Ruée vers les United States of Cannabis

Rédigé le 29 octobre 2014 par | Matières premières & Energie Imprimer

Il y a quelques semaines, un de mes collègues m’a proposé une thématique d’investissement pour Croissance & Opportunités : le vice. Une idée qui m’a au premier abord littéralement fait tomber de ma chaise.

Premièrement parce que j’aime à me croire une investisseuse "raisonnable". Je n’irai pas jusqu’à dire éthique ou morale parce qu’il est quasiment impossible d’investir dans une société pour laquelle, en cherchant un peu, on ne trouve pas des conséquences sociales, écologiques ou politiques douteuses ou du moins discutables. Investir de manière parfaitement éthique est donc un véritable casse-tête.

Investir "éthique" ?
Prenons un exemple, dans le dernier numéro de Croissance & Opportunités, je vous recommande une société que je trouve absolument enthousiasmante et qui est spécialisée dans les drones mais aussi dans des véhicules fonctionnant à l’énergie solaire ou à l’hydrogène.

Le problème, c’est que jusqu’à présent, les drones fabriqués par cette société prenaient la direction… de l’armée américaine. Pour quelqu’un qui ne se sent pas vraiment à l’aise avec l’investissement dans l’armement, c’est un léger hic difficile à oublier.

Alors certes, certes, les drones fabriqués par cette société ne sont pas des drones de combat mais uniquement de surveillance, et certes, certes, sa croissance future devrait reposer de plus en plus sur les usages civils de ces machines volantes, mais tout de même.

Et pourtant, les produits proposés par cette société sont tellement innovants – à tout point de vue – et je suis tellement persuadée que ce constructeur a un brillant avenir devant lui, que je suis passée outre mes réticences initiales et que la valeur a rejoint le portefeuille de Croissance & Opportunités.

Tout cela pour dire qu’il n’est pas toujours évident de faire cohabiter investissement, morale, éthique, doutes, etc.

Il existe une "drogue" considérée comme légale dans de plusieurs Etats et dont l’intérêt thérapeutique a été démontré scientifiquement

Parmi les investissements sur le vice proposé par mon collègue, il y avait la drogue. Vous allez me dire que les questions d’éthique ne se posent pas. La drogue, c’est illégal, point. Sauf qu’il existe une "drogue" considérée comme légale dans de plusieurs Etats et dont l’intérêt thérapeutique a été démontré scientifiquement. Cette substance, vous l’aurez deviné, c’est le cannabis.

De l’illégal au légal…
Sa culture et sa commercialisation ont été autorisées en janvier dernier dans l’état du Colorado et en juillet dans celui de Washington. Seuls les magasins détenant un permis délivré par l’Etat peuvent vendre le fameux produit dérivé du chanvre (aux individus âgés de plus de 21 ans et en respectant certaines doses limites).

Pour l’Etat de Washington, cette légalisation complète doit permettre non seulement de lutter contre le marché noir mais aussi de s’assurer de nouvelles ressources fiscales. En effet, la vente de marijuana est copieusement taxée – à hauteur de 44% – et devrait rapporter 2 milliards de dollars en 5 ans au gouvernement local.

Le Colorado a quant à lui récupéré 3,5 millions de dollars sur le seul mois de janvier 2014

Le Colorado a quant à lui récupéré 3,5 millions de dollars sur le seul mois de janvier 2014. Des ressources qui devraient évidemment se tasser au fur et à mesure que d’autres états légalisent le cannabis.

Attirés par cette manne, l’Oregon mais aussi le Vermont réfléchissent ainsi sauter le pas.

United States of cannabis
La marche vers la légalisation du cannabis – soutenue par plus de 40% d’Américains – ne date pas d’hier. La Californie a été le premier Etat à autoriser les usages thérapeutiques (mais non pas récréatifs) de la marijuana, et ce en 1997. Aujourd’hui, 22 Etats lui ont emboîté le pas.

Et comme il n’est pas vraiment difficile se faire prescrire la fameuse plante (il suffit souvent d’affirmer souffrir de "douleurs chroniques"), la vente légale de cannabis gagne progressivement tous les Etats-Unis. Rien qu’au Colorado, en 2012, ce sont plus de 100 000 personnes qui avaient obtenu une carte leur autorisant le cannabis médical.

En quelques mois, c’est une véritable industrie du cannabis qui s’est mise en place

La très prolifique industrie de la marijuana
Une mutation qui n’a pas échappé aux investisseurs et hommes d’affaires de tous poils. En quelques mois, c’est une véritable industrie du cannabis qui s’est mise en place. On estime ainsi à 100 millions de dollars, le montant des investissements qui se sont rués vers ce paradis (artificiel).

