Le Brexit, quelles conséquences pour l’Europe ?

Rédigé le 26 avril 2016 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Le 23 juin prochain, les Britanniques seront appelés à se prononcer sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Le risque de Brexit augmente d’un cran.

En décembre dernier, dans la Quotidienne, nous étions revenus sur les raisons qui poussent de plus en plus de Britanniques à vouloir larguer les amarres avec le continent. Et sur les exigences formulées par David Cameron pour demeurer à l’intérieur de l’UE.

Parmi les différents champs de bataille sur lesquels s’affrontent les partisans du « In » et ceux du « Out« , celui de l’économie est un des plus sanglants. Chaque camp brandissant les arguments comme autant d’armes mortelles.

En décembre, je vous avais proposé un survol des possibles conséquences économiques d’un Brexit pour le Royaume-Uni.

Aujourd’hui, je vous propose de nous intéresser à la version européenne de cette histoire. Que coûterait à l’Europe un départ du Royaume-Uni ?

Le commerce au coeur des débats sur le Brexit

Le Royaume-Uni est une des trois économies phares de l’UE (avec l’Allemagne et la France). Un Brexit serait évidemment un coup rude pour l’économie et les finances européennes. Et ce même si les Britanniques ont obtenu au fil des années un statut spécifique qui allège considérablement leur contribution financière au budget commun.

La première question (économique) à régler en cas de Brexit sera celle du rétablissement ou pas des droits de douanes entre l’UE et du Royaume-Uni. Beaucoup a été dit sur les exportations britanniques vers l’Europe (45% du total de ces exportations) mais se posera aussi le problème des biens et services qui font le chemin inverse.

Le Royaume-Uni est loin d’être le principal marché du reste de l’UE. Seuls 7% des biens exportés par les pays européens finissent sur le sol britannique – ce n’est donc pas énorme.

Mais cette part grimpe dans le cas particulier de certains pays : 15% pour l’Allemagne (89 milliards de dollars), 8% pour les Pays-Bas (52 milliards), 6% pour la France (38 milliards).

Certains secteurs seraient tout particulièrement pénalisés par un rétablissement des droits de douane, dont les constructeurs automobiles allemands. Les voitures représentent tout de même 6,4% des importations britanniques (soit 40 milliards de dollars), ce qui est une voie royale pour l’industrie automobile allemande. D’ailleurs, en 2015, soutenues par la faiblesse de l’euro, les exportations allemandes vers le Royaume-Uni (tous biens confondus) ont bondi de plus de 10%.

La France a peu intérêt à voir le Royaume-Uni prendre le large. En 2015, le pays était son 5e partenaire commercial mais son premier excédent bilatéral. En clair cela signifie le Royaume-Uni importe de France 10,8 milliards d’euros de plus qu’il n’en exporte vers l’Hexagone. Et parmi ces importations françaises, on trouve des voitures, des produits de luxe et des produits agricoles (dont du vin et… du fromage).

Par curiosité, je suis allée jeter un oeil aux chiffres d’importations britanniques de vin (0,77%, soit près de cinq milliards de dollars) qui proviennent essentiellement d’Italie, d’Australie et de France, et de fromage (0,36% pour 2,3 milliards de dollars).

De manière générale, la balance commerciale du Royaume-Uni vers l’Europe est clairement déficitaire (7,6 milliards de livres en décembre 2015, soit un peu moins de 10 milliards d’euros).

D’un point de vue commercial donc, un Brexit serait une mauvaise nouvelle pour les pays européens exportateurs. Et ce dans un contexte économique pas vraiment reluisant.

Déstabilisation financière et bancaire

L’autre point noir d’un Brexit est le risque de déstabilisation financière et bancaire. Dans Trades Confidentiel, Jim Rickards l’évoquait comme un des risques majeurs à court terme :

Le 23 juin prochain, un référendum va avoir lieu au Royaume-Uni, concernant la sortie de ce dernier de l’Union européenne (Brexit).

Cela va provoquer des ondes de choc en Europe et pourrait aboutir à une perte totale de confiance envers la livre sterling. L’effet de domino se produirait notamment sur l’Ecosse, qui quitterait le Royaume-Uni une fois que celui-ci aurait quitté l’Union européenne. Dans ce cas, l’Ecosse intègrerait la Zone euro, ce qui, ironiquement, pourrait renforcer l’euro en dépit de la sortie du Royaume-Uni.

Revenons rapidement sur la question de l’euro/livre sterling.

Une des conséquences immédiates du Brexit serait très probablement un effondrement de la livre.

Cette chute sera-t-elle durable ? Pas forcément. Certes, la devise britannique glisse depuis plusieurs mois face au dollar, mais cela n’étonnera personne puisque le billet vert se renforce de manière globale.

Et face à l’euro ?

C’est compliqué :

Evolution de la paire EUR/GBP sur un an
Evolution de la paire EUR/GBP sur un an

Depuis fin novembre, l’euro se reprend face à la livre, passant de 0,7 à 0,81. Depuis début avril, la tendance s’est inversée, l’euro reculant un peu face à la livre.

Difficile donc de dire si un Brexit pénalisera durablement la livre sterling face à la monnaie unique, car l’Europe a elle aussi beaucoup à perdre. La devise britannique pourrait même entrainer l’euro dans sa chute, par effet de contagion. Pour le moment donc, difficile de trancher.

Un des points à surveiller sera la résistance des banques européennes à la volatilité de la livre mais aussi aux dettes britanniques.

« Une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pourrait avoir une incidence sur les spreads des titres de dette des entreprises britanniques notées high yield et sur certains titres de dette subordonnée tier 2 de certaines banques britanniques« , déclarait Arnaud Colombel (La Banque Postale AM) dans un entretien accordé à EasyBourse en mars dernier.

Parmi les banques les plus exposées, les irlandaises (8%) et les espagnoles (16%). Deux systèmes bancaires qui sont encore très loin d’être remis de la crise des subprime puis de celle de la Zone euro.

Conclusion (partielle) de tout ceci : aussi bien l’UE que le Royaume-Uni ont à perdre avec un Brexit. Si les arguments les plus catastrophistes doivent être pris avec des pincettes (certains agitent par exemple la perspective d’une chute de 14 points du PIB britannique), force est de reconnaître que l’intrication des relations commerciales et financières entre le continent et les îles britanniques plaident en faveur du « In« . Du moins de mon point de vue…

Malgré tout demeure une question assez préoccupante. Le ver ne serait-il pas déjà dans le fruit ? Les négociations entre l’UE et le Royaume-Uni n’ont-elles pas déjà profondément bouleversé la donne et le projet européen ?

C’est ce que je vous propose de voir demain, dans la Quotidienne.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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