Haut les mains, ceci est un hold-up sur l'or !

Rédigé le 23 novembre 2012 par | La quotidienne Imprimer

Le cuivre fait triste mine… C’est de la faute à la Chine
L’aluminium a un cours en scie égoïne… C’est de la faute à la Chine
Les terres rares ne sont plus la une des magazines… C’est de la faute à la Chine
L’or vaudra bientôt plus que le platine… C’est de la faute à la Chine

 

Dès qu’on parle de matières premières, il y a de grandes chances pour que la première explication qui vous soit donnée aussi bien à une hausse qu’à une chute des cours, soit l’explication chinoise. L’empire du Milieu a en effet une réputation qui n’est plus à faire de grand dévoreur de commodities.

La Chine consomme certes, mais elle produit aussi énormément. Soit directement en exploitant les ressources de son gigantesque territoire, soit en menant une politique de rachats de matières premières.

Depuis des années donc, les marchés ont si bien pris l’habitude d’être portés par la demande chinoise qu’il suffit d’un doute sur la santé économique du pays, d’un petit recul de sa consommation, de ses exportations ou de ses importations. La Chine s’est donc imposée comme le grand ordonnateur des commodities.

S’il y a bien une matière sur laquelle la Chine fait la pluie et le beau temps, c’est l’or. L’empire du Milieu est le premier consommateur d’or au monde depuis cette année (prenant la place jusque-là détenue par l’Inde). Mais il est aussi devenu le premier producteur mondial… depuis 2010. Le graphe ci-dessous représente la production d’or par la Chine. L’envolée est spectaculaire.

Graphe de la production d'or de la Chine

En 2010, l’année de son sacre comme premier producteur, la Chine a extrait 340 t de ses mines. Une production qui a atteint 361 t l’année dernière. Le pays prend ainsi ses distances avec les autres principaux producteurs d’or dont la production a plafonné ces dernières années. Celle des Etats-Unis et de l’Australie a atteint un pic en 1997, celle de la Russie autour de 1958, celle de l’Afrique du Sud en 1971 et celle du Pérou en 2003.

Friande d’or comme elle l’est, la Chine ne s’est évidemment pas contentée de sa production nationale : elle a aussi largement importé, et tout particulièrement de Hong Kong (avec une augmentation des importations de 300% entre 2010 et 2011).

Avec l’explosion de sa production, la Chine devrait donc avoir son content d’or… et le marché mondial de l’or être noyé sous les lingots estampillés « made in China ».

Sauf que, comme le souligne mon confrère britannique Dominic Frisby, il est rare de voir passer de tels lingots chinois chez les principaux acteurs du marché de l’or. Il cite une enquête menée par Warren James, du site Screwtape Files, auprès de GLD (le plus grand ETF aurifère au monde ainsi que le premier dépositaire de lingots d’or), des autres principaux ETF, du Julius Baer Gold Fund, du Royal Canadian Mint, du Perth Mint ou de ViaMat (qui conserve l’or de sociétés comme BullionVault, ou Goldmoney) à Londres, Zurich et Hong Kong.

Le résultat de son enquête est surprenant : aucun de ces acteurs majeurs ne détient de lingots chinois.

Une conclusion s’impose : la Chine n’exporte pas l’or qu’elle produit, elle le conserve.

La Chine, l’écureuil du lingot
Il faut dire que la demande chinoise en or est bien supérieure à l’offre. Selon le World Gold Council, la demande a elle aussi explosé, au rythme soutenu de plus de 25% par an depuis 2007. Sa part dans la demande mondiale de métal jaune est donc passée de 10% à plus de 20% et, comme je vous le rappelais plus haut, le pays est devenu le premier consommateur d’or au monde cette année.

Nous vous en avons parlé à plusieurs reprises dans la Quotidienne, depuis quelques années, le gouvernement chinois encourage les particuliers à détenir de l’or. Pour cela, il a progressivement ouvert le marché du métal jaune et a multiplié les outils permettant à des investisseurs particuliers de détenir de l’or et de l’argent, physiques ou papier.

