Le yuan, les DTS… et la Bourse

Rédigé le 31 juillet 2015 par | Macro éco et perspectives, Pays émergents Imprimer

Depuis hier, nous nous concentrons sur les conséquences de la volonté très affichée de Pékin d’intégrer le club privé des DTS, à savoir le panier de devises qui servent à déterminer la valeur de cette super-monnaie du FMI. Nous avons vu que, pour Pékin, une telle intégration vaudrait une intronisation au rang d’économie qui compte, de monnaie incontournable. Il y a beaucoup de prestige à tirer d’une telle intégration, les dirigeants chinois en sont parfaitement conscients. Les investisseurs aussi.

DTS = plus de demande pour le yuan
Une des premières conséquences de l’intégration de la Chine dans le club des DTS serait de voir flamber la demande en yuan. Les DTS sont en effet échangeables par les pays qui les détiennent dans une des devises qui leur sert de référence (pour le moment le dollar, l’euro, la livre et le yen). L’arrivée du yuan dans ce petit cercle très restreint confirmerait – je vous le disais – son statut de grande monnaie internationale mais surtout de monnaie de réserve.

Concrètement, les banques centrales devraient acheter de plus en plus de yuans dans les années à venir et les investisseurs se tourner un peu plus vers les marchés – obligataires ou actions – chinois.

Le yuan, les DTS… et la Bourse
Cet intérêt, nouveau, pour le yuan, les obligations et les actions chinoises expliquent en partie la hausse des marchés (chinois) au cours des derniers mois – et aussi le récent krach. C’est ce qu’expliquait l’économiste Charles Gave (que vous devez bien connaître si vous suivez Simone Wapler dans sa Stratégie) :

Très rapidement la monnaie chinoise deviendrait convertible, ce qui permettrait au monde entier d’acheter des actions chinoises… Or la capitalisation boursière de la Chine doit être aujourd’hui la seconde du monde. A ce moment là, tous les fonds indiciels seront obligés d’en acheter, ce qui créera une demande immense et donc ces actions vont monter très fortement.

C’est sur ce raisonnement, que j’ai tenu ici d’ailleurs, que les actions chinoises ont explosé à la hausse en avril et il reste valable bien entendu.

Mais les deux grandes sociétés qui calculent les grands indices internationaux, FT et MSCI ont fait savoir en mai que certes elles incluraient les valeurs chinoises dans les indices, mais avec une sage lenteur, doucement, doucement …

Et comme tous les operateurs chinois avaient acheté sur marge (c’est-à-dire en empruntant l’argent nécessaire à ces achats), en espérant bien sur revendre leurs titres à des fonds indiciels d’ici à la fin de l’année, ils se sont retrouvés sans les acheteurs qu’ils espéraient voir surgir et ont donc été obligés de revendre à… d’autres Chinois, qui ne se précipitaient pas pour acheter.

A moyen terme donc, une intégration du yuan dans le club des DTS devrait exercer une pression haussière sur le yuan. A moyen terme seulement car, comme le rappelle Jim Rickards dans Intelligence Stratégique, pour le moment (ralentissement économique oblige), les pressions sont plutôt baissières :

Il se pourrait qu’une pression haussière s’exerce sur le yuan, mais à l’heure actuelle, le yuan a plutôt tendance à baisser car la croissance ralentit et certains politiciens encouragent cette situation. Il va donc falloir inverser cette tendance.

L’entrée du yuan dans les DTS menacée
Reste que le krach boursier de ces dernières semaines a, selon certains commentateurs, remis en cause l’intronisation du yuan dans le club des DTS.

Mi-juillet, L’Agefi titrait : "Pékin réduit les chances d’une entrée du renminbi parmi les DTS. La perspective d’une inclusion du renminbi parmi les devises de réserve du FMI est mise à mal par la réponse des autorités chinoises à la chute des marchés".

Pourquoi l’intervention, certes massive, de Pékin pour soutenir ses marchés boursiers pourrait-elle remettre en cause une intégration qui semblait courue d’avance ? Parce qu’en agissant aussi lourdement et tous azimuts, les autorités chinoises vont à l’encontre des règles du libéralisme, règles dont le respect est indispensable à l’intégration aux DTS.

"La probabilité d’une inclusion a grandement diminué sur les trois dernières semaines. Le gouvernement augmente son contrôle de l’économie et il est probable que cela s’étende à la monnaie et cela permettrait aux Etats-Unis de montrer que la Chine ne remplit pas les conditions pour une inclusion au sein des DTS", explique David Woo, stratégiste en chef chez Bank of America Merill Lynch, cité par L’Agefi.

Certes, certes… Pékin a sorti l’artillerie lourde (et pour l’instant en grande partie inefficace) pour empêcher les marchés actions de poursuivre leur baisse. Mais la Fed, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon et la BCE, quatre banques centrales dont la devise a intégré le panier des DTS, ont-elles vraiment agi de manière plus "libérale" depuis 2007 en baissant leurs taux, en pratiquant différentes formes de quantitative easing et en injectant des milliards de liquidités ? Les moyens d’action de la Banque populaire de Chine sont simplement moins discrets, plus "bruts de décoffrage".

Le FMI, par la voie de sa directrice Christine Lagarde, a tenu à rassurer Chine et investisseurs en assurant que le récent krach des actions ne menaçait pas l’intégration du yuan dans le club des DTS :

Nous pensons que l’économie chinoise est résistante et suffisamment forte pour supporter ce genre d’importantes variations sur les marchés.

La directrice du FMI a même dédouané Pékin pour ses interventions massives :

C’est un marché relativement jeune et il y a un élément d’apprentissage venant des acteurs de marchés, de ceux qui investissent […] et bien sûr des autorités. […] Personne ne doit être surpris qu’ils veuillent maintenir un marché en ordre […] c’est après tout le devoir de telles autorités.

Bref, krach chinois ou pas, l’intégration du yuan aux DTS est en cours. Réponse définitive très certainement d’ici la fin de l’année.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Pour le moment, nous l’avons vu hier, la Chine est obligée de maintenir le peg avec le dollar, ce qui l’empêche de jouer la dévaluation pour soutenir ses exportations et son économie. Mais que se passera-t-il quand elle n’aura plus cette obligation ? Quand elle sera parvenue à intégrer le club des DTS. Nous risquons d’assister à une évolution de la politique monétaire de Pékin.

L’autre conséquence notable, à moyen/long terme, d’une probable intégration, c’est que l’intérêt pour le yuan, les obligations et les actions chinoises va croître pour les investisseurs étrangers. Un mouvement que Pékin encourage en ouvrant des pans entiers de son économie et de sa finance. Là encore, un facteur haussier dont nous saurons profiter.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Un commentaire pour “Le yuan, les DTS… et la Bourse”

  1. Le yuan, ou comment ruiner le monde, tout comme l’Euro a ruiné l’Europe…

    On ne parle plus du dollars, là, mais d’un pays de 1,4 milliards d’habitants, qui imposerait sa loi au reste du monde !

    Un crash à Shangaï, et toute la planète dévisse ! C’est une folie…

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