Crise grecque : pourquoi il faut trouver une solution avant le 20 février 2017

Rédigé le 13 février 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

La Grèce…

Un sujet presque maudit. Et un sujet dont nous sommes encore obligés de parler ? Pourquoi ?

La vieille même histoire de dette. Avec les mêmes acteurs : le gouvernement grec d’un côté ; le FMI, la BCE et la zone euro de l’autre.

Pour corser le tout, ajoutons d’importantes dissensions, non seulement entre la Grèce et ses « sauveteurs » mais aussi entre ces derniers.

Puisque la situation n’est pas assez compliquée comme cela, rajoutons un décompte fatal : le 20 février prochain, date à laquelle il faudrait mieux avoir trouvé une solution à cette énième résurgence de la crise grecque.

La crise grecque, séance de rattrapage en 45 secondes

Depuis 2011, nous avons accumulé les analyses, les articles, les commentaires sur la crise grecque. J’ai dû écrire plusieurs dizaines de papiers sur le sujet, et j’ai dû conclure 90% d’entre eux en rappelant que la dette grecque n’était pas soutenable et qu’il fallait l’alléger, voire la supprimer. Pourquoi ? Parce que les chiffres sont là : la dette d’Athènes est trop lourde pour son économie.

En 2010, la dette grecque flirtait avec les 120% du PIB.

Aujourd’hui, elle tourne autour des 180%.

Et, selon le FMI, elle atteindra les 275% en 2060.

Entretemps, la dette grecque a été restructurée deux fois, et le pays a eu besoin de trois plans d’aide financière. Un premier de 110 milliards d’euros, un deuxième de 237 milliards et un troisième – en cours – de 86 milliards. Soit 333 milliards d’euros au total.

Face à cela, quelques chiffres sur l’économie du pays : Taux de chômage : autour de 25% Croissance : 0,4% en 2016 selon le FMI, mais 2,7% attendu cette année Déficit : 7% Excédent primaire (sans prendre en compte la dette) : 1,5% en 2016

Entretemps, le pays a décidé de lourdes réformes et mis en place un programme de rigueur — qui est sûrement critiquable ou pas suffisant pour certains– qui s’est avéré extrêmement lourd pour la population grecque.

Voilà où nous en sommes.

Mais la Grèce n’a pas encore reçu l’intégralité des 86 milliards d’euros d’aide du 3e plan. Or le pays a besoin de ces 86 milliards pour faire face à une échéance de remboursement prévue pour juillet (7,2 milliards d’euros). Vous pourriez vous dire que tout va bien : la Grèce a cinq mois pour s’arranger avec la zone euro, la BCE et le FMI… la croissance économique en 2017 s’annonce plutôt bien, fin du feuilleton grec ?

Ah, cher lecteur, si seulement.

Les tourments de la crise grecque

Premier problème : nous l’avons vu, le FMI prédit l’augmentation de l’endettement du pays dans les années qui viennent. Ce qui signifie que le problème de fond – la soutenabilité de la dette grecque– n’est toujours pas réglé.

Deuxième problème : officiellement, le FMI ne peut pas aider financièrement un pays qui ne pourra pas rembourser. D’après ses calculs, c’est le cas de la Grèce. Le Fonds refuse donc de participer au 3e plan d’aide si la dette grecque n’est pas sérieusement restructurée, voire allégée.

Troisième problème : Les Européens ne sont pas du tout d’accord avec le constat dressé par le FMI. Pour eux, la dette grecque est soutenable si le pays s’engage un peu plus loin dans la rigueur et les réformes.

« Le fardeau de la dette de la Grèce peut être soutenable, si les réformes convenues sont pleinement mises en oeuvre, grâce aux conditions de prêt exceptionnellement favorables du MES sur le long terme et aux mesures à court terme d’allégement de la dette récemment adoptées« , a déclaré un porte-parole du MES fin janvier.

Quatrième problème : Puisque les Européens ne sont pas d’accord avec le FMI, ils pourraient se passer de ce dernier, non ?

Ce n’est cependant pas ce que souhaite l’Allemagne – plus gros contributeur non seulement à la BCE mais aussi au MES (le Mécanisme européen de stabilité), organisme destiné à secourir financièrement les pays de la zone euro en difficulté financière – exige que le FMI participe à ce 3e plan d’aide. La raison en est essentiellement politique : Berlin veut donner des gages à son opinion publique peu encline à aider encore plus la Grèce, et prouver que le poids économique du sauvetage de la Grèce ne repose pas uniquement sur ses épaules.

Cinquième problème : Pour le gouvernement Tsipras, demander de nouveaux efforts de rigueur aux Grecs est impensable. Effectivement, le pays a été frappé de plein fouet, économiquement et socialement, par les conséquences de la crise.

Sixième problème : Le 20 février approche.

Le 20 février, explosion de la bombe grecque ?

Au fait, pourquoi être si focalisés sur le 20 février ? Après tout, les échéances de remboursement sont en juillet.

Mais le 20 février prochain aura lieu la dernière réunion de l’Eurogroupe avant l’ouverture d’une intense période électorale en Europe.

Le 15 mars prochain, des élections législatives sont prévues aux Pays-Bas – pays qui, comme l’Allemagne, refuse l’idée d’un 3e plan de sauvetage sans la participation du FMI.

Puis, en avril et mai, ce seront les élections présidentielles françaises dans un contexte de grande incertitude. Le Front national n’a jamais caché sa position anti-européenne.

Enfin, en septembre, ce sera au tour de l’Allemagne de passer aux urnes. Des élections dans laquelle la question grecque risque de peser lourd et, encore une fois, de nourrir les partis anti-européens ou eurosceptiques.

En clair, le 20 février 2017 est la dernière occasion de discuter presque tranquillement du dossier grec. [NDLR : Les révélations exclusives d’Alan Greenspan, ex-président de la FED – découvrez le secret mortel au cœur du système bancaire qui pourrait mener l’euro à l’effondrement… dès le 20 février prochain. Toutes les explications sont ici.]

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

En cas d’échec de ces négociations, la partie sera encore plus compliquée non seulement pour la Grèce mais pour les Européens en général. Une situation qui n’échappera pas aux marchés.

Si aucune entente sur le dossier grec n’est trouvée le 20 février, il faudra s’attendre à une reprise du risque obligataire en Europe (non seulement sur les obligations grecques et des pays du Sud mais aussi sur les OAT français) et un violent chahut de l’euro.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Un commentaire pour “Crise grecque : pourquoi il faut trouver une solution avant le 20 février 2017”

  1. Bonjour,
    sachant que tous est manipulation,ne craignez vous pas que ce soit une manipulation de plus l’attitude de A . Greenspan lors de la rencontre de S.WAPLER. « Quand un initié commence à s’inquiéter ouvertement de la survie du système qu’il a lui-même contribué à créer… et qu’il abandonne le jargon officiel et les termes fumeux habituellement utilisés dans ces sphères pour masquer la vérité… »Merci pour votre réponse.Salutation,H.P

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