Comment choisir le bon sidérurgiste pour son portefeuille ?

Rédigé le 29 novembre 2007 par | Indices & Actions Imprimer

C’est la question à laquelle je répondrai aujourd’hui.

Mais avant de commencer, vous voudrez peut-être savoir si on peut encore investir sur ce secteur. Et je vais vous répondre très franchement.

Où en est le marché ? 1 – Tout d’abord, les investisseurs craignent un retournement de cycle, comme en 1995 et 2002. Pourquoi ? Parce que la production d’acier croît actuellement plus vite que la demande et que le niveau des stocks augmente.

2 – Pourtant les sidérurgistes restent optimistes. Thyssen vient de lancer un énorme programme d’investissement de 20 milliards d’euros sur 5 ans. Mittal anticipe une croissance de la consommation mondiale d’acier de 3% à 5% par an sur les dix prochaines années.

Juste un petit rappel : L’acier est composé de fer et de carbone. Et pour le transformer en inox (acier inoxydable), on y rajoute du chrome. Enfin, pour lui donner des caractéristiques particulières, on y rajoute des métaux spéciaux (nickel, manganèse, titane…)

3 – Je vais rajouter 2 autres éléments factuels : D’abord, je pense que les prix élevés du minerai, du coke et du transport maritime (il faut bien acheminer l’acier) soutiendront les prix de l’acier. Ensuite, la demande chinoise, qui représente 1/3 de la demande, devrait à mon avis rester forte dans les mois à venir.

Mon avis : il est fort probable que les prix de l’acier se maintiennent quelques mois puis commencent à s’essouffler au second semestre 2007 et en 2008.

Non, non. Ne baissez pas les bras pour autant. Continuez avec moi…

Voilà comment je vois les choses D’abord il nous reste 6 – 8 mois pour en profiter.

Mais surtout, tous les sidérurgistes ne sont pas logés à la même enseigne si la situation devait se corser. C’est là qu’il faut jouer fin. Voici comment :

Ce qui fait la différence entre les sidérurgistes : critères de sélection 1 – Première élément différenciant : le marché de l’acier n’est plus guidé par la demande mais par l’offre, qui arrive enfin à s’auto discipliner. Si la demande ralentit, les sidérurgistes sont aujourd’hui capables de ralentir leur production pour soutenir les prix et maintenir leurs marges. C’est ce qui c’est passé en 2005. C’est nouveau. Et cela devrait considérablement limiter l’impact des retournements de cycle.

Question : à votre avis, quels sont les sidérurgistes capables de faire ça ? Réponse : uniquement les plus gros. Je m’explique :

Les 3 premiers producteurs de fer (CVRD, Rio Tinto, et BHP Billiton) détiennent 75% du marché ! Alors que les 10 premiers sidérurgistes ne produisent que 25% de l’acier mondial. Un marché très atomisé ! Ce qui veut dire que même Mittal Arcelor, avec ses 10% du marché, est dépendant des producteurs de minerai.

Quand on sait que les matières premières représentent 40% des coûts des aciéristes, on comprend pourquoi ils ont intérêt à auto limiter leur production pour maintenir les prix si la demande faiblit. Sinon, gare au coup du ciseau !

Vous comprenez maintenant aussi pourquoi le marché de l’acier est en voie de recomposition rapide (fusions acquisitions) et pourquoi grossir est impératif. C’est une arme contre les retournements de cycle. Le plus gros peut imposer des hausses de prix et s’auto discipliner côté production. Pas les autres.

2 – Deuxième élément différenciant : la stratégie.

Il y a ceux qui ont misé sur des stratégies de niches clairement orientées vers les aciers haut de gamme à forte valeur ajoutée. Avec à la clef de belles marges et une bien moindre sensibilité aux phénomènes cycliques.

Et puis il y a ceux qui produisent des aciers « bas de gamme » (avec de gros volumes) qui génèrent moins de marge et qui sont beaucoup plus sensibles aux retournements de cycle.

Que devez-vous en conclure en tant qu’investisseur ? Si vous voulez jouer l’acier, il faut être prudent dans vos choix d’investissement et suivre le marché de près.

Il faut privilégier : – les très gros aciéristes qui peuvent « imposer » leurs prix en maîtrisant leurs volumes – les pépites positionnées sur des marchés de niche à forte valeur ajoutée et moins sensibles aux cycles.

Et n’oubliez pas : même si vous ne souhaitez pas revenir sur l’acier en ce moment, tout ce que je vous ai dit aujourd’hui vous servira lorsque vous déciderez de revenir sur ce secteur à l’avenir.

Je vous dirai jeudi quelles sont à mon avis les quelques valeurs du secteur qu’il faut suivre de près.

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Isabelle Mouilleseaux
Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles dans les e-letters Libre d’Agir, Agora Formation et Provoquez votre réussite.

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