Bulle Internet vs. bulle des cryptomonnaies

Rédigé le 23 août 2017 par | A la une, Bitcoin et cryptomonnaies, Nouvelles technologies Imprimer

Septembre approche à grand pas, cher lecteur, et sans être superstitieux, difficile d’oublier qu’il y a maintenant neuf ans commençait la seconde phase de la crise financière de 2007-2008. La crise des subprime, déclenchée en juillet 2007, se transformait en crise bancaire et financière avec la liquidation de Lehman Brothers et la nationalisation de Fanny Mae et Freddy Mac.

Evidemment, en bons superstitieux, il y a de grandes chances pour que notre niveau d’angoisse atteigne son paroxysme en septembre 2018, au moment de l’anniversaire des 10 ans de la chute de Lehman Brothers. Il serait bien urbain de la part des marchés financiers d’attendre donc encore un an avant de passer en mode krach.

En se penchant sur l’histoire de cette crise de 2007 et 2008, l’enchaînement des causes et des signaux prémonitoires saute aux yeux. Evidemment, c’est toujours plus facile – voire flagrant –  a posteriori. Et beaucoup plus compliqué a priori.

Je suis sûre que les historiens de la prochaine crise financière jetteront sur elle le même regard que nous posons sur celle de 2007-2008. Tout semble inéluctable, les erreurs sont évidentes, les signes avant-coureurs aussi.

Mais quel regard jetons-nous sur la situation actuelle ? Arrivons-nous à avoir assez de recul, de sang-froid, de bon sens pour remarquer les secousses prémonitoires ? L’exercice est compliqué, n’est-ce pas ?

Malgré tout, nous pouvons tenter de repérer les bulles en formation, les risques. C’est ce que nous nous efforçons de faire aux Publications Agora – quitte à rabâcher ces histoires de dettes, de marché obligataire, d’inflation, de survalorisation des marchés… et de cryptomonnaies.

Hier, un article du Monde* me semblait particulièrement révélateur de la progressive prise de conscience des risques. Cet article résume tout ce que nous vous répétons – parfois ad libitum – des dysfonctionnements et des dangers du système financier actuel :

Dans l’histoire des marchés financiers américains, les valorisations boursières n’ont dépassé leur niveau actuel qu’à deux reprises : en 1929, avant la Grande Dépression, et en 2000, quand la bulle Internet était gonflée à son maximum. Deux précédents qui ne sont assurément pas faits pour rassurer…

[…] Pour l’instant pourtant, la plupart des analystes ne prédisent pas une violente baisse imminente. « Le problème est que les investisseurs n’ont pas d’alternative », explique Emad Mostaque, de Capricorn Capital, un hedge fund britannique.

Pour lui, la bulle des Bourses mondiales vient… des banques centrales. Depuis la crise de 2008, celles-ci ont injecté d’énormes quantités de liquidité sur les marchés, et elles ont abaissé leurs taux d’intérêt à presque zéro.

Si cette action est venue sauver une économie mondiale en perdition, elle a des conséquences perverses. Ainsi, depuis 2015, quand l’Etat allemand émet un emprunt sur cinq ans, il le fait avec un taux d’intérêt négatif (actuellement, – 0,28%). Les investisseurs paient pour y souscrire !

Je ne poursuis pas plus la citation de cet article car, si vous êtes un lecteur régulier de la Quotidienne, de La Chronique Agora ou de Simone Wapler, vous savez déjà trop bien tout ceci. Et vous comprenez notre prudence actuelle devant des marchés qui perdent de l’altitude depuis 15 jours.

Qui a peur de la bulle des cryptomonnaies ?

Une autre bulle retient mon attention : celle sur les cryptomonnaies – Bitcoin, Ethereum, etc. Une bulle qui me fascine. Elle m’en ferait presque oublier la nouvelle bulle des techs qui, en comparaison, fait bien pâle figure.

