La Chine au coeur des tensions avant même que Trump n’ait pris ses fonctions

Rédigé le 20 janvier 2017 par | Macro éco et perspectives, Pays émergents Imprimer

Peu de temps après son élection, Trump a reçu un appel téléphonique du président de Taiwan, pour le féliciter. Cela peut apparaître comme une simple courtoisie, mais pas du point de vue de la Chine communiste.

Pékin considère Taiwan comme une « province dissidente » ; pas comme un autre pays. Si les hommes politiques américains ont habituellement recours à la langue de bois, sur cette question, ce n’est pas le cas de Trump. Il s’est non seulement entretenu avec le président de Taiwan mais il a également remis en question la politique américaine « d’une seule Chine », sur Twitter.

La démarche de Trump a fait retentir la sonnette d’alarme à Pékin. Les dirigeants communistes ont décidé d’envoyer un message à Trump en subtilisant l’un des drones sous-marins de la Marine américaine, opérant au large des Philippines, loin des eaux contestées, en Mer de Chine méridionale, revendiquées par les Chinois. Le drone sous-marin a été restitué plus tard, (après que Trump ait tweeté que les Chinois devraient « le garder »), mais on a bien compris. Les tensions géopolitiques entre l’Empire du Milieu et les Etats-Unis s’intensifient sans nul doute.

Les velléités chinoises sur la Mer de Chine méridionale n’ont rien de nouveau. La Chine revendique des droits territoriaux sur pratiquement toute la Mer de Chine méridionale, en faisant fi des arbitrages internationaux et des revendications concurrentes de la part des Philippines, du Vietnam, de la Malaisie et d’autres pays voisins. Pour appuyer ses revendications, elle a eu recours à des navires de dragage afin de créer des îles artificielles sur des récifs et atolls existants, où elle commence à construire des structures permanentes et des pistes d’atterrissage.

Les Etats-Unis ont mené dans cette zone des patrouilles navales et aériennes dites « de liberté de navigation ». De nombreux incidents ont eu lieu entre l’Empire du Milieu et d’autres pays revendicateurs, notamment des bateaux de garde-côtes et de pécheurs entrant accidentellement en collision, et des abordages délibérés. Mais dernièrement, la gravité de la confrontation est montée d’un cran. La Chine s’est emparée d’un drone de surveillance sous-marin appartenant aux Etats-Unis, et ses bombardiers ont effectué des survols stratégiques dans cette zone. C’était en partie en réaction aux commentaires du président-élu Trump concernant les manipulations monétaires et pratiques commerciales déloyales auxquelles se livre la Chine, et à l’éventuelle révision de la politique « d’une seule Chine ».

Mais Trump n’est pas encore président. Et il ne le sera pas avant quelques jours. Imaginez à quel point les choses pourraient s’aggraver une fois qu’il aura pris ses fonctions et que les mesures politiques évoquées deviendront réalité. Il existe un sérieux potentiel de conflit armé en Mer de Chine méridionale, mais les marchés n’en tiennent pas compte.

Mais quid de l’avenir ? Tout indique qu’il n’est pas bon.

Lors de son audition de confirmation aux fonctions de Secrétaire d’état, Rex Tillerson, nommé par Trump, a déclaré que la Chine devrait se voir refuser l’accès aux îles artificielles qu’elle a créées en Mer du Sud méridionale.

Tenter de refuser cet accès à la Chine, via un blocus ou d’autres moyens, serait l’équivalent d’un acte de guerre. L’Empire du Milieu a riposté immédiatement. Un grand journal communiste chinois a écrit la chose suivante : « à moins que Washington ne prévoit de déclencher une guerre à grande échelle en Mer de Chine méridionale, toute autre approche visant à empêcher la Chine d’accéder aux îles serait insensée ».

Le président chinois, Xi, est sur la scène internationale, au forum de Davos, cette semaine, alors même que Donald Trump s’apprête à prendre ses fonctions de 45è président des Etats-Unis. Les deux dirigeants aborderont certainement à nouveau ce sujet. Les perspectives de résolution pacifique ne sont pas bonnes. Outre les guerres commerciales et les guerres des devises, la Chine et les Etats-Unis pourraient se retrouver dans un conflit armé, limité, en Mer de Chine méridionale. Bien entendu, les conséquences sur les marchés seraient catastrophiques.

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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