La Chine et l’Australie sont dans le même bateau… Qui tombe à l’eau ?

Rédigé le 29 juin 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

On appelle souvent l’Australie « le pays chanceux ». L’expression est appropriée. L’Australie a la chance d’avoir des terres abondantes, d’immenses ressources de minerais, de vastes zones de pêche, des frontières et des ports sûrs, et une main-d’œuvre hautement qualifiée.

L’Australie n’a pas vécu de récession depuis 25 ans, période au cours de laquelle ont eu lieu plusieurs crises financières et économiques mondiales. Pour toute économie développée du monde moderne, il s’agit là d’une période d’expansion record.

Mais les avantages s’accompagnent souvent d’inconvénients cachés, et l’Australie n’y échappe pas. L’essentiel de la croissance enregistrée par l’Australie est alimenté par des exportations à destination d’un seul client : les ventes de matières premières à la Chine. L’économie et la monnaie australiennes sont donc extrêmement vulnérables aux revers de fortune de la Chine.

Les problèmes de la Chine sont graves, et sa capacité à soutenir sa monnaie et son économie moyennant toujours plus de dettes arrive à son terme. Lorsque les bulles chinoises éclateront, l’économie australienne sera la première à en ressentir les répercussions.

L’Australie est un pays riche mais, pour une économie de cette dimension, il n’a pas atteint un niveau de diversification économique approprié. L’économie australienne se concentre démesurément sur ses exportations de minerais de fer, d’or, de gaz naturel, de cuivre, de viande bovine et d’autres denrées et produits agricoles à destination de la Chine, dont elle dépend tout aussi démesurément. En résumé, lorsque la Chine ralentit, l’Australie freine des quatre fers.

L’état réel de l’économie chinoise, derrière les chiffres officiels

Dernièrement, l’économie chinoise a enregistré de bonnes performances, selon des statistiques officielles. Toutefois, cela appelle deux mises en garde majeures.

D’abord, les statistiques officielles sont de fausses informations et ne sont pas fiables. Certaines études émanant d’organismes privés, tels que Caixin Global et China Beige Book, révèlent une économie bien plus faible ainsi qu’une importante décélération de la croissance.

Dans les rapports officiels et privés relatifs à la croissance chinoise, les chiffres sont gonflés par des investissements essentiellement gaspillés. Il s’agit notamment de ces « villes fantômes » tristement célèbres, remplies d’appartements et de gratte-ciels vides, construites par centaines dans toute la Chine, ainsi que de projets d’infrastructure ruineux, qui pourront servir mais ne génèreront jamais assez de revenus pour amortir leur coût.

Si la véritable croissance chinoise était corrigée de la proportion d’argent gaspillé, l’économie n’afficherait qu’une croissance d’environ 3,9%, au lieu des 6,7% par an officiellement publiés.

Mais il y a plus grave. Le peu de croissance que la Chine a pu générer a pour principal moteur l’endettement. Il s’agit de dettes souscrites par des entreprises, des provinces et des banques, également via le système financier parallèle (shadow banking) et sous forme de soi-disant « produits de gestion de fortune » (« WPM », acronyme de wealth management product) vendus à des investisseurs particuliers, et qui ressemblent fort à un montage Ponzi. C’est tout le sujet du dernier numéro de notre lettre Intelligence Stratégique, d’ailleurs.

Dettes et dévaluation, les deux outils de Pékin

Certains optimistes ne voient pas pourquoi la bulle de la dette chinoise ne pourrait pas tout simplement se poursuivre. Mais même cette hypothèse fantaisiste ne tient pas. La Chine pourrait émettre davantage de dettes, mais le ratio dette/croissance ne cesse de baisser. De plus en plus de dette est nécessaire pour générer de la croissance de plus en plus infime. Les économistes observent une baisse des rendements marginaux. A un certain point, les rendements deviennent négatifs, de sorte que non seulement l’augmentation de la dette ne génère aucune croissance, mais elle la détruit. La Chine en est pratiquement là.

Et il y a pire encore. Au cours des derniers trimestres, une partie de la croissance réelle de la Chine a été générée par la déflation. Cela signifie que la croissance nominale est inférieure à la croissance réelle, qui est boostée par la chute des prix. C’est l’exact opposé de la situation habituelle, où la croissance nominale est supérieure à la croissance réelle en raison de l’inflation.

On pourrait argumenter que la croissance réelle reste une croissance réelle, et peu importe qu’il y ait de la déflation. Non ? La réponse est la suivante : la croissance est peut-être bien réelle mais la dette, elle, est nominale. L’inflation diminue la valeur réelle de la dette alors que la déflation l’augmente. La croissance réelle générée par la déflation n’allège pas le poids de la dette, elle l’alourdit ! A tous points de vue, la Chine s’oriente vers le plus grand krach du crédit de toute l’histoire.

En plus de l’endettement, la Chine tente de faire tourner ses moteurs de croissance avec la dévaluation monétaire. Un yuan (CNY) faible rend les exportations chinoises plus compétitives mais génère de l’inflation importée (les produits importés coûtent plus cher), ce qui peut théoriquement générer une croissance nominale, si elle n’est pas réelle.

