Ignorez la Chine à vos risques et périls

Rédigé le 2 novembre 2015 par | Pays émergents Imprimer

Keith Fitz-Gerald

La Chine a annoncé ses nouveaux chiffres du PIB. La croissance est de 6,9%, alors que le monde entier attendait 7%, ce qui correspond aux prévisions officielles. L’annonce a provoqué force de :

… la Chine ralentit
… la Chine falsifie ses chiffres pour faire face à la pression politique
… la croissance chinoise est bien inférieure aux chiffres publiés
… oh mon Dieu !

Les médias ont passé leur temps à répéter que la Chine n’a pas atteint son objectif en matière de PIB comme s’il s’agissait d’une véritable information. Mais j’aimerais que vous leur prêtiez aussi peu d’attention que possible. C’est une perte de temps et un danger pour vos investissements.

Concentrez-vous plutôt sur les chiffres dont je vais vous parler aujourd’hui.

Pourquoi ?

Pour la simple et bonne raison que la Chine va être à l’origine des plus belles réussites des décennies à venir. Et, ce faisant, créer une nouvelle génération de millionnaires.

Dont j’aimerais que vous fassiez partie.

Ignorez la Chine à vos risques et périls
Dire que la Chine est finie est devenu le passe-temps préféré des commentateurs occidentaux. Malheureusement, rare sont ceux d’entre eux qui ont effectivement mis les pieds dans ce pays, sans parler d’y passer les décennies nécessaires à vraiment comprendre ce qui s’y passe.

Pour l’heure, leurs arguments sont aussi prévisibles que ridicules. Ces critiques affirment que le pays n’est pas démocratique, ou soulignent que la Chine est endettée jusqu’au cou. Son économie ralentit, elle ment sur les statistiques, et la « croissance » est soutenue artificiellement pour satisfaire à des objectifs politiques, voilà leur refrain.

Tout cela fait de la Chine un pays qui nous ressemble comme deux gouttes d’eau.

Washington manipule ouvertement l’ensemble des données présentées ensuite au public américain comme parole d’évangile. Il y a des ajustements saisonniers, des améliorations du coût de la vie et des modifications incessantes des modes de calcul.

Le gouvernement américain, par exemple, a changé la manière dont il calcule l’indice des prix à la consommation (IPC) plus de 20 fois au cours des 30 dernières années. Les statistiques concernant le travail sont calculées de six manières différentes par l’office américain des statistiques sur l’emploi (le Bureau of Labor Statistics). Le produit intérieur brut est gonflé ou dégonflé selon les cas et selon les années grâce à des « modifications méthodologiques ». Il est révisé sans arrêt.

La Fed manipule notamment ouvertement les données pour parvenir aux résultats souhaités. Par exemple, Mike Bryan, l’un des principaux économistes du département de recherche de la Fed d’Atlanta, se souvient que le présentateur, pour l’accueillir à son pupitre pendant une réunion de la Fed à Cleveland en 1991, avait annoncé « il est maintenant l’heure de voir ce que Mike va éliminer de l’IPC ce mois-ci » avant une discussion sur les influences déstabilisantes qui pourraient entrer en conflit avec la version officielle.

Stephen Roach, qui a travaillé pour la Fed dans les années 1970 et est aujourd’hui un membre de la faculté de Yale, affirme que la Fed a manqué le cycle inflationniste terrible des années 1970 parce qu’elle ne cessait de jouer avec l’IPC, excluant près de la moitié du panier de données de ses calculs, selon The Economist.

Toutes les nations de la planète effectuent des manipulations monétaires sous une forme ou sous une autre. Quand rien d’autre ne fonctionne, les puissances étatiques manipulent les données, et c’est vrai aussi bien ici qu’en Chine.

Démocratie et capitalisme à la chinoise
Mais mon « argument » favori, et de loin, est l’idée que la Chine ne peut pas réussir parce qu’elle n’est pas une démocratie. C’est une idée très populaire qui, malheureusement, trouve son origine dans l’ignorance, sans parler du populisme.

Pour les Chinois, un gouvernement est légitime lorsqu’il représente leurs intérêts suprêmes. C’est une philosophie qui trouve son origine dans des milliers d’années de confucianisme, et dans le concept de la supériorité de l’intérêt commun. Les Occidentaux, quant à eux, pensent que le gouvernement est légitime lorsqu’il est élu par les citoyens et qu’il reflète leurs intérêts individuels.

