La Chine interdit les ICO : quelles conséquences pour le Bitcoin ?

Rédigé le 7 septembre 2017 par | Bitcoin et cryptomonnaies, Nouvelles technologies Imprimer

Pour qui s’intéresse au Bitcoin et aux autres cryptomonnaies, la vie est loin d’être un long fleuve tranquille. En quelques heures, tout peut changer.

Début septembre, tout semblait rouler pour les cryptomonnaies. Le Bitcoin, après avoir survécu à son premier hard fork et après avoir franchi la barre des 4 000 $, s’attaquait à celle des 5 000 $.

Et puis le 4 septembre, la Chine décidait d’interdire les ICO sur son territoire. Cette nouvelle a fait décrocher le cours du Bitcoin qui est passé de 4 900 $ et quelque à 4 200 $.

L’engouement pour les ICO accélère

Ces Initial Coin Offering sont l’équivalent des introductions en Bourse, ou IPO, pour les entreprises « classiques », à savoir celles qui n’oeuvrent ni dans le domaine de la blockchain ni dans celui des cryptomonnaies. Elles permettent de lever des fonds sans passer par les intermédiaires traditionnels.

Seules différences, ces ICO sont souscrites en cryptomonnaies, permettent d’acquérir des « tokens » (des jetons) et non pas des actions… et échappent à tout contrôle des autorités financières.

Et c’est justement ce dernier point qui a irrité Pékin, associé à leur grandissant succès.

Comme je vous le disais dans une précédente Quotidienne, l’engouement pour les ICO a pris des proportions… impressionnantes. Vous pouvez vous en réjouir ou vous en inquiéter… reste que des start-ups parviennent par cette voie à lever des millions de dollars en quelques heures.

Au cours du deuxième trimestre 2017, les ICO ont ainsi permis de lever près de 800 millions de dollars.

La startup Bancor qui se propose de faciliter la création de nouvelles cryptomonnaies a levé 153 millions de dollars en juin dernier. Toujours en juin, Status, une start-up qui développe une application d’accès à la blockchain Ethereum pour Android et iOS a levé 95 millions de dollars en moins de 24h. Quant à TenX, une startup singapourienne qui développe entre autres une carte de paiement qui permet de régler ses achats avec des cryptomonnaies, elle a levé 83 millions de dollars, dont 34 millions en 7 minutes…

L’enthousiasme des investisseurs pour ces entreprises et ces levées de fonds d’un genre nouveau n’est donc plus à démontrer.

Des ICO sous surveillance

Et c’est justement ce qui inquiète les autorités. Fin août, la SEC – l’équivalent américain de l’Autorité des marchés financiers – émettait une mise en garde contre ces opérations, et annonçait qu’elle se réservait le droit de suspendre certaines d’entre elles dans le futur.

La SEC a avancé 3 raisons qui pourraient conduire à cette suspension :

– Un manque d’informations récentes, précises ou adéquates sur l’entreprise – par exemple, si elle n’a pas publié de rapports financiers pendant une période prolongée.

– Des questions sur l’exactitude des informations accessibles au public, y compris dans les communiqués de presse et les rapports de la société, sur le statut opérationnel et la situation financière actuelle de l’entreprise.

– Des doutes sur l’actionnariat, en particulier sur les achats effectués par les insiders ou une possible manipulation du cours.

Début août, c’est l’Autorité monétaire de Singapour qui déclarait : « Les ICO sont vulnérables aux risques de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme en raison de la nature anonyme des transactions et de la facilité avec laquelle des sommes importantes d’argent peuvent être levées dans un court laps de temps« .

La Russie, quant à elle, réfléchirait à interdire les ICO aux investisseurs particuliers.

Pourquoi la Chine interdit-elle les ICO ?

La Chine est encore allée plus loin en interdisant purement et simplement les entreprises chinoises de recourir aux ICO, et en leur intimant de rembourser les investisseurs.

Comment expliquer une telle décision ? La Chine est un des premiers utilisateurs du Bitcoin. Non seulement une grande partie des mineurs – ceux chargés de produire de nouveaux bitcoins en résolvant des algorithmes – sont chinois mais une bonne part des transactions en bitcoins ont lieu dans l’empire du Milieu. Selon Les Echos, sur les 6 derniers mois de 2016, plus de 95% du volume des transactions sur le Bitcoin étaient trustés par 3 bourses « crypto » chinoises.

Cet engouement pour les cryptomonnaies a encore été accentué par les récentes dévaluations du yuan et surtout par le renforcement du contrôle des capitaux imposé par Pékin. Les cryptomonnaies sont apparues comme un excellent moyen de contourner ce contrôle.

