Le mirage des bénéfices de BNP Paribas et Société Générale

Rédigé le 28 janvier 2009 par | La quotidienne Imprimer

Parfois, la rituelle revue de presse du matin peut s’apparenter au dur labeur d’un cryptographe et les journaux économiques à l’énigmatique codex Voynich… Parmi les mystères que nous livrait hier la presse, celui des bénéfices des établissements bancaires français a particulièrement attiré mon attention.

Le premier postulat de notre énigme est celui-ci : BNP Paribas annonce un bénéfice de trois milliards d’euros, et Société Générale de deux milliards d’euros.

Le second postulat : Société Générale annonce qu’elle va très certainement accepter le deuxième plan de soutien proposé par l’Etat à hauteur de 10,5 milliards d’euros.

Et mon tout est cette intrigante question : pourquoi a-t-on besoin de recapitaliser par des aides publiques des banques qui annoncent des bénéfices ?

C’est en lisant un article des Echos intitulé "BNP Paribas rassure la Bourse" que j’ai compris que le mystère s’épaississait. Voici ce que disait l’illustre journal : "BNP Paribas va émettre 5,1 milliards d’euros d’actions de préférence, ces titres assimilables à la dette mais entrant dans le calcul des fonds propres durs ("core Tier-1"). Pour ce faire, la banque va, d’une part, procéder au remboursement puis à la conversion des titres supersurbordonnés émis en décembre pour un montant de 2,55 milliards d’euros ; et d’autre part, émettre des actions de préférence, pour le même montant, dans le cadre de la deuxième tranche de renforcement des fonds propres. Cela relèvera de nouveau de 50 points de base le ratio Tier-1 de la banque qui devrait atteindre près de 8%, contre 7,5% à fin décembre 2008." Incompréhensible…

Il était temps pour moi de faire appel à mes Champollions de la finance.

Pour résoudre ce mystère, je me suis lancée dans l’enquête de terrain… qui m’a menée jusqu’au bureau voisin du mien afin d’interroger Marie-Jeanne Pasquette, notre spécialiste ès manipulations bancaires en tout genre.

Elle m’a tout d’abord appris qu’il fallait nuancer les chiffres des résultats nets annoncés par la presse. Si le bénéfice de BNP Paribas atteint les trois milliards d’euros, c’est quatre milliards qui étaient attendus par les analystes.

Jeanne-Marie m’a traduit le passage des Echos cité plus haut : " Pour renforcer sa solidité (solvabilité), BNP Paribas va à la fois améliorer la qualité de ses fonds propres et les renforcer. La banque va recevoir de l’Etat une nouvelle dose de capital (2,55 milliards d’euros) sous forme d’actions de préférence (actions sans droit de vote). La banque va également pouvoir transformer en actions de préférence les pseudo-fonds propres déjà reçus en décembre, soit 2,55 milliards d’euros. A l’époque, cette somme avait été remise sous forme d’emprunt (subordonné au remboursement des autres créanciers en cas de faillite)."

Elle m’a ensuite livré les clés de cette apparente contradiction entre annonce de bénéfices et aides de l’Etat. Là, j’ai tout de suite compris que nous avions mis le doigt sur l’embrouille du siècle (ou presque).

En fait, les autorités de régulation (AMF, BCE, Banque de France…) savent parfaitement que les banques sont des tueuses en série et qu’elles ont planqué les cadavres de leurs nombreuses victimes. Seuls quelques corps ont déjà a été mis à jour mais les autres attendent encore sagement que leur odeur de décomposition les trahissent.

Les deux principaux péchés des banques sont leurs pertes passées et leurs pertes futures. Par des artifices comptables, elles ont pu différer pour un certain temps l’annonce de leurs pertes passées. Quant aux pertes futures, tout le monde sait qu’elles existent (en particulier les pertes liées aux crédits accordés aux entreprises, qu’elles seront incapables de rembourser), mais personne ne sait vraiment les quantifier. On sait simplement qu’elles seront bien plus importantes que les pertes déjà prises en compte.

Les autorités de régulation ont demandé aux banques de se recapitaliser grâce à des aides publiques en prévision de la future explosion de ces pertes cachées ou encore inconnues.

En attendant, les banques gonflent leur bénéfice grâce ce que Simone Wapler appelle les "menues rapines", c’est-à-dire les frais de gestion de compte… Avec la crise, ils ont la mauvaise habitude d’augmenter. De là à dire que les trois milliards de bénéfices annoncés par BNP Paribas sont en grande partie composés de ces menues rapines, il n’y a qu’un pas… que nous ne franchirons bien sûr pas.

Alors, avec les annonces de bénéfices rassurantes par BNP Paribas et Société Générale ainsi que la hausse de 17% (pour BNP) à 75% (pour Barclays) du cours du secteur bancaire lundi dernier, est-il temps de réinvestir dans ce secteur ? Marc Dagher, notre spécialiste de l’analyse technique, prévoit une baisse de 25% à 35% pour BNP Paribas : "Sans écarter un rebond technique intermédiaire, qui pourrait ramener les cours autour du seuil des 38 euros, et tant que la résistance clé, située sur les 43,35 euros, n’est pas nettement dépassée, la tendance reste à la baisse." (Pour la suite de son article, cliquez ici). Donc non, hors de question de remettre un pied dans le secteur

Dans le prochain numéro de MoneyWeek, Marie-Jeanne ausculte la Société Générale avec un seul mot d’ordre : "fuyez !" et vous explique pourquoi. Cliquez ici pour vous abonner…

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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