Quand la dévaluation chinoise devient un séisme mondial

Mais la Chine ne vit pas en vase clos. Il s’agit de la deuxième économie mondiale, et son principal partenaire commercial sont les Etats-Unis. Ces deux économies sont liées de façon inextricable.

Lorsque la Chine a tenté une dévaluation-choc le 10 août 2015, les actions américaines se sont effondrées de 11% en trois semaines, obligeant la Fed à reporter de trois mois le relèvement des taux qu’elle avait programmé.

Lorsque la Chine a tenté une nouvelle dévaluation en décembre 2015, petit à petit, cette fois, une dévaluation « furtive » en quelque sorte, les actions américaines se sont à nouveau effondrées de 10% sur six semaines, entre début janvier et début février 2016. Une fois de plus, la Fed a dû reporter les relèvements de taux qu’elle avait programmés pour mars et juin 2016, afin de réparer les dégâts provoqués par la Chine.

Depuis, sous la pression des Etats-Unis et du FMI, la Chine a maintenu le yuan à un niveau stable. Cela a réduit le chaos sur les marchés financiers mondiaux mais cela a privé la Chine de l’un des leviers dont elle se sert pour générer de la croissance économique.

L’Australie, victime collatérale de la Chine

Pourquoi analysons-nous la situation chinoise pour établir des prévisions concernant l’économie australienne ? C’est facile. Pour l’Australie, tout repose sur la Chine. Pour l’Australie, quand l’économie chinoise se cassera la figure – ce qui, selon nous, devrait se produire dans le courant de l’année – ce sera la fin de ce parcours de 25 ans sans récession.

Comme l’indique le graphique ci-dessous, le cours croisé du dollar australien et du dollar américain (AUD/USD) est extrêmement sensible à la force ou à la faiblesse de l’économie chinoise. Ce n’est pas surprenant car l’Australie est la principale source de matières premières pour la Chine, et la Chine est le principal marché à l’exportation de l’Australie. En Australie, la faiblesse de la croissance chinoise se traduit immédiatement par des licenciements et des fermetures de mines, et par un affaiblissement du dollar australien.

Australie

Les deux dévaluations chinoises (août 2015 et décembre 2015) ont provoqué une forte baisse de la paire AUD/USD, comme l’indique le graphique.

Le dollar australien s’est bien repris en 2016, conjointement à la stabilité du yuan et de la reflation chinoise alimentée par le crédit.

A quoi l’Australie peut-elle s’attendre, à l’avenir ?

L’économie australienne est extrêmement dépendante de l’économie chinoise. Or les perspectives chinoises ne sont pas bonnes.

La Chine a dû instaurer le contrôle des capitaux et relever les taux d’intérêt (au diapason de la Fed) afin de défendre le peg de sa monnaie vis-à-vis du dollar US. Ces politiques ne sont pas tenables. La Chine devra rétablir la libre circulation des capitaux ou, sinon, les investissements directs étrangers et les investissements boursiers se tariront. Pourquoi placer de l’argent en Chine si l’on ne peut l’en faire ressortir ?

La Chine devra également abaisser ses taux d’intérêt, indifféremment de ce que fait la Fed, afin d’éviter la faillite des entreprises d’état très endettées et non rentables. Si ces sociétés fermaient, le chômage flamberait, ce qui serait très déstabilisant du point de vue politique.

Comment la Chine va-t-elle éviter d’être à court de liquidité, dans ses réserves, si elle rétablit la libre circulation des capitaux et qu’elle abaisse les taux d’intérêt ? Il n’y a qu’une seule façon d’y parvenir : une maxi-dévaluation du yuan. Lorsque le yuan sera dévalué de 10 à 20%, le dollar australien dégringolera à 0,70 (AUD/USD) et ira probablement encore plus bas.

Quand cela va-t-il se produire ? Pas avant le mois d’octobre. C’est à cette date, probablement, que se tiendra le Congrès du Parti communiste chinois. Le président chinois, Xi Jinping ne veut pas « faire tanguer le navire » avant cette date qui devrait le confirmer à la tête du pays. Cependant, une fois que le congrès refermera ses portes et que Xi aura consolidé sa position, la voie sera dégagée pour dévaluer le yuan.

D’autres événements cruciaux se préparent également et devraient se produire dans le courant de l’année. Ils pénaliseront l’économie chinoise. Il s’agit notamment de confrontations avec Donald Trump autour des subventions commerciales chinoises et des manipulations monétaires, et de la probabilité d’une guerre entre les États-Unis et la Corée du Nord, à laquelle la Chine s’oppose. [NDLR : Dans Alerte Guerre des Devises, Jim Rickards et Gaël Deballe vous proposent un trade sur la paire AUD/USD qui offre aujourd’hui un excellent point d’entrée pour profiter des bouleversements à venir. A découvrir dans la dernière Alerte Guerre des Devises]

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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