La Chine a t-elle toujours le monopole des terres rares ?

Rédigé le 20 novembre 2012 par | Nouvelles technologies Imprimer

La crise aidant, on en aurait presque oublié que la Chine produit encore 95% des approvisionnements de terres rares dans le monde. Souvenez-vous, les terres rares sont cet ensemble de 17 métaux qui sont la clé d’un grand nombre de technologies censées nous sortir de la crise.

Les terres rares ont quitté le champ médiatique tout simplement parce que les prix ont plongé depuis le printemps 2011.

 

 

Indice Terres Rares de Bloomberg

Alors que les experts revenaient régulièrement sur le danger d’une pénurie pour nos industries, cette chute brutale a fait s’évaporer tous les craintes et les fantasmes que cette pénurie avait créés.

La cause de cette baisse, ce sont les efforts des minières hors Chine pour relancer l’exploitation. Etats-Unis, Australie, Madagascar, Malaisie… de nombreux projets ont été lancés. Ils allaient sonner le glas de la domination chinoise. Et effectivement, la part de la production hors de Chine devrait croître dans les années à venir.

Production de terres rares, en tonnes
Source : Dudley Kingsnorth/Industrial minerals Co of Australia

Pourtant, on se rend compte que la part de la Chine dans la production de terres rares va rester considérable dans les années à venir. Surtout, Pékin vient récemment de montrer qu’il n’avait pas l’intention de perdre son emprise sur le marché.

C’est justement cette domination qui me pousse aujourd’hui à revenir sur le marché des terres rares. Le pouvoir de la Chine pourrait bien une nouvelle fois nous profiter. Voici mon conseil pour profiter de la tendance haussière du marché.

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Plus grave et plus profonde que la crise financière, cette crise pourrait bien surprendre tous les consommateurs du monde entier — en même temps : la pénurie de certaines matières premières.

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Le Japon sécurise ses approvisionnements
S’il est un pays qui a réellement souffert de la mainmise de la Chine sur les terres rares, c’est le Japon. Temple de la technologie, son accès aux terres rares est vital pour son économie. 90% de ses approvisionnements venaient jusqu’à récemment de Chine. En 2010, alors que Tokyo était en pleine crise diplomatique avec Pékin, son économie a vu subitement ses importations de terres rares se réduire. Depuis, le pays a véritablement parcouru le monde pour diversifier ses importations :

  • Au Kazakhstan

L’entreprise japonaise Sumitomo a signé un accord avec le géant kazakh de l’uranium Kazatomprom pour former une joint-venture, Summit Atom Rare Earth Company (SARECO), qui mettra en production un gisement de terres rares à Stepnogorsk. Il produira notamment du dysprosium et du néodyme.

  • En Inde

La branche trading de Toyota, Toyota Tsusho, a conclu il y a quelques jours un accord avec une compagnie indienne pour acheter 4 100 tonnes de terres rares par an. C’est à peu près 10% de la consommation de terres rares chinoises.

  • Au Canada

Toyotsu Rare Earth Canada, une filiale de Toyota Tsusho, a signé un accord avec la minière Matamec Exploration pour posséder une part dans le gisement de terres rares de Kipawa. Ce gisement présente l’avantage de posséder des terres rares « lourdes », c’est-à-dire les terres rares les plus recherchées.

Résultat, Yukio Edano, le ministre de l’Economie, du commerce et de l’industrie, a annoncé lundi 12 novembre que le Japon ne comptera plus qu’à hauteur de 50% sur la Chine pour ses importations d’ici mi-2013.

Mais cette diversification n’empêchera pas la Chine de rester leader sur le marché. Si Pékin pèsera moins sur les approvisionnements en terres rares, sa position de producteur dominant lui donne encore le pouvoir d’influencer les tarifs. Or le pays n’a pas hésité récemment à prendre des mesures destinées à soutenir les prix.

La Chine entend bien rester la vigie du marché
Les groupes chinois de terres rares ont été frappés durement par la baisse de la demande, du fait de la diversification japonaise et d’une demande globale en berne. Le leader du secteur Baotou Steel Rare-Earth a affiché au troisième trimestre 2012 une chute de 90% de ses résultats comparés au troisième trimestre 2011 !