La plupart des Occidentaux sont surpris d’apprendre que la Chine est en réalité une démocratie depuis 1911, date à laquelle la révolution a fait naître une monarchie constitutionnelle suite à une décennie de construction des institutions sous le dernier règne des Mandchous. Les citoyens chinois élisent leurs dirigeants grâce à un système hiérarchique qui part des villages et des localités pour atteindre le Président et le Congrès National du Parti Communiste.

Cela étant dit, la Chine n’adoptera jamais notre version de la démocratie. Elle n’en a pas besoin.

Pour être tout à fait franc, personne, à part dans nos propres livres d’histoire, n’a jamais écrit qu’une société devait être démocratique pour être capitaliste. C’est une construction très pratique que nous avons créée et que la Chine n’a aucun intérêt à mettre en place. Elle a prouvé qu’elle était capable d’être à la fois communiste et capitaliste.

La centralisation du gouvernement est le modèle de fonctionnement en Chine depuis 220 av. J.-C. au moment de sa première unification par Qin Shi Huang, un argument soulevé à plusieurs reprises par Lee Kuan Yew, un grand homme d’Etat singapourien. L’héritage confucianiste chinois nécessite un haut niveau de confiance dans les institutions, la hiérarchie et le collectivisme.

Sur la seule base de l’éthique judéo-chrétienne, et avec ses racines issues de l’expansion intellectuelle des Lumières, notre héritage nécessite la sagesse des masses et la poursuite des libertés individuelles, même si celles-ci vont à l’encontre de l’intérêt collectif.

Etant donné l’état actuel des Etats-Unis, je pourrais affirmer sans rougir, comme le font beaucoup d’Américains, que notre « démocratie » n’existe plus. Elle s’est détériorée à tel point qu’elle est aujourd’hui une oligarchie. Des individus bien connectés peuvent maintenant manipuler la politique pour aller à l’encontre de la volonté de la majorité afin de servir leurs propres intérêts.

Voici pourquoi il est important de se concentrer sur l’ensemble de la situation et non sur des détails.

La plupart des Américains n’ont pas fait le calcul (mais ils devraient)
La plupart des Américains ne peuvent tout simplement pas comprendre que la Chine occupe aujourd’hui un rôle premier sur la scène mondiale. Le défi n’est pas simplement économique : il est également de nature idéologique.

Il faut ouvrir les yeux :
– L’économie chinoise est aujourd’hui 25 fois plus importante qu’elle ne l’était en 1990
– La Chine a créée 10 300 milliards de dollars l’an dernier… contre 1 900 milliards il y a 10 ans. (L’Amérique est le seul autre pays à avoir jamais atteint le seuil des 10 000 milliards de dollars, en 2000 selon The Economist).
– La Chine a créé 13,2 millions d’emplois urbains l’an dernier, contre 12 millions en 2007, lorsqu’elle est parvenue à une croissance du PIB de 14,2%.

Il s’ensuit donc que la Chine n’est PAS une économie en plein naufrage
En réalité, elle est en train de trouver son équilibre, et c’est ce qui fait dérailler les fameuses statistiques dont il est question ici.

Par exemple, les analystes occidentaux ont parfois utilisé les productions électrique et industrielle chinoise pour juger de l’activité économique du pays. Une bonne méthode, étant donné que les nations en pleine croissance, aux premiers stades du capitalisme, ont besoin de l’une pour alimenter l’autre.

Cependant, la production industrielle et l’industrie lourde reculent à mesure que les services croissent et que la consommation augmente. Manipulation ou pas, la consommation augmente et représentait 51,2% de la croissance chinoise en 2014, une augmentation de 3% par rapport à 2013. Il est logique que la part de la production lourde diminue lorsque la taille du gâteau augmente. Le ralentissement chinois ne devrait pas être source d’inquiétude : il est plutôt signe que la nation continue de se développer.

On me demande parfois d’expliquer le phénomène. La réponse peut sembler simple, mais c’est une impression trompeuse.

La Chine a aujourd’hui la plus grande classe moyenne au monde : elle est constituée de plus de 600 millions de personnes. Elle en comptera plus d’un milliard d’ici 2020.

