Le Brexit, et maintenant ?

Rédigé le 27 juin 2016 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Vous le savez peut-être, j’étais une fervente partisante du maintien du Royaume-Uni dans la Zone euro. C’est donc avec stupeur – et beaucoup de tristesse – que j’ai appris la victoire des partisans du Brexit tôt vendredi matin.

Pourquoi déplorer une telle décision ? Bien sûr, en tant qu’anglophile et europhile, je ne pouvais que m’attrister d’un tel échec du projet européen.

Passons rapidement sur l’indigence des arguments agités pendant cette campagne, tout particulièrement par le camp du « out« . A peine la victoire assurée, un leader du camp du Brexit, Nigel Farage (du parti d’extrême-droite UKIP), avouait qu’un des principaux arguments de leur campagne (Londres verserait 350 millions de livres sterling par semaine à l’UE… en cas de Brexit, cette somme serait redirigée vers la sécurité sociale britannique) était aussi faux qu’intenable.

Le Brexit, un jeu perdant-perdant

Est aussi entrée en jeu la certitude que nous n’avions rien à gagner, d’un côté comme de l’autre, à ce Brexit. Cette certitude, je l’ai acquise ces derniers mois en m’intéressant aux possibles conséquences qui découleraient d’un départ britannique. Clairement, ni l’UE, ni le Royaume-Uni ne vont être vainqueurs dans tout ceci. Pour rappel, je vous renvoie aux articles que j’avais consacrés au sujet : – Un Brexit ? Mais pourquoi ?Le coût d’un BrexitLe Brexit, quelles conséquences pour l’Europe ?Avec ou sans Brexit, l’Europe est-elle condamnée ?

Evidemment, ce Brexit ne signifiera pas la fin des relations commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni. Plusieurs solutions sont possibles, et c’est ce que je vous expliquais dans une précédente Quotidienne :

Le mauvais scénario d’un rétablissement pur et simple des droits de douane ne devrait cependant jamais devenir réalité. Il est bien plus probable que le Royaume-Uni reçoive un statut particulier en tant que partenaire commercial de l’UE. Des précédents existent, même s’ils ne font pas tous rêver.

Le Royaume-Uni pourrait demeurer dans l’Espace économique européen auquel appartiennent les membres de l’UE mais aussi des pays comme la Norvège, l’Islande et le Lichtenstein (ces trois pays formant l’Association européenne de libre-échange, AELE).

Bon… soyons clair, je ne suis pas sûre que les Britanniques aient beaucoup à gagner avec cette option qui leur imposerait de suivre les règles commerciales de l’UE sans pouvoir contribuer à leur création.

En outre, l’accès à l’EEE n’est pas gratuit, entre 2009 et 2014 la Norvège a dû verser environ 1,6 milliard d’euros à l’UE pour avoir accès à son marché commun. Une somme qui reste modeste en comparaison avec le budget de l’Etat norvégien (123 milliards d’euros) mais qui fait tout de même grincer quelques dents.

Autre choix possible, faire comme la Suisse et négocier un partenariat commercial à la carte avec l’UE, sans faire partie de l’EEE. Un scénario bien plus favorable au Royaume-Uni et que celui-ci pourrait imposer à ses partenaires européens.

Les exportateurs espèrent en outre profiter d’un désamarrage des îles britanniques du continent européen pour négocier de nouveaux accords commerciaux avec les grands marchés que sont l’ASEAN, la Chine ou les Etats-Unis.

Effectivement, sur le papier, le Royaume-Uni débarrassé de l’UE aurait plus de latitude dans ces négociations.

Mais quel poids peut avoir un pays seul face à de tels partenaires économiques ? Par l’importance de son marché, par son poids économique, l’UE peut peser dans les négociations. Mais Londres seul ? Le Royaume-Uni a beau se targuer d’être la cinquième économie mondiale, la redistribution en cours des cartes – en direction, par exemple, de l’ASEAN et d’autres marchés émergents – pourrait rapidement pénaliser l’économie britannique.

