Le charbon est-il une carte pour jouer le Trump Trade ?

Rédigé le 30 mai 2017 par | Matières premières & Energie Imprimer

Parmi les sujets qui ont fâché lors du G7 qui a eu lieu la semaine dernière en Sicile : l’accord de Paris. Cet accord prévoit des efforts afin de réduire le réchauffement de la planète à moins de deux degrés supplémentaires par rapport à l’ère préindustrielle, et ce d’ici 2100.

Donald Trump, qui n’a jamais caché son scepticisme à la fois sur les causes anthropiques du réchauffement climatique et sur l’accord de Paris en lui-même, a refusé – contrairement aux six autres membres du G7 – de réaffirmer son engagement à le respecter. Un refus qui n’est certes pas définitif – le président américain rendra sa décision dans les jours qui viennent – mais qui est de mauvais augure. Les Etats-Unis semblent de moins en moins prêts à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Trump s’engage… pour le charbon

L’ère Trump s’est même ouverte par des engagements forts… en faveur des principaux accusés sur le banc du réchauffement climatique, dont le charbon et les autres énergies fossiles.

Comme vous le disait Gerald Celente dans une précédente Quotidienne, le budget proposé par Trump pour 2018 prévoit des coupes claires (-70% environ) dans le budget de la recherche consacrée aux énergies renouvelables ou plus propres.

Le charbon « propre » fait partie des victimes désignées. Selon le Washington Post, le Fossil Energy Research and Development program, un programme de recherche sur la réduction, la capture et le stockage du carbone, verra ses financements réduits de 55% en 2018 par rapport à 2017.

Non seulement le budget Trump délaisse les énergies renouvelables et les efforts entrepris – en particulier sous l’impulsion d’Obama – pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais le nouveau président américain s’est fortement engagé en faveur des énergies traditionnelles.

Le 29 mars dernier, Trump a signé un décret sur l’indépendance énergétique qui revient sur certaines des mesures décidées sous l’ère Obama, et en particulier sur le Clean Power Plan qui imposait aux centrales thermiques une réduction de 32% de leurs émissions de CO2 par rapport à leur bilan de 2005. Une réduction qui aurait dû être mise en place d’ici 2030.

Les centrales à charbon étaient particulièrement visées et le Clean Power Plan avait favorisé les recherches autour du charbon « propre », dans lequel le CO2 émis est capté et stocké. Vous aurez remarqué que j’utilise des guillemets pour « propre ». La raison en est simple : la notion même de charbon propre est régulièrement remise en cause par les défenseurs de l’environnement qui pointent son inefficacité. Mais passons.

Les mines de charbon étaient aussi dans le collimateur de l’administration Obama qui avait, par exemple, imposé le Stream Protection Rule destiné à limiter les rejets miniers (en particulier de métaux lourds) dans les cours d’eau. Là encore, Trump est passé par là et a supprimé cette pourtant faible protection de l’environnement des effets de la mine.

Autant de décisions qui font passer un message clair que je résumerai ainsi (et de manière assez impolie) : « Fuck Mother Nature« .

Faut-il miser sur le charbon ?

Trump a beau déclarer son amour au charbon (et au pétrole), celui-ci ne s’en porte pas vraiment mieux.

Un coup d’oeil au parcours boursier de l’ETF VanEck Vectors Coal (KOL:NYSE) nous le confirme. 2016 a été une année assez fantastique pour le charbon, qui revenait de loin. Avant même qu’une victoire de Trump ne soit envisagée, le charbon s’est envolé alors que la Chine coupait sa production sans (encore) réduire sa demande.

KOL

La victoire de Trump a bien eu un effet sur le cours du charbon (en novembre) et, de nouveau, en mars au moment de la signature du décret sur l’indépendance énergétique. Et certains de rêver alors d’un nouvel âge d’or pour le charbon. Ont fleuri les recommandations d’investissement sur la houille américaine.

Alors, faut-il miser sur le charbon ?

Ma réponse va être simple : à moyen comme long terme, non.

Revenons à l’évolution de notre ETF. Entre les pics de novembre 2016 et de mars 2017, il a plutôt stagné… et a même perdu près de 15% depuis mars.

Ceux qui voudraient faire un « Trump Trade » en pariant sur une poursuite de la hausse du charbon pourraient se heurter à la réalité d’un marché qui est en train de tourner la page de la houille.

Le déclin du charbon semble difficile à arrêter. Sa part dans la production électrique américaine ne cesse de se réduire (passant de plus de 50% en 2005 contre 33% en 2015) :

Mix USA

La production américaine est elle-aussi en plein déclin. En 2015, elle chutait de 10% pour retrouver ses plus-bas niveaux datant de 1986.

Warren Buffett a prononcé une quasi-oraison funèbre pour le charbon début mai lors de l’assemblée générale annuelle de sa holding Berkshire Hathaway. « Le charbon va continuer à décliner. Je ne pense pas qu’il y ait un doute là-dessus », a-t-il déclaré.

Qui pour prendre la place du charbon ?

Tout d’abord le gaz naturel, dont la part dans le mix énergétique américain ne cesse de progresser. Voilà un investissement dont l’avenir est plus assuré que celui du charbon.

Ensuite, les énergies renouvelables ont évidemment une carte à jouer. Malgré les décisions prises au niveau fédéral, consommateurs et dirigeants américains sont de plus en plus sensibles aux énergies plus vertes. La plupart des États américains (une trentaine) ont ainsi voté des réglementations imposant l’augmentation de la part du renouvelable dans la production électrique.

Comme l’expliquait très bien Gerald Celente, la décision de Trump de ne plus soutenir les énergies renouvelables et alternatives va même avoir des effets positifs. Sans aides financières fédérales, le solaire va devoir accélérer sa course vers la rentabilité, et ce en améliorant son efficacité et en baissant le coût des installations solaires. Un solaire rentable est déjà possible dans les États les plus ensoleillés, l’objectif est donc atteignable.

Je vais encore une fois citer Gerald mais il me semble qu’il a raison en décrivant le passage aux énergies renouvelables et alternatives comme une lame de fond que même un président américain ne peut arrêter.

Et ce d’autant plus, que l’autre super-puissance de la planète, la Chine, a pris une direction toute différente de celle de Trump. C’est ce que nous verrons dans une prochaine Quotidienne.

En attendant, n’oubliez pas que Gerald et Ray Blanco vous ont recommandé une valeur solaire américaine à fort rendement pour profiter du développement du secteur aux États-Unis. A retrouver, vous vous en doutez, dans NewTech Insider.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

Un commentaire pour “Le charbon est-il une carte pour jouer le Trump Trade ?”

  1. Bonjour,
    Pourquoi le charbon polluerait-il plus que le gaz naturel? Vous avez déjà senti un bus qui roule au gaz ? Cà pue!

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