BCE, Fed… quatre scénarios pour une semaine à hauts risques

Rédigé le 10 mars 2016 par | Macro éco et perspectives Imprimer

En ce jeudi 10 mars, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, dirigé par Mario Draghi, se réunira à Francfort, en Allemagne, afin de décider s’il va s’enfoncer un peu plus en territoire de taux négatifs, et s’il va élargir la version européenne de l’assouplissement quantitatif (QE).

Moins d’une semaine plus tard, le mercredi 16 mars, le Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale (FOMC), dirigé par Janet Yellen, se réunira à Washington (DC) afin de décider s’il va à nouveau relever les taux d’intérêt, dans le prolongement du relèvement de décembre dernier.

La BCE et la Fed : Mario et Janet sont les chefs

Mario Draghi et Janet Yellen sont les chefs incontestés de leurs banques centrales respectives, la BCE et la Fed. S’ils ont une opinion précise concernant la direction qu’ils souhaitent donner à la politique monétaire, ils pourront certainement convaincre assez de confrères gouverneurs et de membres des comités afin d’avancer comme ils le souhaitent.

Mais le problème, en ce moment, c’est qu’ils n’ont aucune idée précise de ce qu’ils doivent faire. En Europe comme aux Etats-Unis, les signes de récession sont partout bien que certains secteurs résistent. La déflation représente une véritable préoccupation mais, pourtant, des signes d’inflation précoces apparaissent.

Pour vous, ce contexte est le plus dangereux qui soit. Des décisions historiques émanant des deux dirigeants des banques centrales les plus puissantes du monde vont être prises.

Si ces décisions sont différentes des attentes du marché, elles provoqueront un effondrement des actions, une flambée des obligations et une forte volatilité sur les cours croisés des devises.

Dans ce genre de situation périlleuse, il convient d’utiliser l’analyse de scénarios afin de tout prendre en compte et de faire en sorte de ne pas être pris de court. C’est ce que font la CIA et d’autres branches des services du renseignement. Et c’est ce que je fais dans Trades Confidentiels.

Voici donc les quatre scénarios possibles pour les jours à venir :

Scénario 1 : Draghi sort son bazooka et procède à un assouplissement en baissant les taux d’intérêt et en élargissant le QE européen. Janet Yellen lui emboîte le pas en ne relevant pas les taux d’intérêt.

Lorsque la Fed s’engage dans la voie du resserrement (amorcé en décembre), et qu’elle décide ensuite de ne pas relever les taux, cela s’apparente finalement à un assouplissement.

Donc, selon ce scénario, la BCE et la Fed ont recours à différents types d’assouplissement. Cela pourrait faire grimper les actions (en fait, les actions américaines ont déjà grimpé en partant du principe que ce Scénario 1 aurait lieu).

Le cours croisé EUR/USD resterait relativement inchangé (à environ 1,09 $) puisque les deux banques centrales procèderaient à un assouplissement et iraient dans le sens des attentes.

Scénario 2 : Draghi fait feu avec son bazooka mais Janet Yellen stupéfie les marchés en relevant les taux.

Janet Yellen pourrait avoir plusieurs raisons de le faire. Les chiffres de l’emploi de février indiquent une progression forte et continue des embauches et une participation à la main-d’oeuvre qui a augmenté (bien qu’assortie d’une faible progression des salaires).

L’estimation du PIB réel, GDPNow, fournie par la Fed d’Atlanta pour le premier trimestre 2016, est de 2,2%. Cela se situe toujours sous la croissance tendancielle à long-terme mais c’est conforme à la croissance moyenne enregistrée depuis 2009. C’est également en nette amélioration par rapport au quatrième trimestre 2015 et à toute l’année 2015.

Janet Yellen se sert de modèles basés sur la Courbe de Phillips, qui lui indiquent que le marché de l’emploi produira de l’inflation tôt ou tard. Elle ne veut pas combattre l’inflation en ayant un métro de retard.

Selon ce scénario, les actions américaines subiraient un net sell-off à mesure que leurs cours se réajusteraient à ce relèvement effectif. Le dollar se renforcerait par rapport à l’euro, lequel pourrait renouer avec ses plus-bas de 2015, à 1,05 $.

Scénario 3 : Selon ce scénario, c’est Mario Draghi qui surprend les marchés. Il ne baisse pas les taux d’intérêt.

Les taux négatifs étaient destinés à stimuler la consommation et les prêts octroyés par les banques. Pourquoi conserver votre argent à la banque si elle vous en prélève une partie sous forme de « taux d’intérêts négatifs » ? Tout le monde croyait que les taux d’intérêt négatifs stimuleraient plus les prêts et la consommation que l’épargne, que cela produirait l’inflation que les banques centrales voulaient désespérément.

Mais il semblerait que ce soit le message inverse qui soit perçu : les taux d’intérêt négatifs envoient un signal de crainte de déflation et de danger imminent. Dans un contexte de déflation, la valeur des liquidités se renforce, même après déduction des taux d’intérêt négatifs. Les prix chutent, également, et il est plus avisé d’attendre avant d’aller faire des achats. Enfin, avec des rendements négatifs, les investisseurs doivent économiser plus afin de remplir leurs objectifs de retraite.

Pour toutes ces raisons, Mario Draghi va peut-être renoncer à baisser les taux.

Si Mario Draghi et Janet Yellen ne touchent pas aux taux, attendez-vous à ce que l’euro se renforce, probablement au niveau de 1,15 $. Attendez-vous également à ce que les actions européennes sombrent et que les actions américaines s’envolent grâce à un dollar plus faible.

Scénario 4 : Enfin, nous pourrions être en présence d’un scénario où Mario Draghi ne baisserait pas les taux et où Janet Yellen les relèverait (pour les raisons décrites ci-dessus).

Ce « double resserrement », c’est la pire situation imaginable pour les actions internationales. Cela signifie que les capitaux vont à nouveau fuir des marchés émergents et que les opérateurs se remettront en mode risk off (aversion au risque). C’est bon pour ceux qui investissent dans les obligations d’état.

L’analyse de notre scénario se complique du fait que Janet Yellen et Mario Draghi entretiennent une solide amitié et qu’ils vont probablement passer ces prochains jours au téléphone, afin d’essayer de coordonner leurs actions.

Janet Yellen pourrait jeter une bouée de sauvetage à Mario Draghi en relevant les taux si ce dernier décide, de son côté, de ne pas les baisser.

Ainsi, la dynamique dollar fort/euro faible demeurerait intacte. L’euro faible fournirait à Mario Draghi l’assouplissement dont il a besoin, sans même recourir à des taux plus bas.

Les indicateurs de Trades Confidentiels montrent que chacun de ces quatre scénarios est tout à fait possible.

Face à tant d’incertitude dans un laps de temps aussi court, quelle est la meilleure chose à faire, en ce qui vous concerne ?

Réponse : tirer parti de l’incertitude en pariant sur la hausse de la volatilité. [NDLR : Comment profiter de cette incertitude ? C’est ce que vous expliquent Jim Rickards et Gaël Deballe dans Trades Confidentiels. N’attendez pas : il vous reste six jours pour prendre position !]

Mots clé : - - -

Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

En savoir plus sur le service d’Intelligence Stratégique.

Laissez un commentaire