Clinton, Trump… et les marchés

Rédigé le 3 novembre 2016 par | Macro éco et perspectives Imprimer

S’il y a une chose que les marchés n’apprécient pas, c’est l’incertitude. Or en ce moment, en matière d’incertitude, nous sommes servis. Pour une fois ce n’est la Fed et sa politique monétaire qui est au coeur des interrogations des marchés mais le résultat des prochaines élections présidentielles.

Jusqu’à cette semaine, la candidate démocrate, Hillary Clinton, était presque assurée de l’emporter — du moins selon les sondages. Mais le retour sur le devant de la scène de l’affaire des e-mails sous l’effet d’une investigation lancée par le FBI rebat les cartes.

Qu’est-ce que des e-mails viennent faire dans une présidentielle ? C’est ce que résumait Simone Wapler dans La Chronique Agora :

Hillary Clinton était sous le coup d’une enquête du FBI pour avoir utilisé une adresse e-mail privée et un serveur privé dans le cadre d’échanges officiels alors qu’elle était ministre des Affaires étrangères d’Obama. C’est interdit par le règlement du ministère pour des raisons de confidentialité et de sécurité. Hillary était sommée de produire ces mails litigieux. Heureusement, les messages ont été supprimés du serveur privé sur lequel ils résidaient avant que le FBI ne mette la main dessus. Le FBI se contenta d’un rappel à l’ordre et l’affaire resta sans autre conséquence judiciaire.

Patatras ! Dans le cadre d’une autre enquête pour pédophilie, le FBI remet la main sur les e-mails en question. Tout simplement parce que le suspect est le mari de la principale collaboratrice et amie intime d’Hillary. Cette personne correspondait par e-mail avec Hillary et partageait son informatique avec son présumé pédophile de mari. Décidément, la technologie…

Du coup le FBI indique vendredi 28 octobre qu’il rouvre le dossier Hillary Clinton.

Pour compliquer le tout, les e-mails du directeur de campagne de Clinton ont été piratés — la Russie est fortement soupçonnée — et les documents récupérés se sont retrouvés dans l’escarcelle… de Wikileaks.
[NDLR : Cette campagne a révélé le rôle fondamental de la cyber-sécurité. Le secteur est en pleine croissance, porté par les récurrents scandales et cyber-attaques. Deux valeurs en profitent tout particulièrement… et vous pourrez les retrouver dans NewTech Insider]

Sanctionnant l’invraisemblable légèreté de Clinton et de ses équipes, deux menaces planent maintenant sur la campagne américaine.

Premièrement, celle d’une victoire de Trump. Mais aussi, en cas de victoire de Clinton, celle d’une procédure d’impeachment, à savoir de destitution. Certains sénateurs républicains ont déjà annoncé qu’ils lanceraient une telle procédure contre Clinton si celle-ci était élue présidente. De quoi nourrir les incertitudes.

L’autre source d’incertitude, c’est évidemment Trump. L’avance de Clinton sur le candidat républicain dans les sondages n’est plus que de quelques petits points, et les marchés se prennent à douter. Car dans sa très grande majorité, Wall Street a pris fait et cause pour Clinton.

Il suffit de jeter un coup d’oeil sur les sources de financement des campagnes des 2 candidats pour s’en rendre compte : pour sa campagne, Clinton a récolté 48,5 millions de dollars de la part des fonds d’investissement (hedge funds) américains. Contre 19 000 dollars pour Trump.

En outre, Trump a officiellement axé sa campagne sur une dénonciation de l’incurie entretenue par la Fed sur les marchés, promettant de faire le ménage une fois élu président.

De sa part, ces déclarations sont éminemment stratégiques, et démagogiques. Trump se présente comme un candidat hors du système, il lui faut donc critiquer et attaquer ce qui en représente la quintessence — Wall Street, la Fed — tout en espérant que ces attaques lui permettront de faire oublier ses outrances et ses outrages.

Au fond, difficile de croire que Trump pourra endosser l’armure de cavalier blanc de l’éthique et de la lutte contre Wall Street. Il n’en a ni les moyens, ni l’envie. Comment accéder à l’investir démocrate sans être, soi-même, un produit de ces élites et réseaux que l’on dénonce ?