2016, année de la désintégration

Au-delà des aspects économiques, l’autre grand sujet d’inquiétude, c’est le facteur politique. L’enclenchement du long, complexe et fastidieux processus de départ de l’UE engendre déjà de nombreux remous aussi bien du côté britannique (démission de David Cameron, contestation grandissante au sein du Labour, montée des opinions extrémistes, contestation de l’Ecosse, de l’Irlande du Nord, ou de Gibraltar…) qu’européen.

Le départ du Royaume-Uni devrait nous obliger à nous poser des questions sur le projet d’union mais je crains qu’une nouvelle fois, il s’embourbe dans d’infinies discussions et que le sursaut européen de ces derniers jours ne soit qu’un feu de paille.

L’exemple britannique alimente en outre les espoirs de tous ceux qui ont trouvé dans l’UE un parfait bouc-émissaire à tous nos problèmes et faiblesses.

En fin d’année dernière, je vous disais qu’un des principaux risques pour 2016 était celui de désintégration. Cela se confirme, et je n’y vois aucune raison de s’en réjouir.

Qu’est-ce que signifie le Brexit pour vous, investisseur ?

Côté boursier… vous n’avez pu manquer la réaction des marchés vendredi dernier. Le CAC 40 a perdu plus de 8% en fin de journée. La dégringolade du DAX était de la même ampleur. La livre a violemment décroché (de 10%)… et l’or a profité de ce regain d’incertitudes.

Une réaction qu’avait parfaitement anticipé Simone Wapler et Jim Rickards. Voici ce que celui-ci en disait la semaine dernière :

Le 20 juin, basé sur certains nouveaux sondages qui indiquaient que le Remain était en tête. Reuters a publié des gros titres affichant : « L’or baisse sur l’anticipation croissante du maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE. »

Le problème, c’est que les sondages indiquant que le Remain était en tête étaient plutôt limites. Le Remain ne devançait le Leave que de deux points et la marge d’erreur était de trois points !

En fait, c’est comme un ex-aequo, donc trop serré pour faire une prévision.

La victoire du Remain ne changerait pas grand-chose. Les marchés ont déjà quasiment intégré ce résultat dans les cours.

Par contre, la victoire du Leave serait un véritable séisme. Or, les marchés n’ont pas totalement intégré ce résultat dans les cours. Nous sommes donc en présence d’une situation asymétrique selon laquelle la victoire du Remain ne ferait pas énormément augmenter le cours de l’or, alors qu’une victoire du Leave serait le catalyseur d’une envolée des cours.

C’est exactement ce qui s’est passé. Les marchés actions ont décroché, l’or s’est envolé, passant de 1 255 $ à 1 355 $ dans la nuit du 23 juin. 100 $ en quelques heures ! Actuellement, l’once tourne autour des 1 330 $ et si vous avez suivi les recommandations de Jim, vous empochez un très très beau gain.

Quant à Simone, elle a un message à vous faire passer : acheter de l’or !

L’once a repassé la barre des 1 340$ vendredi. C’est sans doute parti pour durer. Etant donné les difficultés qui attendent les valeurs bancaires – sans parler des banques et des assureurs eux-mêmes – il est essentiel d’avoir dans votre patrimoine un actif tangible, non-manipulable et qui n’est la monnaie de « personne ».

Si vous avez déjà de l’or, renforcez-vous. Si vous n’en avez pas, achetez. L’or physique est plus important que jamais. Vous pouvez également profiter de la hausse par d’autres moyens… à condition de faire preuve d’un peu de discipline (et de sang-froid).

Vous allez avoir besoin d’une réserve de valeurs sûres et solides dans les mois et les années qui viennent, quoi que fassent les autorités françaises et européennes, BCE en tête.

Le métal jaune saura prouver une fois de plus qu’il est LE refuge par excellence : profitez-en.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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