Une crise made in China ?

Rédigé le 4 mai 2017 par | Pays émergents Imprimer

Cela fait longtemps que nous n’avons pas pris de nouvelles d’une de nos économies préférées (du moins, une des miennes) : la Chine.

Généralement en matière d’économie, les avis divergent. C’est le cas, par exemple, sur le programme économique de Donald Trump. Ou bien sur la pertinence pour la France de quitter la zone euro. S’il est nécessaire d’appliquer plus de rigueur en Europe ou tenter d’autres efforts de relance… Autant de sujets qui laissent la porte ouverte au débat contradictoire.

Mais sur la Chine, tout le monde est d’accord, elle a trop de dettes. Même Xi Jinping, le secrétaire général du parti communiste chinois, le reconnaît, et tente d’y remédier.

Trop de dettes, d’accord. Mais à quel niveau ?

Accrochez-vous bien : aux dernières nouvelles, la dette totale chinoise se montait à 277% du PIB en 2016. Un chiffre obtenu par UBS en ajoutant la dette de l’Etat et des administrations locales (68%), du secteur privé (164%) et des ménages (45%). D’autres études sont encore plus alarmistes puisqu’elles estiment qu’à elle seule la dette du secteur privé représente 211% du PIB. Gloups.

Comment la Chine en est-elle arrivée là ? Pour résumer, en encourageant autant que possible le crédit sous toutes ses formes pour soutenir une croissance affaiblie depuis la crise de 2008. Depuis cette date, la dette totale chinoise – toujours selon les chiffres d’UBS – a augmenté de 130 points. Gloups bis.

Un tel niveau d’endettement ne laisse personne indifférent et fait taire les divergences : du FMI aux agences de notation en passant (à demi-mots) par le gouvernement chinois, tous s’accordent à le qualifier d' »insoutenable ».

Insoutenable, mais aussi inquiétante. A de tels niveaux, la dette chinoise est supérieure à celle de la Corée du Sud avant la crise de 1997, ou bien à celle du Japon avant celle de 1989. Et elle devrait continuer à croître dans les années qui viennent puisque la barre des 300% pourrait être franchie d’ici deux ans.

Une crise made in China ?

Nombreux sont donc les observateurs qui craignent que la Chine ait le douteux privilège d’être le berceau de la prochaine déflagration boursière mondiale. Non seulement son niveau d’endettement est extrêmement élevé mais en plus une bonne part de ces dettes sont « pourries » (en clair, ne pourront jamais être remboursée).

Certains craignent donc l’explosion de cette bulle de dette dans le style de krach que nous avons connu en 2007-2008 avec les subprime. Né des crédits immobiliers à risque aux Etats-Unis, ce krach a créé une déflagration dont nous subissons encore les conséquences.

Il y a donc danger en Chine, et tout le monde est d’accord.

Dette et croissance intimement liés

Là où les divergences réapparaissent, c’est sur la capacité de Pékin à gérer cette insoutenable (et inquiétante) dette. Le gouvernement chinois affirme pouvoir le faire. Le reste du monde doute.

Pourquoi ? Parce que la dette a un effet pervers. Au départ, vous vous endettez, et normalement vous parvenez à créer assez facilement de la croissance. L’Etat s’endette pour se lancer dans de grands projets, comme ce que veut faire Trump aux Etats-Unis et que Pékin a très largement pratiqué depuis 2008. Projets, chantiers et infrastructures fleurissent.

Encouragées par un accès plus facile au crédit, les entreprises empruntent. Normalement, elles utilisent cet apport en argent pour investir, se développer, créer des emplois (ou alors elles versent des dividendes à leurs actionnaires et moulinent des rachats d’actions). En Chine, la dette a surtout permis aux grandes entreprises contrôlées par l’Etat d’artificiellement prolonger leur survie. Sans ce crédit, et devant leur gestion souvent catastrophique, ces entreprises auraient disparu.

Les ménages, quant à eux, consomment à crédit ou bien s’achètent un logement, toujours à crédit, et sont encouragés par leur gouvernement.

Puis les dettes s’accumulent et il devient de plus en plus difficile d’engendrer un peu plus de croissance. Il vous faut vous endetter de plus en plus dans une véritable fuite en avant. Le phénomène a été observé aux Etats-Unis et en Europe, et il est aussi clair en Chine.

Oui, l’économie chinoise est en croissance mais elle ne cesse de se tasser, passant de 14% en 2007 à 6,5% anticipés cette année.

Contrôler et contenir

Face à ce risque, Pékin a pris des mesures depuis plusieurs années déjà. Parmi elles, des tentatives de contrôle du crédit, et tout particulièrement de ce que l’on appelle la « finance de l’ombre » qui échappe au contrôle des autorités et qui représente environ 8 500 milliards de dollars (près de 80% du PIB).

Pékin essaie aussi d’introduire un peu plus de capitalisme dans ses entreprises en laissant certaines d’entre elles faire faillite ou en autorisant progressivement des investissements étrangers.

D’autres outils sont régulièrement utilisés comme le contrôle des capitaux, la manipulation de la monnaie.

En clair, le gouvernement tente de jouer sur toutes les manettes à sa disposition tout en poursuivant un objectif presque impossible : celui de contrôler le crédit sans peser sur la croissance – dont le crédit est le principal moteur.

Compliqué n’est-ce pas ?

Pour l’instant, Pékin s’en est sorti… pas trop mal. Disons que le gouvernement chinois est parvenu à éviter le pessimiste scénario du « hard landing« , c’est-à-dire de l’effondrement de la croissance du pays. Mais cet atterrissage en douceur (« soft landing« ) s’est fait au prix d’une nouvelle poussée de l’endettement.

Des changements en prévision ?

En novembre prochain se réunira le 19e Congrès du parti communiste chinois. Xi Jinping, qui devrait rempiler pour 5 ans, essaie manifestement d’accélérer sa lutte contre la bulle de la dette.

Ainsi, le ton s’est particulièrement durci ces dernières semaines : les autorités chinoises ont annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre la finance de l’ombre, aussi bien dans le domaine du crédit que des assurances. Le ministre de l’économie a en outre déclaré que les gouvernements locaux surendettés ne seraient plus automatiquement renfloués par Pékin. Mesures qui ont été saluées… par un décrochage de la Bourse chinoise.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

La contribution de la Chine au PIB mondial a dépassé celle des Etats-Unis (17,8% contre 15%). Quoi qu’il se passe dans l’empire du Milieu, les conséquences se font ressentir au niveau mondial.

Les tentatives de reprise en main du gouvernement chinois sur l’emballement de l’endettement risquent de s’accentuer d’ici l’automne. Aux dépens de la croissance ? C’est un risque qui se matérialiserait ainsi pour les investisseurs occidentaux que nous sommes : – nouvelle chute des matières premières dont la Chine est grande consommatrice, et tout particulièrement les métaux de base et le pétrole ; – chute des marchés actions qui pourrait contaminer les marchés occidentaux ; – difficultés des entreprises occidentales exportatrices pour lesquelles la Chine représente un marché important.

 

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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