Mais ce qui importe en ce moment, c’est l’inquiétude que cette perspective crée au sein des marchés eux-mêmes.

D’où leur fébrilité exacerbée de ces derniers jours… et qui risque de se poursuivre jusqu’aux élections du 8 novembre prochain, voire au-delà si Trump l’emporte.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Il va falloir adapter vos investissements à cette période d’incertitude.

Et ce d’autant plus que la confiance que nous pouvons accorder aux sondages est faible — le référendum sur le Brexit nous l’a encore rappelé très récemment. Ces élections pourraient surprendre, et même les marchés et les grandes banques d’affaires ne savent pas sur quel pied danser.

Quels sont les secteurs à risque en ce moment ?

Une victoire du Trump, qui est encore considérée comme improbable par une partie du marché, créerait un choc de court terme, avec probablement un effondrement des actions et une ruée vers les actifs refuges, comme l’or. Pensez à ce qui s’est passé au moment du Brexit.

Pour se protéger d’un tel scénario, les métaux précieux sont une excellente solution.

Autre pari à tenter : celui de la baisse du dollar. Là encore, le choc pourrait être de courte durée, mais violent.

Conséquence directe d’un choc possible sur le dollar, les matières premières sont à jouer avec une grande prudence. Nombre d’entre elles sont en effet corrélées au billet vert — pétrole en tête. Le baril a déjà été secoué ces derniers jours alors que l’accord pour un gel de la production conclu en septembre dernier par les membres de l’OPEP tarde à se mettre en place. Le gaz naturel est lui aussi en chute libre.

Le secteur bancaire est lui aussi particulièrement fragile et exposé en ces temps d’élections. Les actions des bancaires ont largement fluctué, au cours des derniers mois, en fonction de leurs anticipations des décisions des banques centrales. Le mouvement général vers un léger resserrement monétaire leur profite (augmentation des taux directeurs => augmentation du rendement des obligations souveraines => augmentation du profit des banques, grandes détentrices d’obligataire souverain devant l’éternel).

Trump a non seulement promis des changements à la tête de la Fed mais a aussi fortement critiqué la politique de taux bas qu’elle pratique. Si les banques et les marchés sont prêts à une petite hausse des taux de la Fed en décembre, ils ne le sont pas pour un grand chambardement et encore moins pour une hausse importante des taux. Un tel scénario est hypothétique mais effraie suffisamment les marchés pour les bancaires soient un jeu dangereux en ce moment.

Si cette volatilité vous amuse, vous pouvez en profiter en suivant le trade de court terme que vous a proposé Gilles Leclerc dans la Bourse au quotidien, sur Crédit Agricole.

Autre secteur qui risque de pâtir des élections, celui des biotechs. C’est ce que je vous disais hier dans Les Marchés en 5 Minutes :

Par deux fois déjà, au cours des derniers mois, elle a provoqué un krach sur le secteur des biotechs en dénonçant la politique de prix pratiquée par certains laboratoires sur certains médicaments.

Ces dénonciations étaient méritées mais les marchés n’ont alors pas fait dans la dentelle : toutes les biotechs et toutes les pharmas avaient alors été sanctionnées, quelle qu’ait été leur politique de prix. Le secteur en son entier avait porté le chapeau pour quelques moutons noirs.

Mieux vaut donc éviter de miser sur le secteur des biotech en son entier — je pense aux trackers répliquant l’évolution du Nasdaq Biotechnology Index — qui est bien trop risqué. Comme le rappelait Ray Blanco à ses abonnés de FDA Biotech Trader, la seule stratégie valide en ce moment sur les biotechs est de miser sur les valeurs bien spécifiques, qui disposent de catalyseurs haussiers (autorisation de médicaments par la FDA, possibilité de rachat par une big pharma, publication d’essais cliniques).

Enfin, dernier conseil pour les plus aventureux d’entre vous : trader le VIX, dit aussi l’indice de la peur. C’est ce qui vous a permis d’empocher un gain de 20% hier en suivant les conseils de Mathieu Lebrun dans Agora Trading.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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