Car oui, les cryptomonnaies sont dans une bulle. Le Bitcoin a gagné 8 000 000% en sept ans. Je vous assure que je ne me suis pas trompée dans les zéros. Depuis le début de l’année – et au moment où j’écris ces lignes – il progresse d’environ 350%. Et entre le moment où je rédige cette analyse et le moment où vous la lirez, il y a de très grandes chances pour qu’il ait pris encore quelques centaines de dollars. D’ailleurs, il y a quelques jours, le Bitcoin est passé, pour la première fois de son histoire, au-delà des 4 000 $.

Vous pouvez le qualifier du terme que vous le voulez.

De mon côté, j’appelle cela une bulle.

Une bulle qui rappelle celle des dot.com.

La fragilité de cette bulle nous est pourtant régulièrement. En juin, le Bitcoin cotait 2 500 $. En quelques jours, il perdait plus de 30% pour filer vers les 1 800 $.

La suite, vous la connaissez, c’est l’envolée au-delà des 4 000 $. Ces derniers jours, le Bitcoin évolue entre les 4 100 $ et les 4 200 $.

La flambée du cours du Bitcoin n’est pas le seul argument qui plaide en faveur d’une bulle. Impossible de passer à côté des aventures des cryptomonnaies. Les articles (dont celui-ci) se multiplient… nous incitant à plonger dans le grand bain du Bitcoin.

Vous avez raté les 8 000 000% de progression du Bitcoin ? Pas de problème, il va continuer sur sa lancée. Ou bien vous pouvez miser sur une des innombrables cryptomonnaies qui ont fait leur apparition au cours des derniers mois.

Quand on vous parle d’un investissement au journal télévisé de 20h, il n’y a qu’une certitude : c’est qu’il est trop tard pour investir.

Lors des derniers stades avant l’explosion, une bulle se nourrit des petits investisseurs, des néophytes, de ceux qui n’y connaissent pas grand-chose mais qui veulent leur part du gâteau.

Bulle des dot.com vs. bulle des cryptomonnaies

L’effervescence n’est pas uniquement sensible au nombre d’articles qui traitent des cryptomonnaies mais aussi à l’explosion du nombre de cryptomonnaies en circulation. Le site CryptoCoinCharts en recense 4 406 au moment où j’écris ces lignes. Plus de 4 000 monnaies virtuelles qui se développent plus vite que des champignons après la pluie.

Autre explosion qu’il est impossible d’ignorer : celles des petites entreprises spécialisées soit dans ces monnaies, soit dans la blockchain. Là encore, la comparaison avec l’explosion du nombre de start-ups Internet à la fin des années 90. C’est un véritable fourmillement… et l’argent afflux.

A la fin des années 90, il suffisait d’inscrire le mot « Internet » dans son projet d’entreprise pour voir affluer les dollars. Aujourd’hui, il suffit de prononcer « cryptomonnaies » ou « blockchain » pour faire briller les yeux des investisseurs qui, au fond, ne comprennent strictement rien au fonctionnement de la blockchain mais qui ne veulent pas passer à côté de la grande tendance du moment.

Ce mouvement n’est pas seulement le fait d’investisseurs particuliers ou peu avertis ; il a été initié et est soutenu par des grandes entreprises. Tous les grands noms d’Internet, des nouvelles technologies ou de la banque investissent dans la blockchain et les cryptomonnaies. IBM, Intel, Goldman Sachs, Natixis, BNP, Microsoft, etc.

Ma collègue Isabelle Mouilleseaux me racontait tout récemment que les grandes banques rachetaient à tour de bras de petites FinTech suisses spécialisées dans la blockchain ou les cryptomonnaies. Des FinTech qui se font fort de révolutionner le monde de la finance, de supprimer les intermédiaires, de faciliter les prêts etc. Et nous y reviendrons dès demain, c’est là toute l’ambiguïté de ce phénomène de bulle.

Les investissements de ces grands noms alimentent l’intérêt d’investisseurs plus petits : après tout, si Goldman Sachs mise des billes sur la blockchain, pourquoi pas vous ? Sauf que, normalement, vous avez moins de billes à perdre que la banque d’affaires américaine.