Oubliez donc l’image du hippy cultivant avec amour et passion quelques plans dans une ambiance de patchouli et de chants tantriques ; la culture du cannabis est passée à l’ère industrielle. Les plants sont de plus en plus cultivés dans d’immenses hangars, irrigués et survivant grâce à de la lumière artificielle. On repassera pour le respect de l’environnement…

De nombreuses sociétés se sont aussi créées pour exploiter le phénomène et l’engouement. Les médias financiers se sont jetés dans la bataille soit ventant les mérites – et les bénéfices attendus – de cette nouvelle industrie soit dénonçant une nouvelle bulle.

Quelques 250 sociétés se réclamant du business de la marijuana sont apparues aux Etats-Unis. 60 d’entre elles sont même cotées, soit sur le marché OTC (de gré à gré) soit sur des marchés secondaires.

Signe de l’enthousiasme des investisseurs, qui n’ont manifestement pas eu besoin d’abuser du cannabis pour se sentir pousser des ailes, en février dernier, cet index s’envolait de 125%

Un index regroupant les valeurs du secteur a ainsi été créé, le Marijuana Index (^MJIC). Signe de l’enthousiasme des investisseurs, qui n’ont manifestement pas eu besoin d’abuser du cannabis pour se sentir pousser des ailes, en février dernier, cet index s’envolait de 125%.

Et depuis ? Bonne question, cher lecteur. Voici ce que cela donne en graphique depuis la création de l’indice en 2010…

index Marijuana 1

… Et depuis un an :

index marijuana 2

Je vous laisse méditer sur ces deux graphiques et les "énormes" possibilités du secteur et nous nous retrouvons dès demain pour poursuivre notre plongée dans le monde du pétard…

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

5 commentaires pour “Ruée vers les United States of Cannabis”

  1. C’est évident que c’est illicite non?

  2. Le cannabis provoque des effets secondaires effrayants. http://www.drogues-dependance.fr/cannabis-effets_et_dangers.html
    L’avidité devrait avoir des limites. Promouvoir le cannabis en fait partie. Je suis membre d’une association qui met en garde les jeunes face à une drogue insinuante, que ses prosélytes qualifient de « récréative ». 100% des victimes de drogues dures ont commencé par le cannabis. C’est la porte d’entrée. Le premier pavé de l’enfer. Organiser la promotion de ce que vous appelez avec désinvolture « le chanvre » relève de l’inconscience criminelle. Je pèse mes mots et je suis prêt à vous affronter sur le sujet.

  3. Je vais même ajouter un fait qui a dû vous échapper – étant donné que mon commentaire précédent sera probablement censuré. Pourquoi croyez-vous que les Etats aient fait preuve d’un tel laxisme envers les dealers de cannabis ? Parce que, voyez-vous, ces petits criminels de banlieue ont préparé des générations de clients : il ne reste plus à Big Pharma qu’à récupérer cette pratique addicte. Du bon boulot… qui sonnera la fin de la civilisation. Si vous voulez voir les ravages que provoque la drogue légalisée, allez faire un tour au Yemen, pays des mâchouilleurs de qat…

  4. Cher lecteur,

    Comme vous en avez certainement pris conscience, vous avez lu un article économique. A aucun moment je ne fais la promotion du cannabis ou de quelques autres substances que ce soit (même si on doit trouver dans certains de mes articles des allusions au fait qu’il m’arrive de boire du vin — je vous laisse contacter la ligue antialcoolique à ce sujet).

    Je m’intéresse à l’aspect purement économique d’une activité qui a été rendue légale aux Etats-Unis et qui a suscité l’enthousiasme de certains investisseurs.

    J’espère que vous m’accorderez la liberté de faire mon travail (mettre les lecteurs en garde contre les risques liés à l’investissement dans le cannabis), tout comme vous avez la liberté de faire le vôtre (les mettre en garde contre l’usage de ce produit).

    Très cordialement,
    Cécile Chevré

  5. Chère Cécile Chevré.

    Merci d’avoir pris la peine de répondre.

    Quand vous achetez des actions de sociétés promouvant le cannabis vous encouragez d’autres sociétés à promouvoir du cannabis. Que vous le vouliez ou non, vous alimentez ce commerce de mort. Je suis désolé d’utiliser ces termes, mais c’est la stricte vérité. Quand un adolescent dans votre entourage sombrera dans la drogue, vous y repenserez.

    Pour l’alcool : après « une cuite » l’alcool disparaît de l’organisme en une journée. Il faut 70 jours pour que le principe actif du cannabis soit évacué par le corps. Dans cette période, même s’il n’a pas fumé, le consommateur peut à tout moment, parfois même au volant, se retrouver dans les « vapes » tout comme s’il venait de fumer. Ce fait est en permanence passé sous silence.

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