La firme a ainsi annoncé qu' »afin de stabiliser le marché et équilibrer l’offre et la demande, Baotou arrêtera ses opérations de fonderie et de séparation à partir du 23 octobre ». Le mouvement a été suivi par la compagnie Aluminum Corporation of China’s Jiangsu ce mois-ci, qui a également décidé d’arrêter ses activité de fonderie et de séparation.

Pékin a également décidé d’intervenir directement sur le marché. Les autorités ont annoncé qu’elles allaient imposer de nouvelles règlementations aux producteurs de terres rares. Cette décision doit permettre de relever les prix, car elle va entraîner la fermeture de 20% des capacités de production des firmes chinoises.

Si l’on ajoute les effets de la constitution de stocks stratégiques de terres rares par Pékin, on peut affirmer que la Chine devrait au minium réussir à stabiliser les prix des terres rares. Selon les médias chinois, les prix auraient même commencé à remonter.

Mon conseil
La stabilisation des prix des terres rares est une bonne nouvelle pour toutes les petites minières qui sont actuellement engagées dans le développement d’un gisement hors de Chine.

Pourtant, choisir la bonne minière reste compliqué, car l’exploitation des terres rares reste long, coûteux, et d’un point de vue environnemental risqué. Le projet d’exploitation hors Chine le plus avancé, celui de Lynas en Malaisie, se heurte périodiquement à des blocages politiques qui retardent le projet.

A mon avis, le Canada, du fait de sa grande expérience dans les activités minières et de législation stable, est le marché le plus intéressant pour investir actuellement. Je vous conseille ainsi de garder un oeil sur des minières comme Matamec, cotée à Toronto, ou Quest Rare Minerals, cotée à New York.

 
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2 commentaires pour “La Chine a t-elle toujours le monopole des terres rares ?”

  1. Le titre de l’article est trompeur, car la Chine est toujours le pays qui produit plus de 95% des terres rares dans le monde. Que les pays occidentaux et le Japon se mettent à rechercher d’autres gisements et à signer des accords , joint-venture et autres, c’est très bien, mais non suffisant. Vous faites bien de rappeler les problèmes de Lynas en Malaisie, mais en expliquer les raisons permettrait d’éclairer les lecteurs. En effet, le minerais traité, ou plutôt à traiter en Malaisie, est extrait en Australie. Pourquoi le traiter en Malaisie?
    C’est la réponse à cette question qui me permets de dire que la Chine restera encore longtemps premier producteur de terres-rares.
    En effet, la réponse à cette question est la suivante : Le traitement du minerais de terres-rares n’est pas autorisé en Australie à cause des pollutions probables tant chimiques que radioactives. Tant que le thorium ne sera pas utilisé industriellement (ex. dans le nucléaire), le problème de traitement de ces minerais se heurtera à l’hostilité des populations environnante, et ce partout dans le monde.

  2. Monsieur,

    Je vous remercie pour votre commentaire. Je partage votre opinion, la contrainte environnementale est le principal obstacle à la production de terres rares.
    Je continuerai simplement cette logique. Si elle est à l’origine du blocage des activités de Lynas en Malaisie, elle est également en train de devenir une préoccupation grandissante en Chine. La réduction des quotas d’exportations de terres rares l’année dernière est également le fait d’une contrainte environnementale plus forte, qui a conduit le pouvoir à faire fermer de nombreux de sites de production artisanaux.

    Mon avis est que les pays qui sont en train de relancer la production sont tous conscients du risque, ce qui participe à ralentir la réouverture des sites. C’est le cas des Etats-Unis. De plus, les pays ayant abandonné leur activités minières n’ont plus la main d’œuvre qualifiée qui pourrait gérer ce risque. Si j’ai cité le Canada à la fin de mon article, c’est justement parce que je pense que l’expérience du Canada dans la mine lui permettra d’avancer plus vite, et de concurrencer à terme la Chine.

    Cordialement
    Florent Detroy

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