Chroniques émergentes : des profits "made in Mexico"

Rédigé le 18 février 2013 par | La quotidienne Imprimer

Le Mexique, un pays qui au choix, évoque Mariachis, guacamole, ou violence, drogue ou sordides faits divers… L’affaire Florence Cassez a non seulement refroidi les relations diplomatiques entre la France et le Mexique mais aussi révélé la face hyper-violente de ce pays. Loin de moi l’idée de vouloir minimiser les problèmes du Mexique, mon frère y a vécu pendant un an, et il m’a raconté la violence au quotidien, les morts au coin de la rue, l’emprise des cartels de la drogue ou de la vente d’armes…

Pourtant, le Mexique est aussi un des pays émergents au potentiel le plus prometteur. Et s’il affiche une croissance de 3,9% l’année dernière, et anticipée à 3,6% cette année, ce n’est pas uniquement elle qui fait rêver les investisseurs. Ce qui focalise leur attention – et leurs capitaux –, c’est que le Mexique s’est en quelques années transformé en une très performante usine du monde, capable de concurrencer la Chine elle-même. Et atout supplémentaire, seule une frontière le sépare d’un des plus gros clients au monde, les Etats-Unis.

Comment le Mexique est-il ainsi devenu un des principaux fabricants de la planète ? J’y étais revenue dans une précédente Quotidienne, les principaux atouts du Mexique sont :
– une démographie extrêmement favorable, qui lui permet d’afficher des coûts du travail extrêmement compétitif. Avec près de 112 millions d’habitants, souvent jeunes, le pays dispose d’un important réservoir de main-d’oeuvre bon marché. L’écart entre les salaires chinois et mexicains est ainsi passé de 260% en 2006 à 10% aujourd’hui.

– une intégration régionale de plus en plus poussée avec les pays de l’Alliance Pacifique. Le développement économique de la région, et l’explosion de la demande venue de pays comme le Pérou ou le Chili, soutiennent les exportations mexicaines.

– et bien sûr, la proximité avec les Etats-Unis. Le pays voisin est non seulement le premier client du pays (destination de 79% de ses exportations) mais aussi une source d’investissements. Enfin, la très nombreuse diaspora mexicaine aux Etats-Unis participe au revenu des familles restées au pays.

D’après HSBC, le Mexique devrait donc devenir le principal fournisseur des Etats-Unis d’ici 2018, devant la Chine et le Canada. Les exportations de biens manufacturés au Mexique et exportés vers son riche voisin ont augmenté de 5,25% par an entre 2001 et 2011 pour atteindre une valeur de 197,5 millions de dollars.

Qu’exporte le Mexique ? Des voitures d’abord, sa grande spécialité. L’industrie automobile mexicaine, qui représente 5% du PIB et près de 30% de ses exportations, s’est spécialisée dans les véhicules bon marché, les camions légers ainsi que dans les pièces détachées – une production adaptée à la demande latino-américaine et américaine. Le pays est ainsi devenu le 8e producteur automobile au monde, avec près de 3 millions de véhicules sortis de ses usines l’année dernière mais aussi et surtout le 4e exportateur.

Les grands noms de l’industrie automobile américaine (Chrysler, Ford, General Motors) mais aussi européenne (Volkswagen) et asiatique (Honda, Nissan, Toyota) sont déjà installés au Mexique. « Le Mexique plaît aux constructeurs automobiles. Suivant un mouvement initié par les constructeurs américains, Nissan continue à développer son implantation au coeur de cette économie émergente, l’une des plus puissantes. La société Jatco, filiale du Japonais, a mercredi 6 février un investissement de 220 millions de dollars dans une deuxième usine au Mexique« , expliquait Le Monde le 7 février dernier.

Et la semaine dernière, c’est Eurocopter qui a inauguré une usine dans le pays.

Le Mexique exporte des produits électroménagers, électroniques et liés à la téléphonie. D’après HSBC, le Mexique est le premier exportateur au monde d’écrans plats et de réfrigérateurs. Mais aussi de matières premières comme les tomates, les avocats, ou les papayes.

Le pays s’est donc imposé comme une puissance industrielle et manufacturière.

Des problèmes qu’il ne faut pas sous-estimer
J’ai évoqué les problèmes de violence et de corruption un peu plus haut. Le nouveau président Enrique Peña Nieto s’est lancé dans la bataille contre les cartels, mais il n’est pas le premier à tenter – en vain – d’enrayer la violence dans le pays.

A cela il faut ajouter, le pétrole et les banques.

Le pétrole tout d’abord. La production pétrolière du pays est en déclin depuis plusieurs années. Non pas par épuisement des ressources – ce qui ne laisserait aucun espoir – mais pour cause de mauvaise gestion. L’exploitation des réserves du pays est sous le contrôle d’une entreprise d’Etat, Pemex. Lourdement taxée par l’Etat (qui s’en sert un peu comme d’une cagnotte dans laquelle piocher au moindre besoin), mal gouvernée, lourdement endettée, Pemex ne dispose pas assez de moyens pour lancer l’exploration – ne parlons même pas d’exploitation – de nouveaux gisements. Enrique Peña Nieto a été élu sur un programme de réformes… incluront-elles une réforme du secteur pétrolier ? A suivre.

Deuxième point noir pour l’économie mexicaine : son système bancaire, peu développé, et donc le manque de crédits aussi bien aux entreprises qu’aux particuliers. Mais les choses sont en train de changer. Entre 2006 et 2012, le nombre de Mexicains clients d’une banque a augmenté de 62%.

Comment profiter de la puissance exportatrice mexicaine ?
Le plus sûr pour nous investisseurs particuliers, c’est encore et toujours les ETF, comme l’iShares MSCI Mexico Investable Index ETF.

Et puis parce que le Mexique profite de la croissance de l’Amérique latine, n’hésitez pas non plus à aller voir du côté de ses voisins proches, comme le Pérou ou le Chili. Dans Défis et Profits, nous avons d’ailleurs en portefeuille des valeurs latino-américaines. Parmi mes préférées, une compagnie d’électricité présente au Pérou, en Colombie, au Chili ou encore en Argentine et qui profite de l’explosion de la demande en énergie de ses pays à forte croissance. Ou encore un leader de la production de nourriture, bien implanté en Amérique latine, qui produit des céréales, du riz, du café, du sucre, du coton, de la viande et des produits laitiers… Une société qui a les faveurs de George Soros et à découvrir dans Défis & Profits.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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