ICO is the new IPO

Tout comme lors de la bulle des dot.com, les nouvelles entreprises aiguisent donc tous les appétits. Dans les années 2000, ce sont les introductions en Bourse (IPO) de ces start-ups qui déclenchaient les passions.

Aujourd’hui, ce sont les ICO, pour Initial Coin Offering. Le principe est assez semblable à celui d’une IPO mais appliqué à l’univers de la blockchain ou des cryptomonnaies. Elle permet à des investisseurs – et même à des investisseurs particuliers – d’investir dans des entreprises liées au secteur de la blockchain et des cryptomonnaies, sur une nouvelle blockchain, ou sur une nouvelle cryptomonnaie. Et, évidemment, vous ne participez pas avec des dollars, euros ou autres monnaies fiduciaires ; vous investissez en cryptomonnaies.

En échange de leur investissement, vous obtiendrez des jetons (« token« ) qui vous permettront soit d’utiliser la plateforme ou les services que l’entreprise va développer, soit sont l’équivalent d’une part dans l’entreprise (un peu comme des actions).

Les ICO permettent à ces start-ups se passer des traditionnelles méthodes de financement que sont les tours de tables, le crowdfunding ou encore, bien sûr, les IPO.

Je vous le disais, ces ICO suscitent en ce moment un enthousiasme à la limite du délire collectif. Selon une étude publiée par Coindesk, sur le premier trimestre 2017 ces ICO ont permis aux entreprises de la blockchain de lever 327 millions de dollars.

Un coup d’oeil au fil d’actualité consacré aux ICO de ce même site donne le vertige : le 9 août, le projet d’investissement, le Digital Developer Fund, sur les cryptomonnaies levait 1,8 million de dollars ; le 10 août, une nouvelle blockchain Filecoin levait 250 millions de dollars en 60 minutes ; le 17 août, une équipe qui a développé un nouveau protocole d’échange, 0x, levait 25 millions de dollars ; le 21 août, DMarket une plateforme de vente et d’échange de biens virtuels issus des jeux vidéo (oui, oui, vous avez bien lu) levait plus de 10 millions de dollars, toujours grâce à une ICO.

Vous appelez cela comment ? Une bulle, non ?

Cet afflux massif d’argent vers les start-ups blockchain rappelle irrésistiblement celui qui a submergé les start-ups Internet avant l’explosion de la bulle des dot.coms. Là encore des projets au business model flou ou inexistant devenaient de véritables joyaux aux yeux d’investisseurs qui ne voulaient pas passer à côté de la dernière mode.

Outre cette exubérance irrationnelle, ces ICO évoluent en dehors de tout contrôle, de toute régulation. Ce qui ne manque pas d’inquiéter les autorités financières. Fin juillet, la SEC, le gendarme de la Bourse américain, émettait une mise en garde contre ces levées de fonds, et réfléchirait à encadrer, voire sanctionner, certains de ces projets.

Donc oui, cher lecteur, difficile de ne pas faire un inquiétant parallèle entre la bulle des valeurs Internet dans les années 1990 et celle des cryptomonnaies-blockchain. Difficile de ne pas vous conseiller d’être prudent si vous êtes tenté par une des 4 000 et quelques cryptomonnaies en circulation ou par des start-ups estampillées blockchain.

Mais difficile aussi de ne pas reconnaître que certaines bulles changent le monde.

Et c’est ce que je vous propose de voir dès demain. [NDLR : En attendant, Ray Blanco, qui n’est pas un grand fan des cryptomonnaies, a trouvé un moyen beaucoup plus sûr de profiter de l’engouement pour la blockchain et ses applications : en misant sur ceux, qui permettent, très concrètement de produire des cryptodevises, de les échanger, de les conserver, de les protéger. Il en a beaucoup parlé à ses abonnés dans NewTech Insider… n’hésitez pas à les rejoindre pour miser, de manière détournée, sur l’explosion du Bitcoin ! Pour en savoir plus sur NewTech Insider, c’est ici…]

 

 

*http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/08/22/alerte-a-la-bulle-sur-les-bourses-mondiales_5174948_3234.html#ZUe68cVl4Q8xUUgW.99

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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