Le (SGE) s’est imposé comme la première place boursière au monde pour le commerce de l’or physique et en quatrième position pour le marché à terme (Shanghai Futures Exchange). La Chine affiche clairement ses ambitions, elle veut devenir un acteur majeur du monde de l’or, et fait tout pour parvenir à son objectif en multipliant ETF, marché de gré-à-gré, etc.

Jusqu’où tout cela va-t-il aller ?
Loin, très loin. Pourquoi ? Parce que la Banque populaire de Chine (BPC) multiplie les achats d’or. Seulement voilà, la BPC est loin d’être très transparente sur ses réserves d’or. La dernière fois qu’elle a communiqué sur le sujet, c’était en avril 2009. Elle a annoncé posséder 1 054 tonnes d’or à fin 2008. Ce qui représentait une augmentation de 454 tonnes, soit de 75%, par rapport à 2003. Et faisait d’elle le quatrième possesseur d’or au monde.

Et depuis 2008 ? La BPC reste muette sur le sujet.

Tant de mystère ne pouvait que susciter l’intérêt des spécialistes du marché de l’or. Pour traquer les achats d’or par la Banque centrale chinoise, Bron Suchecki, de Perth Mint, s’est livré à de savants calculs.

Il a remarqué qu’entre 2003 et 2008, 28% de l’or produit en Chine ou importé était tombé dans les mains de l’Etat. Il est parti d’une base identique pour la période 2009-2012. Le total de la production et des importations a alors atteint 1 955 tonnes. Ce qui laisse supposer que la BPC a mis en réserve 508 tonnes. Actuellement, ses réserves d’or totales se monteraient donc à 1 560 tonnes. La Chine serait toujours le sixième possesseur d’or au monde – les autres banques centrales ayant elles aussi augmenté leurs réserves d’or depuis 2008.

Graphe des réserves d'or des banques centrales en 2012

Mais le fait le plus important dans ces chiffres est la part de l’or dans les réserves chinoises. Elle est faible par rapport à la moyenne des banques centrales, comme vous pouvez le constater grâce au tableau ci-dessus. La France détient plus de 70% de ses réserves en métal jaune, les Etats-Unis plus de 76%, la Grande-Bretagne 16% (en cause, les ventes massives d’or par divers présidents de banques centrales au cours des dernières années, une erreur que les Anglais regrettent encore).

Quant à la Chine ? La part de ses réserves détenue en or est minuscule à 1,8%. On ne sait pas grand-chose de la politique menée par la BPC mais un fait est certain : elle veut augmenter la part de ses réserves détenues en or – et baisser celle du dollar. Imaginons que son objectif soit d’atteindre les 10%, il lui faudra multiplier au moins par cinq ses possessions d’or et passer d’environ 1 500 tonnes à plus de 7 500 tonnes.

Vous imaginez les conséquences sur le marché de l’or. Et même si, la BPC se contente d’une part à 5% de ses réserves, il lui faudra tout de même acquérir plus de 2 000 tonnes d’or dans les années qui viennent, soit plus de cinq fois sa production aurifère annuelle actuelle (qui, pour rappel, était de 361 tonnes l’année dernière).

Un dernier graphe pour appuyer mon propos : celui de l’évolution probable (car il manque des chiffres) des possessions d’or par la Chine depuis les années 30.

Graphe des possessions d'or de la Chine

Tout est dit non ?

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Jusqu’à présent, les achats de la Banque populaire de Chine ont joué un rôle de pare-feu à une chute trop violente des cours de l’or. Dès que le prix de l’once baissait suffisamment, la Chine achetait – faisant remonter les cours.

Tout la subtilité pour la BPC va maintenant consister à maintenir ses achats sans faire exploser le cours de l’or – et ceci dans un contexte politique, économique, financier et monétaire qui soutient le prix du métal jaune.

A quoi nous attendre ? A une reprise de la vague haussière sur l’or, bien sûr, soutenue par la forte demande chinoise. Mais aussi peut-être à plus long terme à une pénurie dans l’offre. Si la Chine qui est devenue le premier producteur d’or au monde se réserve le fruit de ses mines, la demande mondiale risque d’être confrontée à un problème d’offre. Et là il y a de quoi faire exploser le cours du métal jaune.

Pour en savoir plus sur ce hold-up que la Chine est en train d’organiser sur l’or, continuez votre lecture…

Mots clé : - -

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Laissez un commentaire