La Corée du Nord menace-t-elle aussi les marchés ?

Rédigé le 5 septembre 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Guerre nucléaire Corée du NordL’actualité internationale a dicté le sujet du jour : quelles pourraient être les conséquences d’un conflit entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, avec pour glaçante toile de fond les armes nucléaires ?

Dimanche dernier, la Corée du Nord a annoncé, tambour battant, avoir mené le sixième – et le plus important – essai nucléaire de son histoire. Toujours selon l’agence de presse officielle nord-coréenne, il aurait porté sur une « bombe à hydrogène pouvant équiper un missile balistique intercontinental ICBM ».

En clair, une arme nucléaire suffisamment miniaturisée pour pouvoir équiper un missile capable de frapper le frère-ennemi historique, la Corée du Sud, mais aussi le Japon avec lequel la Corée du Nord entretient un tout aussi vieux (voire encore plus ancien) contentieux… et les Etats-Unis.

Comment la Corée du Nord est-elle devenue une menace nucléaire ?

L’implication des Etats-Unis dans toute cette affaire date à la fois de la fin de la Seconde Guerre mondiale, de la chute du Japon et de la guerre de Corée sur fond de guerre froide.

Concernant le Japon, sa capitulation en 1945 s’est accompagnée du démantèlement de son armée. Aujourd’hui, le pays ne dispose que d’une « force d’auto-défense » et compte donc essentiellement sur la protection militaire américaine. Cette protection et collaboration a été formalisée par le Traité de coopération mutuelle et de sécurité entre les Etats-Unis et le Japon

Quant à la Corée du Sud, l’engagement militaire des Etats-Unis remonte, comme je vous le disais, à 1950 et à partition entre le Nord, communiste et soutenu à la fois par la Chine et l’Union soviétique et le Sud, soutenu par l’ONU et ayant rejoint le camp capitaliste.

La coopération militaire entre la Corée du Nord et les Etats-Unis a été récemment illustrée par la mise en place –très contestée par la Corée du Nord mais aussi la Russie ou encore la Chine – d’un bouclier anti-missile américain, le système THAAD, en Corée du Sud.

Mais revenons aux ambitions nucléaires de la Corée du Nord. Celles-ci remontent facilement à la partition avec le Sud. Enjeu crucial des négociations avec le régime, Pyongyang a plusieurs fois mis sur la table l’arrêt de son programme nucléaire militaire pour obtenir différentes aides (financières, matérielles, alimentaires), mais n’a jamais perdu de vue son objectif.

Pour Pyongyang, obtenir l’arme nucléaire est une question de survie de régime : être suffisamment dissuasif pour empêcher une attaque du pays et un renversement de la dynastie des Kim (Kim Il-sung, Kim Jong-il et maintenant Kim Jong-un).

Dès les années 50, la Corée du Nord a ainsi reçu l’aide de l’Union soviétique en matière de nucléaire. Depuis, on soupçonne d’autres aides étrangères ce qui pourrait expliquer les progrès de Pyongyang en matière de nucléaire militaire, et sa récente – et inquiétante – accélération. Le régime nord-coréen a mené son premier essai nucléaire en 2006. 5 autres tests lui ont succédé.

En parallèle, la Corée du Nord a récemment démontré ses capacités en matière de missiles intercontinentaux, capables de parcourir 10 000 km… et donc de frapper la côte ouest et nord-est des Etats-Unis.

Une guerre est-elle vraiment possible ?

Guerre nucléaire corée du nord trumpVoilà donc où nous en sommes. D’un côté, un pays dont tous les efforts depuis plus de 50 ans portent sur l’acquisition d’une arme nucléaire. De l’autre, un pays qui s’est engagé à défendre les ennemis historiques de la Corée du Nord et qui peut, aujourd’hui, être menacé directement par l’arme nucléaire.

Ajoutons un troisième larron : la Chine, soutien traditionnel de la Corée du Nord, son principal partenaire commercial. La stratégie américaine de ces dernières années – et celle menée jusqu’à présent par Donald Trump – consiste à demander à la Chine de maintenir sous contrôle son agité de voisin. Ce qui s’avère manifestement compliqué à faire. Pékin a ainsi condamné le tout récent essai nucléaire décidé par Pyongyang.