Les ICO ont aussi rencontré un succès… foudroyant dans l’empire du Milieu. Selon les chiffres des autorités chinoises, 65 ICO chinoises ont eu lieu depuis le début de l’année, attirant près de 395 millions de dollars.

Le succès du Bitcoin et des autres cryptomonnaies a évidemment attiré l’attention de Pékin, qui n’abandonne pas l’idée de contrôler au maximum les flux et les transferts financiers. N’y voyez pas uniquement le vieux réflexe d’un Etat encore malgré tout communiste. Le mouvement est bien plus mondial : de plus en plus d’Etats s’inquiètent ou s’intéressent au développement de ces nouvelles monnaies et sentent monter une frénétique envie de réglementation.

En outre, l’engouement des investisseurs pour les ICO a ouvert la porte à toutes sortes de dérives. Si certaines ICO sont on ne peut plus sérieuses, d’autres ressemblent sont purement et simplement des escroqueries. Et le nombre d’investisseurs floués augmente.

Interrogé par Reuters, Zennon Kapron, directeur de Kapronasia, un cabinet de consultants spécialisé dans les technologies financières, avançait une autre explication – plus mesurée – à la décision de la Chine d’interdire les ICO :

Les régulateurs à travers le monde ont du mal à comprendre ce que sont les ICO, quels sont les risques qui y sont attachés, comment les contrôler et les réguler.

A de nombreux égards la Chine n’est pas différente des Etats-Unis ou de Singapour quand elle dit, OK nous devons faire marche arrière jusqu’à ce que nous comprenions comme nous pouvons les gérer (…) Je pense que ce ne sera qu’une mesure temporaire.

Pékin pourrait donc revenir sur cette décision dans les mois qui viennent – sachant, en outre, que les investisseurs chinois ont toujours accès aux ICO proposées par des entreprises non-chinoises à travers la planète.

Qu’est-ce que cela signifie pour le Bitcoin, et pour vous ?

Nous l’avons vu, à l’annonce de l’interdiction, le cours du Bitcoin a plongé de 14% passant de plus de 4 900 $ à un peu moins de 4 200 $ en 48 heures. Il a ensuite rapidement rebondi vers les 4 500 $, les investisseurs ayant vu dans ce recul soudain du cours une excellente occasion d’acheter.

La cryptomonnaie devrait donc rapidement ascension, avec les 5 000 $ en premier objectif.

Mais vous commencez à me connaître : impossible de ne pas, une nouvelle fois, vous mettre en garde.

Et tout d’abord contre la volatilité du Bitcoin. Si la cryptomonnaie est progressivement en train de se faire une place comme système de transfert d’argent et, plus timidement, comme monnaie en tant que tel, elle est encore et surtout un instrument spéculatif. Aucun problème à cela, à condition que vous lui appliquiez la même prudence que pour les options, les CFD et autres produits dérivés. Investir sur les cryptomonnaies n’est de tout repos, vous devez être conscient que votre pari peut décrocher de 10%, 20%, 50% voire 90% en quelques minutes. Et qu’il peut rebondir avec la même intensité.

Deuxième mise en garde, même s’il y a de grandes chances que Pékin assouplisse effectivement cette interdiction des ICO dans les mois qui viennent, la tendance générale est clairement à la régulation. La SEC a régulièrement haussé le ton ces dernières semaines et les premières sanctions risquent de ne pas tarder.

Enfin – et peut-être suis-je en train d’enfoncer des portes ouvertes –, soyez extrêmement prudent si vous souhaitez participer à une ICO. Sans aucune réglementation et contrôle officiel, c’est une jungle de l’investissement qui s’offre à vous, avec ses formidables opportunités, ses tuyaux percés et ses escroqueries manifeste. Avant de mettre votre argent – même sous forme de crypto – sur un projet, vérifiez très attentivement sa fiabilité, le profil de ses initiateurs, leur business plan, leurs soutiens technologiques, financiers, leur marché, leurs perspectives de croissance, etc.

Vous pouvez vous inspirer, par exemple, de la méthode que Simone Wapler et son équipe appliquent dans le choix des projets qu’ils soutiennent dans Profits Réels. Certes, dans ce service, ils vous recommandent des projets de crowd lending et de crowd funding, mais ils décortiquent littéralement chaque dossier avant de vous recommander d’ici miser un seul euro. Une méthode qui a fait ses preuves et que vous pouvez très bien appliquer aux projets de blockchain et de cryptomonnaies. [NDLR : Vous pouvez aussi suivre les recommandations d’un spécialiste du Bitcoin et des cryptomonnaies pour investir dans le secteur. Pour en savoir plus…]

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Laissez un commentaire