C’est une question d’arithmétique.

La classe moyenne chinoise aura consommé environ 41 000 milliards de dollars de biens et de services, avec des dépenses annuelles qui vont passer de 2 000 milliards de dollars seulement en 2010 à plus de 6 000 milliards dans quatre ans, selon le Boston Consulting Group. Le PIB américain a été estimé à 17 940 milliards au milieu de l’année 2015, à titre de comparaison.

La plupart des Occidentaux refusent tout net d’accepter cette réalité parce qu’elle suppose une perte de leur hégémonie économique. Les gens refusent le changement parce qu’ils ont peur de l’inconnu ou qu’ils sont perturbés par une perte de sécurité qui peut être bien réelle ou simplement imaginaire. Pire encore, cependant, la croissance chinoise est une véritable gifle pour les convictions profondément ancrées des Occidentaux en matière de politique, de philosophie et de droits humains.

Mais rien de tout ça ne peut changer les choses.

Voilà pourquoi, lorsqu’il s’agit d’investissement, il faut réussir à mettre de côté ses émotions. Nous avons parlé de cela à de très nombreuses reprises, particulièrement dans le cas de la Chine.

L’empire du milieu peut se targuer de posséder le plus grand PIB du monde pendant 18 des 20 derniers siècles. Cela se produira à nouveau une fois que les consommateurs chinois décideront qu’ils ont également envie des choses que nous considérons comme acquises : des maisons, des voitures, de l’équipement ménager, des appareils électroniques, des voyages, et une éducation pour leurs enfants.

La meilleure manière de profiter de la situation est d’investir « en raison de la Chine » plutôt qu’en Chine
Le capitalisme de copinage et l’instabilité font partie intégrante de l’expérience chinoise aujourd’hui, tout comme c’était le cas lorsque l’économie américaine faisait ses premiers pas. Des reculs périodiques similaires à la panique financière de 1873 où à la panique de 1907 n’ont, par exemple, rien d’inattendu.

Même ainsi, les chiffres, pour paraphraser Jim Cramer de CNBC, font passer tous ceux qui ont leurs doutes sur la Chine pour « de parfaits abrutis ».

Je suis d’accord.

Les marques américaines, notamment, continuent de très bien réussir en Chine, et si vous voulez vraiment comprendre ce qui s’y passe, c’est une excellente unité de mesure. Oubliez les données industrielles antiques que les autres considèrent comme importantes.

Nike Inc., par exemple, a récemment fait état d’une augmentation de 30% de ses ventes par rapport à l’an dernier en Chine, avec un total de près de 886 millions de dollars… malgré des soucis liés aux devises, un ralentissement et les questions macroéconomiques qui font hurler les critiques. Ses bénéfices y ont fait un bond de 51% par rapport à l’année précédente, avec 330 millions de dollars.

Le segment Asie/Pacifique de Starbucks Corp. connaît une croissance annuelle de 15%, malgré une densité de magasins nettement inférieure à celle dont l’entreprise bénéficie en Amérique et le fait qu’elle ne contribue qu’à hauteur de 12% au chiffre d’affaires total dans le monde. Le chiffre d’affaires pour le troisième trimestre a progressé de 11%, soit 7% de plus que l’année précédente. La campagne « Starbucks for Life » a atteint près d’un milliard de Chinois ainsi que d’innombrables expatriés qui connaissaient déjà la marque en arrivant en Chine.

La demande chinoise a aidé Apple Inc. à obtenir un lancement record pour son iPhone 6s, vendu à 13 millions d’exemplaires : la Chine représentait à elle seule 2,4 millions d’unités. Le PDG, Tim Cook, a indiqué en août dernier que l’entreprise continuait de connaître une croissance « forte » dans la région. La Chine représente déjà près de 30% des ventes mondiales, un chiffre qui pourrait doubler au cours des cinq prochaines années, ce qui ferait de la Chine, et non des Etats-Unis, le marché le plus important pour Apple.

Il y a littéralement des dizaines d’entreprises américaines et européennes qui vendent des objets à forte marge en Chine parce que a) les marchés ont trop de potentiel pour que nous puissions nous permettre de les ignorer et b) les consommateurs chinois ont beaucoup d’argent disponible.

Ce ne serait pas le cas si l’économie était en train de couler.

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