En réponse aux tirs de missiles intercontinentaux, Donald Trump a tenu un discours assez attendu : celui de la force. Il a promis fire and fury (le feu et la furie). Pyongyang a alors menacé d’attaquer l’île micronésienne de Guam, un territoire dit « non incorporé » des Etats-Unis.

Et après l’essai nucléaire de dimanche dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU, réunit lundi 4 septembre en urgence, réfléchit à quelle réponse apporter à cette nouvelle escalade dans les menaces. De nouvelles sanctions économiques pourraient être votées sans pour autant écarter le risque de conflit armé.

C’est d’ailleurs le scénario que privilégie Jim Rickards. Comme il l’explique dans Intelligence Stratégique, pour lui, les Etats-Unis se préparent très sérieusement à une guerre avec la Corée du Nord :

Trump n’a pas imposé ces mesures tout de suite après son investiture car il espérait que la Chine l’aiderait à persuader la Corée du Nord de mettre un terme à ses programmes d’armement et de missiles nucléaires. Mais pas de chance… La Chine n’a rien fait pour dissuader la Corée du Nord de construire un missile nucléaire (ICBM) susceptible de frapper Los Angeles et de tuer des millions d’Américains. La meilleure des preuves ce week-end encore. Donc la pression qu’a exercée Trump sur la Chine n’a pas fonctionné.

La Chine pense que les Etats-Unis bluffent. Elle n’a donc pas jugé nécessaire de calmer réellement la Corée du Nord.

Dans cet article, Liu Ming, analyste au sein d’un des principaux think-tanks chinois liés au gouvernement, a déclaré la chose suivante : « La menace d’une solution militaire, formulée par les Américains, ne s’exécutera probablement pas, car les enjeux sont trop élevés. Il s’agit d’un prétexte et d’une excuse permettant de renforcer la pression sur la Chine. Cela ressemble plus à du chantage qu’à une solution réaliste ».

Mais Trump ne bluffe pas : il est terriblement sérieux, s’agissant de mettre un terme à la menace coréenne. C’est ainsi que débutent une guerre : non parce que quelqu’un la souhaite, mais parce que les deux camps y basculent maladroitement en interprétant mal les intentions de l’autre. Il est probable que cette guerre se produise mi-2018, si ce n’est avant.

Jim poursuit :

Le général quatre étoiles Terrence J. O’Shaughnessy, qui commande toutes les forces aériennes du Pacifique, a déclaré que les Etats-Unis utiliseraient « une force rapide, létale et écrasante » contre la Corée du Nord, si nécessaire. L’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, a déclaré : « Le temps des pourparlers est fini. Le danger que pose le régime nord-coréen… est désormais clair aux yeux de tous. » On ne peut être plus explicite.

On déclare à la population américaine et aux citoyens du monde entier de façon peu équivoque qu’une guerre contre la Corée du Nord est imminente, à moins que ce pays ne mette un terme à son programme nucléaire. Pourtant, la Corée du Nord ne va pas le faire. Elle considère que cet armement est indispensable à la survie de son régime. Par conséquent, la guerre est presque inévitable.

Malgré tout, le scénario de la négociation demeure d’actualité. Il est vrai que le comportement de Kim Jong-un ajoute une grosse dose d’incertitude. Il est de même – dans une moindre mesure – de celui de Donald Trump.

Une des hypothèses présentées est que Trump utilise la « théorie du fou », une stratégie élaborée par Henry Kissinger pour Richard Nixon lors de la guerre du Vietnam. Nixon la décrivait lui-même ainsi à un de ses conseillers, Bob Haldeman :

J’appelle cela la théorie du fou, Bob. Je veux que les Nord-Vietnamiens croient que j’ai atteint le point où je pourrais faire n’importe quoi pour mettre fin à la guerre. Nous leur ferons passer le mot : « Pour l’amour de Dieu, vous savez que Nixon est obsédé par le communisme. Nous ne pouvons pas le contrôler lorsqu’il est en colère, et cet homme a la main sur le détonateur. » Et Hô Chí Minh en personne sera à Paris dans les deux jours, implorant la paix. »

Je vous laisse trancher, cher lecteur, Trump a-t-il décidé d’insister sur son côté imprévisible pour faire pression sur la Corée du Nord ?

