A quoi servent le bitcoin et la blockchain ?

Rédigé le 6 avril 2017 par | Indices & Actions, Nouvelles technologies Imprimer

Alors que le bitcoin retrouve l’intérêt des investisseurs et que la blockchain déchaîne projets et passions, il est temps de poser la question qui fâche : à quoi servent-ils vraiment ?

Car, au mieux, si vous avez déjà utilisé la blockchain, c’est pour effectuer un achat sur Internet via le bitcoin.

Au mieux, car le bitcoin demeure un moyen de paiement peu utilisé – même si en nette progression (le nombre de transactions par jour utilisant la monnaie digitale est passé de 50 000 en juillet 2012 à plus de 250 000 en juillet 2016). Les chiffres exacts ne sont pas connus, mais la plupart des études estiment que les cinq millions d’utilisateurs de bitcoins seront atteints d’ici 2019.

Dans une précédente Quotidienne, nous avons vu que le bitcoin avait fait ses preuves en tant que système de transfert financier. Et ce pour plusieurs raisons : l’absence d’intermédiaire, l’absence de frais (il faut malgré tout prendre en compte les frais prélevés par les plateformes d’échange de bitcoins), sa rapidité, son anonymat, ou encore l’absence de limite sur les montants transférés.

Malgré tout, le bitcoin est aujourd’hui confronté à plusieurs limites. Certaines sont d’ordre réglementaire (les Etats n’ont pas envie de laisser se développer une monnaie parallèle aux monnaies fiduciaires et sur laquelle ils n’auraient aucun contrôle).

D’autres sont liées à la nature même de la blockchain et son fonctionnement. Je pense par exemple à la consommation d’énergie nécessaire à la blockchain du bitcoin ou encore au temps de validation d’une transaction qui peut s’allonger alors que le succès du bitcoin grandit.

La finance lorgne du côté de la blockchain

Pourtant, le bitcoin et surtout la technologie qui se dissimule derrière – la blockchain – intéressent le monde financier. Fin 2015, neuf des principales banques de la planète se lançait dans le consortium R3cev avec l’aide de la startup R3, pour développer une blockchain destinée aux transferts financiers interbancaires. Le projet prend depuis l’eau. Malgré l’adhésion de plus de 70 établissements financiers, le départ, en 2016, de grands noms comme Goldman Sachs ou Santander semble avoir réduit les ambitions du consortium.

Malgré tout, l’idée de l’utilisation d’une blockchain continue de titiller les méninges bancaires. En claquant la porte du R3cev, Goldman Sachs annonçait son intention de lancer sa propre blockchain.

Elle n’est pas la seule. D’UBS à Deutsche Bank, la plupart des banques européennes et américaines travaillent de plus en plus sur des blockchains privées pour faciliter leurs transactions internes. Mais, pour le moment du moins, toutes ces blockchains se heurtent aux limites de leur fonctionnement même – à savoir la difficulté de gérer un grand nombre de transferts en même temps, portant sur de très importants montants.

Alors pourquoi l’engouement pour les blockchains ne faiblit-il pas ? Premièrement, parce que le bitcoin, malgré ses failles, malgré ses limites a su prouver son utilité dans un monde dans lequel les transferts d’argent internationaux prennent une place de plus en plus importante. Et où fintech et autres services tentent de contourner — voire d’éviter — les traditionnels intermédiaires financiers.

Certains se prennent même à rêver que la blockchain parvienne à « uberiser » des entreprises comme… Uber ou AirBnB. Comment ? En supprimant leur rôle d’intermédiaire entre les loueurs et les locataires ou chauffeurs et clients. Rôle qui, en outre, a un coût généralement répercuté sur les deux parties.

En proposant le paiement et le suivi du contrat via la blockchain, des plateformes comme Uber ne seraient plus vraiment indispensables. Mais nous n’en sommes pas encore là, et il y a fort à parier que les entreprises de l' »uber économie » pourraient intégrer le potentiel de la blockchain dans l’éventail de leurs services.

Ensuite, l’intérêt de la blockchain ne se limite pas aux transferts d’argent. En effet, elle peut par exemple être utilisée comme outil de vérification et de suivi.

La blockchain protège les données

Vérification et suivi, mais de quoi ? Eh bien de toutes sortes de données. Elle pourrait ainsi être utilisée pour protéger et rendre plus fiables le vote électronique. Ou encore votre carte d’identité. Ou encore la viande que vous consommez. Les médicaments, etc.

Un système d’identification reposant sur la blockchain – théoriquement infalsifiable et ouverte à tous – permettrait par exemple aux consommateurs de vérifier l’origine et la qualité de leurs médicaments ou de leur nourriture grâce à la création d’un grand registre de traçabilité.

Les smart contracts, la meilleure application de la blockchain ?

Autre champ d’application possible de la blockchain : les smart contracts, ou « contrats intelligents » en français, qui ne sont ni vraiment des contrats, ni vraiment intelligents. Que sont-ils alors ? Ce sont des programmes informatiques qui se déclenchent automatiquement quand les conditions sont remplies. Ces conditions sont enregistrées dans la blockchain, et quand elles sont toutes réunies, est déclenche automatiquement le contrat.

Là encore, l’atout de ces contrats est qu’ils ne nécessitent pas d’intermédiaire. A terme, car pour l’instant les applications concrètes sont peu nombreuses, ces smart contracts permettraient de simplifier toutes les formes d’ententes ou de contrats entre deux parties, en supprimant en outre les coûts d’intermédiaires.

Une des propositions d’application de ces smart contracts serait d’automatiser le remboursement des passagers en cas de retard d’un vol. Aujourd’hui, la plupart des voyageurs renoncent à se lancer dans les procédures de remboursement –même s’ils ont pris une assurance – pour s’éviter une procédure souvent longue et complexe. Une compagnie d’assurance pourrait intégrer le smart contract dans sa procédure : en utilisant les données de vol fournis par les compagnies aériennes, elle rembourserait automatiquement les voyageurs en cas de retard constaté.

A terme, les smart contracts pourraient ainsi se multiplier dans le secteur des assurances, mais aussi des services ou encore de la banque. Les projets Codius et Ethereum développent et promeuvent les smart contrats. Leurs progrès sont à surveiller de près.

Dans une prochaine Quotidienne, je vous proposerai de répondre à la question que vous vous posez peut-être depuis le début de cette série : comment investir sur le bitcoin et/ou la blockchain. [NDLR : Pour en savoir plus dès maintenant, rendez-vous ici…]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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