L'Australie est-elle toujours un eldorado minier ?

Rédigé le 11 octobre 2013 par | Nouvelles technologies Imprimer

Les Australiens sont schizophrènes.

S’ils mangent des muffins au petit-déjeuner, conduisent des Land Rover, et arborent l’Union Jack sur leur drapeau, les Australiens n’en vivent pas moins à l’heure chinoise depuis 10 ans.

On connaît bien entendu l’héritage britannique de ce jeune pays. Peuplé encore au deux tiers de descendants de colons britanniques, Canberra a toujours claironné son attachement au camp occidental.

Pourtant, depuis 10 ans, si le coeur australien est resté pour certains dans les Midlands, la tête est déjà dans le Guangdong. Car l’Australie est devenue à partir des années 2000 le grand partenaire commercial de Pékin. Grâce au boom chinois, son économie a explosé.

Mais depuis un an, nos spéculations sur « l’atterrissage » de l’économie chinoise ont été ressenties très concrètement en Australie. Aujourd’hui cette dernière est prise au piège de son intégration régionale. L’espoir n’a toutefois pas complètement disparu.

Australie, terre de matières premières…
Longtemps Canberra a marché sur l’eau. Le pays a été un des rares à échapper à la récession des années 2009. Aujourd’hui encore, le pays affiche de bons résultats, avec une moyenne de 3,5% de croissance. Mieux, son chômage atteint les 5,1%, et sa dette fédérale est encore en dessous de 9,6%.

C’est que l’Australie est, comme le décrit le sociologue Donald Horne, le « pays de la chance ». Agriculture, minerai, énergie, tout y est. Aujourd’hui, le pays est le premier exportateur de charbon, de fer, de plomb ou encore de zinc et de titane.

Il est également un des premiers exportateurs de blé au monde. D’ici 2025, le gouvernement a également l’ambition d’augmenter ses exportations agricoles de 45%. Le pays exporte enfin beaucoup de gaz, notamment grâce aux découvertes faites en mer du Timor.

Ces ressources ont permis à Canberra de maintenir un taux de croissance au-dessus de 3% en moyenne. Ce succès a surtout été le fruit d’une stratégie claire de recentrage sur l’Asie.

… qui ont fait sa gloire…
Décidée à soigner ses troubles bipolaires entre l’Asie et l’Occident, l’Australie s’est effectivement lancée à corps perdu ces dernières années en Asie. Canberra a notamment utilisé ses liens commerciaux comme un outil d’intégration régionale.

Aujourd’hui la zone Asie-pacifique absorbe ainsi pas moins de 71% des exportations australiennes. Elle s’est également impliquée militairement dans la région, pour apparaître comme un acteur régionale et pour essayer de réguler l’immigration massive. Surtout, c’est avec la Chine ses rapports se sont le plus développés.

En 2010, plus de 60% de ses exportations étaient des métaux. Or la Chine était le premier de ses importateurs. Pékin a avalé 37% des exportations australiennes. Le taux n’était que de 5% dans les années 1990. Les deux pays ont également signé un accord de convertibilité entre le dollar australien et le yuan. Militairement, Canberra est même allé jusqu’à pratiquement déclarer sa neutralité en cas de conflit avec Taïwan.

L’économie a été naturellement touchée par la crise des pays émergents qui s’est déclenché cette année.

… et participé à sa chute
Le ralentissement des émergents a eu comme premier effet de casser les prix des matières premières. Ainsi le prix du charbon coke, utilisé dans la sidérurgie, est tombé de 330$ la tonne en 2011 à 135$ aujourd’hui. Dans le fer, la tonne est passée de 192 à son plus haut en 2011 à 130$ aujourd’hui.

Résultat les minières géantes australiennes ont retardé ou annulé plusieurs de leurs projets phares. Selon le Bureau of Resources and Energy Economics, 140 milliards de dollars d’investissements auraient été retardés ou annulés jusqu’à présent. Et en 2018, le total des investissements pourrait se monter à 25 milliards, soit la moitié de ce qu’ils étaient en 2003.

Pire, ce ralentissement des investissement a pesé lourdement sur les comptes de l’Etat. Le taux de chômage pourrait dépasser les 6% l’année prochaine. Le gouvernement pourrait d’ailleurs commencer à tailler dans ses effectifs avec la baisse des rentrées fiscales. En mai, il avait annoncé un budget en déficit de 18 milliards de dollars australiens.

Et malheureusement, aucun signe d’éclairci n’est aperçu pour l’instant sur le marché des matières premières. De l’avis d’un acteur du para-minier qui a fait fortune dans le commerce d’équipements miniers ces dernières années : »il ne se passe absolument rien. On fait du surplace » selon lui. « Il [le marché minier] peut rebondir dans 12 mois, comme dans cinq ans, c’est difficile à dire ».

Toutefois, un facteur pourrait bien aider le secteur à rebondir.

La stratégie de l’assèchement réussira-t-elle ?
Le mois dernier, le pays s’est doté d’un nouveau gouvernement. Si Tony Abbott ne respire pas la subtilité, il a toutefois remporté l’élection sur la promesse d’une relance de l’industrie minière. Le porte-parole d’Abbott, Andrew Robb, qui pourrait devenir le prochain ministre du Commerce, a promis que le secteur minier allait recevoir du soutien. « A partir d’aujourd’hui, le secteur minier va être réinitialiser » a-t-il déclaré, ajoutant que son gouvernement allait redonner le goût du risque et de l’investissement au secteur.

C’est toutefois grâce à la stratégie propre des minières que le rebond pourrait s’effectuer. On note ces derniers mois qu’en dépit du ralentissement des investissements, les minières ont continué à augmenter leur production de fer. Des analystes estiment que c’est la stratégie de BHP Billiton ou de Rio Tinto de faire plonger les prix, afin d’évincer la concurrence. De part leur taille et leur capacité à réaliser des économies d’échelle, les minières anglo-australiennes sortiraient alors comme les grandes gagnantes de cette stratégie.

A plus court terme, on note également que certains marchés redémarrent. C’est le cas de l’uranium notamment. Alors que la relance de l’activité des centrales japonaises va réalimenter la demande en uranium, les inquiétudes politiques de plus en plus fortes autour du Niger — autre grand producteur — pourraient profiter aux producteurs australiens.

Mon conseil
On constate bien sur ce graphique que l’action de BHP Biliton (BHP : NYSE) est sur une pente descendante depuis début 2012.

Evolution du cours de BHP Billiton depuis 5 ans sur le NYSE

Graphique de BHP sur 5 ans

Pour l’instant, la purge sur le marché des métaux n’est pas finie. BHP Billiton souffre encore de la baisse des cours du fer alors qu’aucun grand producteur n’a encore fermé ses portes.

L’Australian Securities Exchange (L’ASX), est actuellement sur ses plus hauts depuis cinq ans. Il faut s’attendre à ce que cette Bourse redescende étant donné que la situation du pays risque de se dégrader. Toutefois, il est envisageable de revenir sur les grandes minières lorsque le marché aura été purgé. Les minières australiennes conserveront leur coût de production imbattable et le dynamisme économique de la région.

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