Quelles conséquences pour les marchés ?

Revenons à la question par laquelle nous avons entamé cette réflexion : quelles conséquences les ambitions nucléaires nord-coréennes peuvent-elles avoir sur les marchés ?

Jusqu’à présent, elles ont été assez mesurées. Les plus sensibles à la récente escalade sont évidemment les marchés asiatiques. Depuis fin juillet, le Nikkei, le principal indice japonais, a perdu environ 3,5%, et chaque nouvelle menace nord-coréenne le fait un peu plus plonger.

Les marchés américains et européens se sont quant à eux surtout montrés hésitants et prudents. Rien de vraiment concluant de ce côté-ci, donc.

L’engouement des investisseurs pour les valeurs refuges est plus évident. Depuis son point bas de début juillet, l’or a ainsi fortement rebondi, passant d’un peu plus de 1 200 $ à 1 330 $ (+10% tout de même). Les bons du Trésor, autre valeur refuge traditionnelle, ont aussi profité de ce regain de tensions internationales.

Que se passerait-il en cas d’aggravation du conflit, voire en cas de déclenchement d’une guerre ?

Pour répondre à cette question, je vous propose de jeter un œil sur la réaction des marchés lors de précédentes entrées en conflit des Etats-Unis.

Aussi bien en 1991 qu’en 2002, au moment du déclenchement des deux guerres du Golfe, les marchés avaient perdu plus de 10% avant le déclenchement des combats. Pour rebondir le jour de l’attaque – les investisseurs pariant certainement sur la croissance du secteur militaire.

En 2001, le Dow Jones avait perdu 15% entre le 11 septembre et le 21 septembre, date à laquelle George Bush avait lancé un ultimatum au régime afghan, les sommant de lui livrer les dirigeants d’Al-Qaïda réfugié dans le pays. Wall Street avait salué cette déclaration en rebondissant fortement.

Remontons enfin un peu plus loin : à la crise des missiles en 1962, dernier exemple en date de grosse crise qui a frôlé le déclenchement d’une guerre nucléaire impliquant les Etats-Unis. Entre le 22 octobre, date à laquelle John F. Kennedy révélait l’existence de missiles soviétiques à proximité des côtes de la Floride et le retrait de ces mêmes missiles par Khrouchtchev le 28 octobre, le Dow Jones n’avait perdu que 1%. Il avait ensuite bien rebondi.

Conclusion ? Les marchés sont relativement indifférents aux tensions internationales. Au pire, corrigent-ils modérément devant la montée des tensions et des risques pour rapidement se reprendre avec le déclenchement officiel des hostilités. On en déduira certainement que les marchés n’apprécient pas l’incertitude, et préfèrent une situation claire, particulièrement si elle passe par une guerre.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Si les précédents historiques s’avèrent pertinents, les marchés vont légèrement corriger tant que Corée du Nord et Etats-Unis échangeront noms d’oiseaux et menaces plus du tout voilées. L’or et les bons du Trésor vont aussi continuer à en profiter.

Le potentiel déclenchement d’un conflit armé – non nucléaire – pourrait au contraire redonner un coup de fouet à Wall Street, dans le sillage du secteur de la Défense. L’ingrédient « nucléaire » pourrait complètement changer la donne et pousser les investisseurs à se terrer dans un abri, entraînant Wall Street dans une violente chute.

Ce scénario étant malgré tout pour l’instant peu probable, restez calme, conservez votre or, ne vous débarrassez pas de toutes vos actions et repérez aux contraires celles qui pourraient revenir sur des niveaux d’achat intéressants. Et je vais me répéter : ne perdez pas l’or de vue !

Et « Yahoo ! », comme dirait le major T. J. Kong…

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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