Créer de la richesse tangible et réelle : une nécessité

Rédigé le 12 novembre 2008 par | Nouvelles technologies Imprimer

Comme un boxeur qui aurait la mauvaise habitude de parfois baisser sa garde, l’Amérique a finalement reçu une bonne droite au visage. L’économie est tombée à la renverse et les marchés financiers se penchent maintenant sur elle pour amorcer le compte à rebours de 10 secondes.

Mais l’économie n’est pas encore K.O. Elle va se relever, péniblement. Et pour rester debout et aller de l’avant, elle va cette fois-ci devoir employer une nouvelle stratégie. L’ancienne stratégie basée sur une consommation financée par l’emprunt et le crédit n’est plus possible. Il va falloir baser sa croissance sur la création de biens réels et tangibles. Je m’explique…

Du tangible à l’intangible…
La transition la plus importante opérée par l’économie américaine au cours des dernières décennies a été de passer de la fabrication de produits tangibles à la fabrication de produits intangibles, à commencer par l’emprunt et les produits dérivés.

Les Américains ont abandonné les industries manufacturières, qui avaient pourtant propulsé l’économie, pour se consacrer à de simples activités financières. Ils sont devenus des experts de "l’origami financier."

Et le fossé n’a fait que se creuser depuis
Juste avant que la récente crise du crédit ne frappe, les profits du secteur financier représentaient près de la moitié de l’ensemble des profits réalisés par les sociétés américaines. Seulement 10% des profits provenaient du secteur industriel ! Au cours des années 60, le ratio était inverse !

Revenir aux choses simples et solides…
La dépendance excessive des Etats-Unis aux gadgets financiers, plutôt qu’au commerce traditionnel, a finalement exposé l’économie à un sérieux choc. Mais toute crise apporte son lot d’opportunités. Dans le cas de la crise actuelle, les investisseurs vont certainement revenir à des choses plus simples et plus solides, du moins jusqu’à ce que la leçon soit oubliée.

Pensez-y quand vous investirez dans les mois à venir.

On avait déjà vécu une crise identique dans les années 1970
Dans son nouveau livre Bad Money, Kevin Phillips explique qu’à un degré moindre, nous avons été confrontés à une crise identique dans les années 70. L’endettement lié aux emprunts immobiliers a doublé entre 1960 et 1970. Le marché s’est alors effondré, perdant 36% de sa valeur entre 1969 et 1970. Les fonds de couverture ont explosé. Les 28 plus importants fonds ont perdu 70% de leurs actifs et près de 100 sociétés financières ou de courtage ont disparu — soit par rachat, soit par faillite pure et simple.

Cela ressemble beaucoup à ce qu’il se passe aujourd’hui, n’est-ce pas ?

Dans les années 70, ont aussi eu lieu deux chocs pétroliers majeurs. Le premier entre 1973 et 1974, et le second entre 1979 et 1980. Pour l’instant, nous avons déjà essuyé un pic des prix du pétrole ; si un second a lieu au cours des prochaines années, il pourrait faire passer les prix au-dessus de la barre des 200 $ le baril.

Une nouvelle hausse des cours du brut est prévisible
Pourquoi ? Parce que l’industrie globale du pétrole n’a pas réinvesti ses profits suffisamment activement pour développer et assurer la production future. La négligence des Etats-Unis est flagrante. Les infrastructures pétrolières sont hors d’âge, les raffineries obsolètes et les principales compagnies pétrolières sont de riches mais vieillissants mastodontes qui vont avoir de plus en plus de mal à assurer leur production future. En outre, elles ne jouissent plus des accès aux champs de pétrole étrangers qu’elles contrôlaient auparavant.

15% seulement des réserves mondiales sont accessibles aux Majors
Exxon Mobil, auparavant la plus grande compagnie pétrolière au monde, se place maintenant à la 25ème place pour le contrôle des réserves de pétrole. Et les treize plus grandes compagnies nationales contrôlent les 4/5èmes des réserves pétrolières mondiales identifiées. Et elles ne les partagent pas facilement. Les Etats contrôlent 85% des réserves mondiales.

La concurrence chinoise menace
Nous ne sommes pas les seuls en compétition pour ces réserves pétrolières. La Chine est devenue un importateur net en 1993, et son appétit grandit chaque année. Elle est maintenant le deuxième plus grand consommateur de pétrole, juste derrière les Etats-Unis. La Chine importe plus de pétrole d’Arabie Saoudite que les Etats-Unis. Ce partenariat n’est pas surprenant compte tenu de la dynamique de "nouvelle route de la soie".

Explosion de la "nouvelle route de la soie"
La "nouvelle route de la soie" est un terme que j’utilise pour décrire l’explosion des échanges entre les pays du Moyen-Orient et la Chine. En matière d’énergie, beaucoup de contrats sont signés sur la "nouvelle route de la soie". L’Arabie Saoudite et la Chine s’associent régulièrement : Sinopec, une compagnie pétrolière chinoise, a signé un accord pourexplorer le quart du désert saoudien à la recherche de pétrole et de gaz. Saudi Aramco, la compagnie pétrolière géante, a investi 750 millions de dollars dans d’énormes installations en Chine.

Baisse de la production, hausse de la demande. Tous les éléments sont en place pour assurer à terme la hausse des cours du pétrole. Et en plus, le brut est un bien réel et tangible. Voilà pourquoi j’y crois.

Je résume ma pensée
L’économie américaine fait face à une crise dans son secteur le plus important — la finance. Le fait qu’elle ait négligé la fabrication de biens tangibles cause finalement des ravages, ce qui est particulièrement évident dans le secteur du gaz et du pétrole, mais aussi dans l’ensemble du secteur des infrastructures.

Le monde est de moins en moins tourné vers les Etats-Unis. On le remarque aussi dans le secteur du gaz et du pétrole avec la rafale d’accords passés le long de "nouvelle route de la soie" et de son segment capital.

La décorrélation entre la finance et l’industrie a atteint sa limite extrême. Il est temps de raccrocher les wagons. Le temps est venu d’investir dans des compagnies qui fabriquent des choses utiles et réelles. Beaucoup de ces compagnies opèrent dans le secteur de l’industrie pétrolière et beaucoup sont extrêmement bon marché en ce moment. Je prévois qu’elles ne le resteront pas très longtemps. Sylvain Mathon, spécialiste de toutes ces questions, est lui aussi de cet avis. [NDLR : Pour découvrir immédiatement les analyses et profiter concrètement des recommandations de Sylvain, n’attendez plus : il suffit de cliquer ici…]

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Chris Mayer
Chris Mayer
Rédacteur en Chef de Capital & Crisis et Crisis Point Trader

Chris Mayer s’occupe de la lettre d’information Capital & Crisis, ainsi que du système de trading Crisis Point Trader. Ses analyses pertinentes et précises des problématiques financières ont été reprises souvent dans de nombreuses publications, et notamment dans le très réputé Grant’s Interest Rate Observer.

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