées par les cellules cancéreuses pour passer inaperçue de notre système immunitaire est d’émettre des molécules (dites ligands) qui agissent sur des récepteurs protéiniques situés à la surface des lymphocytes, dont les protéines PD-1.

Ces récepteurs, aussi appelés « immune checkpoints« , agissent comme des interrupteurs pour notre système immunitaire : ils peuvent déclencher une réaction immunitaire ou bien, au contraire, ce que l’on appelle un « silence immunitaire ».

L’équipe de l’université du Sichuan a donc purement et simplement supprimé le gène codant les protéines PD-1 des lymphocytes. Privées d’interrupteurs, ces cellules sont donc programmées pour être en mode « attaque » en permanence, et donc détruire les cellules cancéreuses qui ne peuvent plus se dissimuler du système immunitaire.

L’essai mené par l’université du Sichuan va porter sur 10 patients. La semaine dernière, on apprenait que le premier patient, traité depuis 15 jours, se portait bien et répondait favorablement au traitement. Trois autres injections de lymphocytes modifiés sont prévues pour compléter l’essai.

Première étape, premiers obstacles

Si cette première étape est prometteuse, la thérapie développée par les chercheurs chinois se heurte malgré tout à quelques difficultés. La première a été reconnue par l’équipe elle-même : l’essai a dû être reporté de deux mois alors que la culture des lymphocytes modifiés s’avérait plus ardue que prévue.

L’autre question qui devra être posée est celle des effets secondaires de cette thérapie : en débridant le système immunitaire du patient, on lui offre la possibilité de s’attaquer à toutes les cellules, qu’elles soient ou non cancéreuses. C’est un phénomène couramment observé chez les patients traités par immunothérapies.

Dernière question – et limitation – : celle du coût. Pour mettre au point cette thérapie, l’équipe de l’université du Sichuan a utilisé les propres lymphocytes T du patient, les a modifiés, les a cultivés puis les a réinjectés. Un processus long, malgré tout compliqué et extrêmement coûteux. Pour chaque patient, il faut donc développer une thérapie personnelle et unique, qui ne pourra être appliquée à un autre malade.

Si vous suivez les recommandations de Ray Blanco dans NewTech Insider, vous savez qu’une biotech française, Cellectis, a développé une thérapie assez similaire mais universelle grâce à une autre technologie d’édition génomique, TALEN. Cette thérapie a déjà été testée avec succès sur des patients humains. Pour en savoir plus sur Cellectis et sa thérapie, je vous conseille vivement de foncer découvrir ce que Ray en dit dans NewTech Insider.

Malgré tout, et malgré quelques limites, si le traitement développé par la Chine s’avère efficace, une nouvelle ère s’ouvrirait en matière de lutte contre ce fléau qu’est le cancer. D’autres essais sont prévus en Chine, contre le cancer du rein, de la vessie ou encore de la prostate.

Il ouvre aussi une nouvelle ère de compétition entre la Chine et le reste du monde, tout particulièrement les Etats-Unis, en matière d’utilisation de CRISPR. Une étude sur des humains pour une thérapie utilisant des lymphocytes T modifiés grâce à CRISPR a bien été autorisée aux Etats-Unis, mais elle ne devrait débuter qu’en 2017. Pour le moment, la Chine a donc une belle longueur d’avance, même sur les biotech américaines spécialisées dans le domaine. C’est ce que nous verrons dans une prochaine Quotidienne !

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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