Si la Chine tousse, l’Europe doit-elle s’enrhumer ?

Rédigé le 21 septembre 2015 par | Macro éco et perspectives, Pays émergents Imprimer

Cher lecteur,

Nous allons aujourd’hui nous complaire dans le plus parfait égoïsme et regarder avec une attention soutenue notre propre nombril. Ce qui va nous intéresser est donc cette lancinante question : le ralentissement chinois est-il un tremblement de terre dont les répliques pourraient atteindre les rivages du Vieux Continent ? Ou, pour le résumer, 1,4 milliard de Chinois en crise, et moi, et moi, et moi ?

Au premier abord, votre réponse à cette question sera un "oui" franc et massif. Réponse parfaitement normale au vu des chiffres suivants : la Chine c’est la 2e puissance économique mondiale, le 1er importateur et consommateur de matières premières, 1,4 milliard de consommateurs avides de mettre la main sur nos voitures, nos sacs de luxe ou nos alcools.

Si la croissance de la 2e économie mondiale recule de plusieurs points cette année – certains soutiennent même qu’elle ne progressera effectivement que de 2% à 3% –, difficile d’imaginer que nous pourrons être à l’abri des répliques sismiques.

La Chine, c’est aussi des marchés actions qui sont parvenus à entraîner les marchés européens et américains dans leurs doutes au cours de ces dernières semaines. Bienvenue dans l’ère du krach made in China.

Et c’est encore une devise dont la (petite) dévaluation a fait trembler les marchés mondiaux.

D’excellents arguments, vous en conviendrez.

Mais voilà, l’Europe n’est pas le Vietnam, l’Indonésie ou encore le Brésil. Si les pays voisins de l’empire du Milieu ou ses traditionnels fournisseurs de matières premières vont bien subir de plein fouet le ralentissement chinois, il pourrait ne pas en être de même en Europe. Voici pourquoi.

1. Les marchés actions – et les valeurs exportatrices
Que fournissent les pays européens à la Chine ? Pas de pétrole, pas tant de softs que cela, pas de métaux, pas d’énergie. Ce que nous vendons en Chine, ce sont des produits de luxe, des voitures, des robots et des équipements industriels plutôt haut de gamme.

La Chine est certes un partenaire commercial important mais est très loin d’être le premier. Le pays ne représente par exemple que 5% des exportations françaises. La plupart des pays européens sont dans une situation à peu près similaire de dépendance à la demande chinoise.

Le graphe suivant représente la part de la demande chinoise dans la valeur ajoutée nationale. Et comme vous pouvez le constater, les économies européennes en général, et la France en particulier, ne sont pas particulièrement concernées.

demande

Malgré tout, certains secteurs – je pense par exemple à l’industrie automobile allemande ou encore au luxe français – sont déjà touchés par le ralentissement chinois.

Il faudrait revenir en détail sur la réalité de la chute de la demande chinoise pour les biens et les produits européens mais comme je n’ai pas le temps de le faire aujourd’hui, nous allons nous contenter de ce qui compte parfois plus que les chiffres, à savoir l’opinion des marchés et des investisseurs.

L’opinion des marchés et des investisseurs estime donc que les entreprises européennes exportatrices vont souffrir mille peines et tourments par le fait de la baisse de la demande chinoise. Qu’importe que cela soit avéré ou pas, les conséquences boursières d’une telle croyance générale sont déjà sensibles et pourraient encore s’accentuer dans les mois qui viennent. Sale temps pour les exportatrices. Vraiment ?

Là encore, un examen en détail de la réalité de cet adage permet de relativiser un peu les choses. J’emprunte une nouvelle fois un graphe au site Gavekal pour illustrer mon propos.

exportations

Graphe qui démontre que, de temps en temps, les investisseurs parviennent à faire la distinction entre le bon grain et l’ivraie : les entreprises exportatrices les plus exposées aux pays émergents sont celles qui ont dû supporter le sell-off de cet été. Les valeurs exportatrices concentrées vers l’Europe ont quant à elles vu leurs cours progresser.

Ajoutons à cela que la faiblesse de l’euro – appelée à se maintenir alors que la Fed hésite à bouleverser sa politique monétaire –, donne un avantage non-négligeable à ces entreprises qui exportent en dehors de l’Europe.

2. Les matières premières
Autre source possible de stupeurs et tremblements en Europe, les matières premières.

Bon… le Vieux Continent n’exportant que très peu de matières premières vers l’Asie, les conséquences devraient être limitées. Voire même être plutôt positives puisque les commodities chutant sous l’influence de la surproduction et des craintes sur la demande chinoise, les pays importateurs de pétrole, gaz etc. – la France est dans ce cas – vont profiter de prix plus bas.

Seul bémol à apporter, les pays fragilisés par la chute du cours des matières premières (l’Amérique latine, le Canada, l’Australie…) risquent eux-aussi de réduire leurs importations de biens et produits made in Europe. A surveiller sur le moyen terme.

3. La guerre des devises
Si la Chine va mal, Pékin pourrait être tenté d’une nouvelle fois dévaluer sa monnaie pour soutenir son industrie exportatrice. C’est une possibilité mais, comme le rappelle Jim Rickards dans Alerte Guerre des Devises, ce n’est pas la plus probable.
[NDLR: Jim Rickards vous dévoile toutes les coulisses de la guerre financière qui se trame entre les grandes puissances… et vous explique ici comment vous pouvez en profiter]

Pékin a procédé cet été à une (petite) dévaluation de son renminbi, mais il semblerait que cette décision ait été prise en accord avec le FMI, sur fond de report de la décision d’intégrer la devise chinoise dans le panier de monnaie déterminant le cours des DTS, la super-monnaie du FMI.

De nombreux spécialistes de la guerre des devises pensent, comme Jim, que la Chine n’a pas l’intention de se lancer dans une dévaluation massive de sa devise dans les mois qui viennent.

Et en cas de nouvelle dévaluation du yuan, les entreprises américaines, pénalisées par un dollar devenu encore plus fort, seraient les principales victimes.

4. Les investissements
La Chine investit de plus en plus en Europe, nous le savons – et la presse en fait régulièrement ses gros titres. Un ralentissement économique dans l’empire-mère ne devrait pas inciter les investisseurs chinois à se précipiter sur nos ports, domaines viticoles ou industries, c’est vrai.

Mais, une nouvelle fois, il faut relativiser. En 2014, ce sont environ 18 milliards de dollars d’investissements chinois qui ont atterri en Europe (dont 1,5 milliard en France), soit seulement 2% du total des investissements étrangers sur le Vieux Continent. Nous devrions pouvoir nous en remettre…

La montée des risques en Asie pourrait même inciter les investisseurs à regarder de nouveau du côté de l’Europe, qui fait figure de havre de paix en comparaison avec les soubresauts et les méandres de l’investissement en Chine ou en Asie.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Un ralentissement économique chinois devrait donc avoir des conséquences limitées sur l’Europe.

La seule chose qui m’inquiète vraiment, c’est l’humeur ambiante. La Fed vient de reporter la hausse de ses taux en se servant comme prétexte des inquiétudes sur la croissance mondiale et chinoise. Les marchés ont peu apprécié cette piqûre de rappel et l’ont fait savoir en chutant lourdement en fin de semaine dernière. L’effet "dépression chinoise" a joué à fond et pourrait régulièrement assombrir l’humeur des marchés.

Mots clé : -

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Laissez un commentaire